Le film Kaizen du jeune Inoxtag l’a superbement mis sur le devant de la scène le 13 septembre. L’Everest (ou Chomolungma en népalais), culminant à 8 849 mètres d’altitude, règne en maître incontesté sur les sommets de notre planète toute entière. Mais comment expliquer que cette montagne dépasse de plus de 200 mètres ses plus proches rivales ? Une équipe de géologues propose une explication fascinante à cette question, mêlant tectonique des plaques, érosion fluviale et réajustement isostatique (un mot un peu barbare, mais nous vous expliquons plus bas). Leurs travaux ont été publiés le 30 septembre dans la revue Nature Geoscience.
La collision des continents, berceau des géants
La naissance de l’Everest et de la chaîne himalayenne est le résultat d’un processus géologique titanesque : la collision entre les plaques tectoniques indienne et eurasiatique. Ce choc, initié il y a environ 50 millions d’années, se poursuit encore aujourd’hui, poussant inexorablement les montagnes de la chaîne de l’Himalaya vers le ciel.
Cependant, ces forces tectoniques seules ne suffisent pas à expliquer la suprématie de l’Everest. C’est là qu’intervient un acteur inattendu : l’eau, sous la forme de rivières anciennes qui ont sculpté ce paysage si particulier bien avant l’apparition de l’espèce humaine sur Terre.
L’érosion fluviale : un facteur essentiel
L’étude en question met en lumière l’importance de la rivière Arun dans la longue histoire géologique de l’Everest. Cette rivière, qui prend sa source au nord de l’Himalaya avant de traverser entièrement la chaîne du nord au sud, aurait connu un événement majeur il y a environ 89 000 ans : la capture fluviale.
Ce phénomène se produit lorsqu’une rivière change brusquement de cours pour rejoindre un autre système fluvial. Il « capture » donc les flux d’un autre cours d’eau. Cette capture est souvent due à l’érosion différentielle des roches (différentes roches présentes dans un même environnement s’érodent à des vitesses, elle aussi, différentes), qui creuse progressivement le lit d’un cours d’eau, lui permettant ainsi de s’emparer des eaux d’un cours d’eau voisin.
Dans le cas de l’Arun, cette capture par une rivière voisine, baptisée Kosi, aurait entraîné une érosion intense le long de son nouveau parcours, creusant une gorge aux parois presque verticales à travers la jeune chaîne himalayenne. Cette érosion accélérée a eu pour effet de retirer une quantité considérable de roche et de sédiments de la région (des milliards de tonnes), allégeant par conséquent la croûte terrestre sous l’Everest et les montagnes environnantes.
Le rebond isostatique : quand la Terre se soulève
Le troisième phénomène géologique qui a façonné l’Everest est le rebond isostatique. Lorsqu’une grande masse de roche est retirée de la surface terrestre, la croûte, libérée de ce poids, a tendance à se soulever lentement. Exactement comme le ferait un bouchon de liège qu’on aurait enfoncé dans l’eau et qu’on relâcherait soudainement (voir vidéo ci-dessous). Un processus dont nous vous parlions déjà dans cet article concernant l’Antarctique.
Selon les estimations des chercheurs, ce rebond isostatique aurait pu ajouter entre 15 et 50 mètres à l’altitude de l’Everest. Cette élévation supplémentaire, bien que modeste en apparence, pourrait expliquer pourquoi l’Everest dépasse si nettement ses voisins comme le K2 (8 611 m) ou le Kanchenjunga (8 586 m).
Néanmoins, il est important de noter que ces conclusions font encore l’objet de débats dans la communauté scientifique. Certains géologues, comme Peter van der Beek de l’Université de Potsdam, soulignent les incertitudes liées à la datation précise de la capture fluviale et aux taux d’élévation tectonique à long terme. Ceci en raison de l’utilisation d’un modèle de simulation fluvial trop « simple » utilisée par l’équipe.
De plus, d’autres facteurs entrent en jeu dans l’évolution de la hauteur des montagnes sur le long terme, notamment les séismes. Par exemple, le tremblement de terre de magnitude 7,8 qui a frappé le Népal en 2015 a provoqué un affaissement d’environ un mètre de nombreuses montagnes himalayennes. Cela peut paraître peu, mais à l’échelle du temps géologique, c’est considérable. Prenons l’exemple du rebond isostatique ; ce phénomène se produit à des échelles de temps beaucoup plus longues, de l’ordre de plusieurs millimètres ou centimètres par an.
Le mont Everest n’est donc pas qu’un simple amas de roches poussé vers le ciel. Son histoire est celle d’un équilibre entre poussées tectoniques et forces érosives, et il continue d’ailleurs de grandir. Une croissance estimée à approximativement 2 mm chaque année.
- La collision entre les plaques tectoniques indienne et eurasiatique continue de pousser l’Everest vers le ciel.
- L’érosion fluviale, notamment due à la capture de la rivière Arun, a contribué à alléger la croûte terrestre sous l’Everest.
- Le rebond isostatique a permis à l’Everest de se soulever encore davantage, ajoutant entre 15 et 50 mètres à son altitude.
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