Si la fin du monde frappait à votre porte, que feriez-vous ? Certains penseraient sûrement à s’entraider, à s’organiser pour créer des abris collectifs ou à faire jouer la solidarité entre voisins. Aux États-Unis, terre promise des survivalistes de pacotille, c’est la carte bancaire qu’on érige en premier rempart pour se défendre d’une apocalypse potentielle.
Après la série de frappes aériennes menées entre le 21 et le 22 juin (opération « Midnight Hammer ») par les bombardiers furtifs B-2 Spirit sur les sites nucléaires en Iran, le réflexe national n’a pas tardé à se manifester : acheter. Acheter pour conjurer la peur, et surtout acheter pour oublier que l’État américain ne pourra pas sauver tout le monde.
La fin du monde s’achète en kit
Peu après l’opération Midnight Hammer, Google a vu s’envoler les requêtes pour « kit de survie » ou « retombées nucléaires » à des niveaux dignes des premiers jours de l’invasion de l’Ukraine. Amazon, elle, a enregistré des ventes records : masques à gaz, trousses de secours, lampes solaires. Sans oublier les fameux équipements anti-émeutes et les kits pour se protéger des ouragans.
Quitte à craindre la fin, autant y aller franchement et cocher toutes les cases, sait-on jamais. Un savoureux tableau de la panique à l’américaine, une espèce de « Black Friday de l’apocalypse » où la peur devient un produit se monnayant comme les autres.
Tom Werle, directeur des opérations chez Jungle Scout, tempère tout de même cette flambée de recherches : « La demande réelle dépend de nombreux facteurs », précise-t-il, expliquant que si ces dernières explosent, les achats eux-mêmes peuvent fluctuer selon les peurs du moment et les priorités des consommateurs. Ce n’est pas forcément parce que ceux-ci s’y intéressent qu’ils vont passer pour autant à la caisse, mais le réflexe est bien là.
À la moindre secousse, les paniers se remplissent et si la peur est bonne pour les affaires, mieux vaut une batterie solaire et un sac d’évacuation au fond du placard qu’une confiance hasardeuse envers son prochain.
Sauve qui peut et chacun pour soi !
Dans d’autres pays, on pense abris collectifs, plans de secours partagés ou exercices d’évacuation. Aux États-Unis ? On improvise, seul, avec un code promo et un rêve de bunker. Chad Huddleston, anthropologue spécialiste des « preppers » (les adeptes de la survie), note que depuis l’ouragan Katrina, la peur s’est repliée sur la sphère privée et n’existe que sous le prisme de l’ultra-individualisme.
« Les gens regardent ce qui se passe autour d’eux pour se dire : “Qu’est-ce que je dois craindre ?” ». Pour la majorité, un panier Amazon suffit à calmer l’angoisse : « Ils achètent un kit Costco [NDLR : ensemble de produits de survie ou d’urgence vendus en gros par la chaîne de supermarchés américaine Costco], un sac de survie, et se disent : “C’est réglé” ».
Pour les plus riches, le business de la peur prend des allures de palace : bunkers privés, « safe rooms » (pièces blindées), condos anti-nucléaires à plusieurs centaines de milliers de dollars. Mais la philosophie reste identique : la fin du monde doit se vivre en solitaire, dans le cadre familial. « Cela suit l’idéal américain de l’individualisme et de la mentalité “débrouille-toi” », souligne Huddleston. Que chacun se sauve comme il peut, et tant pis pour le voisin : à chacun son stock de ressources, à chacun son trou !
On pourrait dès lors penser que les américains sont devenus des maîtres dans l’art de la survie, mais il n’en est rien. « L’Amérique n’a aucune idée de ce qu’est un vrai abri anti-bombes », ironise Paul Seyfried, expert en bunkers. Les américains ne voient pas dans la survie un projet commun ; c’est un marché dans lequel chacun s’équipe comme il peut à ses propres frais.
Face à l’angoisse nationale, l’Américain moyen ne semble pas spontanément adopter une approche collective. Au contraire, il se tourne vers des solutions individuelles, cherchant dans les outils de survie un semblant de sécurité, à l’image d’une consommation réconfortante. Une réaction empreinte de consumérisme face à la menace de l’extinction, qui prouve que l’esprit collectif de la nation est relégué au second plan. Quelle est vraiment la capacité de résilience d’un État, lorsque sa culture a éclipsé le nous au profit du moi ?
- Après des frappes en Iran, les Américains se sont rués sur l’achat d’équipements de survie au lieu de miser sur la solidarité.
- Kits, bunkers et gadgets se sont vendus comme des petits pains, illustrant un réflexe individuel plus qu’un plan collectif.
- Ce consumérisme face au chaos révèle l’incapacité d’une société à construire une réponse commune aux crises.
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