Depuis 2001, Elon Musk est littéralement obsédé par la colonisation de Mars, qu’il imagine parfois avec des idées quelque peu saugrenues, et avec le programme Artemis, le concept de bases lunaires permanentes est revenu dans les gros titres médiatiques. Des projets qui présupposent déjà que l’être humain puisse se reproduire hors de notre planète : un sujet que la NASA ou SpaceX ne mettent pas réellement en avant, davantage investi par les sphères universitaires.
La Chine a décidé de mettre les mains dans le cambouis en envoyant, le 11 mai, un chargement pour le moins inhabituel vers sa station spatiale Tiangong. La mission de ravitaillement Tianzhou-10 a acheminé des embryons humains synthétiques conçus à partir de cellules souches, incapables de se développer en fœtus, mais suffisamment proches d’un embryon réel pour en modéliser les premières étapes de développement. Du jamais-vu dans l’histoire de la conquête spatiale, mais au moins, nous serons fixés quant à la viabilité biologique de nos ambitions interplanétaires.
L’embryon humain à l’épreuve du vide spatial
Ce n’est pas la première fois que des chercheurs chinois se frottent à cette thématique : en 2016, une équipe avait démontré que des embryons de souris pouvaient atteindre la phase blastocyste en microgravité. Un stade à partir duquel ils peuvent s’implanter dans la paroi utérine et poursuivre leur croissance jusqu’à l’organogenèse.
Quelques années plus tard, en 2023, des chercheurs japonais ont reproduit l’expérience en 2023 et obtenu le même résultat, assorti d’un bémol : en microgravité, seulement 24 % des embryons de souris parvenaient au stade blastocyste, contre environ 50 % sur Terre.
Des résultats relativement encourageants, mais insuffisants pour que l’on puisse les extrapoler à l’humain : notre physiologie reproductive est bien trop différente de celle des souris. Si nos deux espèces partagent les grandes étapes du développement précoce, elles divergent en revanche sur les aspects les plus sensibles : sensibilité aux rayonnements ionisants, dynamique cellulaire au stade blastocyste, complexité de l’implantation utérine, sensibilité au stress cellulaire induit par la microgravité… Des variables que la mission chinoise s’apprête justement à éclaircir.
À bord de Tiangong, les embryons ont été répartis en deux groupes selon le stade qu’ils sont censés modéliser. Le premier reconstitue les conditions de l’implantation utérine en cultivant les échantillons sur des cellules de l’endomètre. Le second les embarque sur une puce microfluidique, un circuit miniaturisé reproduisant le microenvironnement dans lequel les cellules commencent à se spécialiser pour former les premiers tissus.
Yu Leqian, chercheur à l’Institut de zoologie de l’Académie des sciences de Chine et responsable du projet, a indiqué brièvement que « L’expérience se déroule très bien ». Sans trop s’attarder sur les détails de cette dernière, il a précisé qu’« un dispositif automatisé préréglé assure le remplacement quotidien du milieu de culture pour l’ensemble des échantillons ». L’équivalent, on l’imagine, d’une couveuse spatiale autonome.
Après cinq jours d’incubation, les embryons ont été congelés et attendent leur rapatriement sur Terre. Les résultats ne seront connus qu’une fois les échantillons comparés à un groupe témoin resté en gravité normale, une étape indispensable pour distinguer les effets qui relèvent de la microgravité du reste.
Quoi qu’il en ressorte, Yu Leqian a déjà anticipé le scénario le plus pessimiste et pense recourir à la gravité artificielle. En théorie, pour qu’un tel système fonctionne, il faudrait recréer mécaniquement, à bord d’une station ou d’un vaisseau, une accélération centrifuge suffisante pour reproduire les conditions gravitationnelles terrestres et préserver l’intégrité du développement embryonnaire.
Yu Leqian se montre particulièrement optimiste quant à la suite de l’expérience et espère sincèrement, selon ses mots, que les êtres humains pourront un jour se reproduire dans l’espace. S’il s’avère que ce n’est pas le cas, même en simulant la gravité terrestre – une hypothèse à ne pas écarter – il faudra admettre une bonne fois pour toutes qu’Homo sapiens est une espèce fondamentalement terrestre. Ses incursions dans l’espace ne pourront jamais dépasser le stade de l’exploration ; SpaceX, la NASA et les autres pourront faire leurs adieux au mythe de la civilisation interplanétaire. Des missions habitées, oui ; des avant-postes scientifiques, peut-être ; mais une espèce apte à s’installer durablement ailleurs que sur Terre, c’est non.
- La Chine a envoyé des embryons humains synthétiques en orbite pour étudier leur développement en apesanteur, une première dans l’exploration spatiale.
- Cette expérimentation vise à déterminer si les humains peuvent se reproduire hors de la Terre, essentielle pour les projets de colonisation interplanétaire.
- Les résultats de l’expérience, qui seront comparés à un groupe témoin sur Terre, pourraient influencer l’avenir de la reproduction humaine dans l’espace.
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