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Prix de l’essence à 2 euros : ce n’est que le début, voici pourquoi

Le prix des carburants à la pompe tourne en ce moment autour de 2 euros le litre presque partout en France, et rien n’indique que cela va changer dans un futur proche, bien au contraire.

Alors que le gouvernement vient de réussir à convaincre TotalEnergies de plafonner le prix de l’essence à 1,99 € le litre, et qu’il est question d’autoriser la revente de carburant à perte pour six mois à compter de septembre, y a-t-il encore une chance que le prix des carburants pétroliers reviennent, en France, autour de 1,70 € le litre ?

De facto, la partie est très mal engagée. D’abord parce que le gouvernement a finalement trop peu de leviers pour réellement agir, qui plus est sans léser de nombreux acteurs. Mais surtout parce que tout concourt à une hausse tendancielle du prix des énergies fossiles et ce, sans la moindre sortie de tunnel en vue.

L’essence à 2 euros est en grande partie la conséquence de choix stratégiques

N’y allons pas par quatre chemins : oui, la guerre en Ukraine a un impact, et est en partie responsable de la hausse du prix à la pompe constatée en France. Le conflit a forcé les pays d’Europe à entièrement revoir leur approvisionnement en gaz et en pétrole, autrefois largement importés de Russie. Et ces perturbations provoquent des coûts importants dans toute la chaîne de distribution.

Un phénomène, amplifié, d’ailleurs, par l’inflation ; qui affecte aussi bien le raffinage, que la logistique et la distribution, ajoutant une grande part de la hausse des prix constatée au litre dans les stations service. Mais c’est sans compter également le prix du baril de pétrole, qui est particulièrement haut en ce moment, en partie pour des raisons artificielles.

La transition énergétique accélérée dans laquelle nous entrons pousse les pays producteurs de pétrole à trouver de nouveaux équilibres entre volumes et prix sur le marché. La demande en carburants a déjà commencé à diminuer en France et dans d’autres pays de l’OCDE, et le taux de cette baisse de la demande ne va a priori qu’augmenter d’année en année.

En 2035, il ne sera même plus possible d’acheter une voiture thermique neuve en Europe. D’un côté il est vrai que les subventions dirigées vers le secteur du pétrole et du gaz ont explosé en 2022, à plus de 1 000 milliards de dollars. Mais cette hausse est temporaire et conjoncturelle et liée à l’urgence de réorganiser l’approvisionnement. De facto, les Etats signataires de la COP se sont tous engagés à supprimer les « subventions inefficaces » aux combustibles fossiles.

Les investissements directs avaient d’ailleurs effectivement fondu avant le début de la crise de l’énergie. Dans un tel contexte, les cartels de pays producteurs comme l’OPEP ont annoncé limiter la production pour maintenir des prix élevés. Et vu que la transition énergétique suit son cours, ils n’ont aucun intérêt à changer de stratégie.

Situation semblable partout en Europe

Au moment où nous écrivons ces lignes, le prix du Brent est de 93,36 $, tandis que le cours du baril est de 89,54 $ – contre des prix autour de 70 $ en juillet. Du coup, il est vraisemblable qu’il faut s’habituer en France à un prix à la pompe “bas” autour de 2 € le litre. Avec dans un futur proche des tarifs probablement nettement supérieurs.

Selon le site Tolls.eu la situation n’est guère meilleure dans les autres pays d’Europe. Outre la France, les stations service d’Allemagne et d’Italie proposent elles aussi un tarif autour de 2 € le litre. L’Espagne et l’Autriche, qui taxent traditionnellement un peu moins le carburant, proposent un prix à la pompe autour de 1,70 € le litre. 

Sans surprise, les pays de l’Est et des Balkans proposent toujours les tarifs les plus bas. C’est le cas en Roumanie (1,45 € le litre), en Pologne (1,49 € le litre) et en République Tchèque et Croatie (1,63 € le litre). Toutefois il faut noter que la hausse des prix est proportionnellement la même presque partout, exceptée une poignée de pays qui ajustent modérément le montant de leur taxe sur les produits pétroliers pour amortir les fluctuations.

Peut-on espérer réellement un amortissement des prix par l’État ?

Soulignons d’emblée que réduire le montant de la TVA sur les produits pétroliers et la TICPE est une mesure à double tranchant surtout dans un pays comme la France. En effet, s’agit d’une énorme recette (30,98 milliards d’euros en 2019, sans même y ajouter la TVA sur les produits pétroliers) pour les finances de l’État, indispensable au financement de nombreux services publics.

Une baisse des revenus tirés de cette taxe signifierait, à plus ou moins long terme, une hausse des prélèvements obligatoires pour des millions de français… qu’ils possèdent ou non une voiture. C’est d’ailleurs pour cela qu’après avoir financé une baisse du prix à la pompe puis mis en place un “chèque carburant” pour les foyers aux revenus les plus modestes, le gouvernement se refuse à un effort supplémentaire.

À la place, l’Elysée propose, sans trop convaincre, de lever l’interdiction de la revente du carburant à perte. Une manière de rejeter la responsabilité des prix sur les distributeurs. Toutefois, comme nous l’expliquons dans cet article, TotalEnergies, Carrefour, E. Leclerc, Intermarché et Système U ont tous rejeté cette mesure, autorisation ne valant pas obligation (qui serait vraisemblablement, dans tous les cas, inconstitutionnelle).

Le porte parole du gouvernement a beau souligner que “chacun doit faire un effort”, tout indique que la mesure n’aura strictement aucun effet dans l’immédiat. La France ne produit dans tous les cas pas assez (directement sur son territoire) de pétrole, et n’a donc pas vraiment beaucoup de leviers pour changer les choses sur ce type d’énergie.

De plus en plus, il semble donc pour l’État que le plus raisonnable est de passer la seconde dans les aides pour acheter une voiture électrique neuve ou d’occasion. Un mode de transport qui devient redoutablement compétitif vu la dégradation de la situation dans le secteur de l’automobile thermique.

Passer sur ce type de véhicules reste pour l’instant trop cher pour de nombreux ménages, mais le développement de dispositifs comme la voiture électrique à 100 € par mois est sans doute un début de vraie solution. De quoi enfin dire à l’ère thermique “prends tes clés et ne reviens plus jamais”… ?

  • Le prix à la pompe atteint les 2 € le litre et plusieurs distributeurs ont annoncé leur refus de vendre leurs carburants à perte
  • Or plusieurs facteurs semblent déjà indiquer que les tarifs sont en train de s’arrimer à un nouveau pallier
  • Une hausse des prix encore supérieure est vraisemblable dans les prochaines années

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