Selon les nouvelles projections du CBO, la dette fédérale américaine devrait atteindre 64 000 milliards de dollars cumulés sur les dix prochaines années. Rapportée à la richesse produite par le pays, elle représenterait 101% du PIB dès l’an prochain, avant de grimper à 120% à l’horizon 2036. Un niveau jamais vu : le précédent record (106% du PIB) remontait à 1946, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, quand Washington sortait d’un effort de guerre gigantesque.
Cette dérive ne s’explique pas seulement par la dynamique « naturelle » de la dette américaine, déjà jugée préoccupante avant 2024. En 2023, le CBO anticipait une dette atteignant 57 000 milliards de dollars en dix ans ; la réélection de Donald Trump et l’orientation de sa politique budgétaire ont depuis ajouté 7 000 milliards à l’équation.
Une politique fiscale qui creuse le gouffre
Au cœur de cette dégringolade, la nouvelle réforme fiscale voulue par Donald Trump, qui privilégie baisses d’impôts et allègements massifs pour ménages et entreprises. Le CBO estime que les pertes de recettes fiscales liées à ces mesures dépasseront largement les 3 000 milliards de dollars de recettes supplémentaires attendues des nouveaux droits de douane imposés par la Maison-Blanche sur la plupart des pays exportant vers les États-Unis.
Le résultat est mécanique : en 2026, première année où Donald Trump exercera pleinement son second mandat, le déficit fédéral devrait s’élever à 1 900 milliards de dollars, soit 5,8% du PIB. D’ici à 2036, il grimperait encore à 3 100 milliards, pour atteindre 6,7% du PIB. En d’autres termes, même dans un contexte économique sans choc majeur (pas de pandémie, pas d’envolée brutale du chômage), l’État fédéral vit bien au‑dessus de ses moyens.
Ce déséquilibre est d’autant plus préoccupant qu’il survient dans une économie où l’inflation reste élevée, malgré les promesses de campagne de Trump. Une inflation persistante renchérit le coût de la dette, tout en nourrissant le risque d’une remontée durable des taux d’intérêt.
Bras de fer risqué
Face à cette montagne de dettes, la réaction des investisseurs devient centrale. Pendant près de deux décennies, la Réserve fédérale (Fed) a rassuré les marchés en se posant en acheteur de dernier ressort, prête à racheter massivement des obligations en cas de crise. Mais cette ère semble toucher à sa fin.
Donald Trump a en effet engagé un bras de fer avec la banque centrale, qu’il accuse de freiner la croissance américaine. Il a annoncé sa volonté d’installer à la tête de la Fed Kevin Warsh, un banquier opposé à la politique de rachats d’actifs qui avait permis de stabiliser les marchés après 2008 puis pendant la pandémie. En cherchant à reprendre le contrôle politique de la Fed pour obtenir un dollar plus faible et des taux plus bas, Trump inquiète une partie des investisseurs, déjà réticents à financer indéfiniment l’excès de dépenses fédérales.
Cette nervosité explique aussi pourquoi le président a mis de côté certaines ambitions jugées aventureuses, comme son offensive sur le Groenland, afin d’éviter d’ajouter un facteur d’incertitude géopolitique aux inquiétudes financières. Car plus la dette augmente, plus le Trésor américain doit émettre d’obligations, et plus les créanciers exigent des rendements élevés par crainte d’un jour ne pas être remboursés.
Trump promet un « âge d’or », les chiffres racontent autre chose
Sur son réseau Truth Social, Donald Trump martèle un tout autre récit. Il assure que les « formidables chiffres de l’emploi » prouvent la vigueur retrouvée de l’économie américaine, et estime que les États-Unis, « de nouveau le pays le plus puissant du monde », devraient payer « beaucoup moins » de taux d’intérêts. Dans son message, il va jusqu’à promettre qu’un taux d’intérêt beaucoup plus bas permettrait d’économiser « au moins 1 000 milliards de dollars par an » en intérêts, ouvrant la voie à un « budget équilibré » et à un « âge d’or » pour l’Amérique.
Mais cette rhétorique se heurte à la réalité. Plus la dette gonfle, plus la pression monte pour que les taux restent élevés, ne serait‑ce que pour attirer les investisseurs. À moyen terme, la hausse des charges d’intérêts risque d’absorber une part croissante du budget fédéral, au détriment des dépenses sociales, militaires ou d’investissement.

Risque de crise mondiale
Si la trajectoire esquissée par le CBO se confirme, la dette américaine deviendra un problème pour l’ensemble de la finance mondiale. Les obligations du Trésor servent de référence à de nombreux marchés, de l’assurance aux crédits immobiliers, en passant par les réserves de change des banques centrales.
Une hausse durable des taux américains, alimentée par la défiance des investisseurs, renchérirait le coût du crédit partout dans le monde, fragilisant les économies émergentes les plus endettées et aggravant les tensions sociales dans les pays développés.
L’Amérique, qui avait su dans le passé utiliser sa puissance financière comme un stabilisateur, pourrait, sous l’effet combiné de choix politiques risqués et d’une dette aussi élevée, devenir le cœur d’une nouvelle crise économique mondiale.
- La dette fédérale américaine devrait atteindre 120% du PIB en 2036, un niveau supérieur au record de 1946 après la Seconde Guerre mondiale.
- Les baisses d’impôts voulues par Trump creusent le déficit bien au‑delà de ce que rapporteront les nouveaux droits de douane, faisant exploser les besoins de financement de l’État fédéral.
- La combinaison d’une Fed affaiblie, de marchés obligataires méfiants et d’une dette galopante fait peser un risque majeur sur l’économie américaine et, par ricochet, sur la stabilité financière mondiale.
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