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Prix de l’essence : les Français sont-ils les dindons de la farce ?

Alors que les prix de l’essence baissent partout en Europe, la France maintient des tarifs très élevés, voire en hausse. Mais pourquoi ?

La France est le seul pays d’Europe où le prix de l’essence n’a pas suivi la baisse du prix du pétrole sur les marchés internationaux. Alors que la plupart des pays européens ont retrouvé les niveaux de prix d’avant la crise ukrainienne, la France affiche une hausse de 16 % par rapport à l’an dernier. Quelles sont les raisons de cette anomalie ?

Elle a bon dos la guerre en Ukraine

La question de l’énergie a été au cœur des tensions entre la Russie et l’Ukraine depuis le début du conflit en février 2022. La Russie, premier exportateur mondial de gaz naturel et deuxième exportateur mondial de pétrole, a utilisé son pouvoir énergétique comme une arme politique pour faire pression sur l’Ukraine et ses alliés européens. En représailles aux sanctions occidentales, la Russie a réduit ses livraisons de gaz à l’Ukraine et menacé de couper les gazoducs qui transitent par son territoire pour approvisionner l’Europe.

Ces tensions ont provoqué une forte hausse du prix du pétrole sur les marchés internationaux, qui a atteint un pic de 120 dollars le baril en mars 2022. Les consommateurs européens ont alors subi une augmentation du prix de l’essence à la pompe, qui a dépassé le euro le litre dans certains pays.

Depuis avril 2022, le prix du pétrole s’est stabilisé autour de 80 dollars le baril, grâce à une détente diplomatique entre la Russie et l’Ukraine, et à une augmentation de la production des pays membres de l’OPEP (Organisation des pays exportateurs de pétrole). Cette baisse du prix du pétrole s’est répercutée sur le prix de l’essence dans la plupart des pays européens, qui ont retrouvé les niveaux d’avant la crise ukrainienne.

Ainsi, selon les données de la Commission européenne, le prix moyen du SP95 dans l’Union européenne était de 84 centimes le litre le 21 février 2022, et il est revenu à ce niveau à la fin avril 2023. De même, le prix moyen du gazole était de 77 centimes le litre le 21 février 2022, et il est revenu à 76 centimes le litre à la fin avril 2023.

Mais la France fait exception à cette tendance. Alors que le prix moyen du SP95 était de 80 centimes le litre avant la crise ukrainienne, il est aujourd’hui de 93 centimes, soit une hausse de 16 % ! De même, le prix moyen du gazole était de 73 centimes le litre avant la crise ukrainienne, il est aujourd’hui de 86 centimes, soit une hausse de 18 % ! On parle ici bien sûr de tarifs hors taxes.

Pourquoi les prix de l’essence ne baissent pas en France ?

Plusieurs facteurs peuvent expliquer pourquoi la France est le seul pays d’Europe où le prix de l’essence ne baisse pas. Tout d’abord, la fiscalité entourant le marché du carburant dans l’Hexagone est bien particulière. La France applique des taxes élevées sur les carburants, qui représentent environ 60 % du prix final. Ces taxes sont composées d’une taxe intérieure sur la consommation des produits énergétiques (TICPE), qui est fixe et qui varie selon les régions, et d’une taxe sur la valeur ajoutée (TVA), qui est proportionnelle au prix hors taxe. Ainsi, lorsque le prix hors taxe augmente ou diminue, la TVA suit le même mouvement. Mais lorsque le prix hors taxe revient à son niveau initial, la TVA reste plus élevée qu’avant. C’est ce qui explique en partie pourquoi le prix de l’essence en France ne baisse pas autant que le prix du pétrole.

En plus de cette fiscalité particulière, les acteurs du marché admettent opérer un rattrapage sur leurs marges. C’est en tout cas ce qu’a reconnu le patron de Système U Dominique Schelcher, qui a déclaré que les enseignes n’essayaient plus de soutenir le consommateur face à l’inflation. À la guerre comme à la guerre.

Sur les 11 000 stations-service réparties sur le territoire, près de la moitié sont gérées par les grandes surfaces. Ces dernières, qui normalement ont tendance à pratiquer des prix plus bas que les stations indépendantes ou celles des compagnies pétrolières, ont augmenté leurs marges sur les carburants pour compenser les “pertes” engendrées par la guerre en Ukraine.

Pendant que les distributeurs se gavent comme des oies, les Français sont donc les dindons de la farce.

Quelles sont les conséquences pour les consommateurs français ?

En effet, en période d’inflation, la hausse du prix de l’essence en France a forcément un impact négatif sur le pouvoir d’achat des consommateurs français, notamment ceux qui utilisent leur voiture pour se rendre au travail ou pour leurs loisirs. Selon une étude de l’Automobile Club Association (ACA), le budget annuel moyen d’un automobiliste français a augmenté de 3,3 % en 2022, pour atteindre 6 063 euros. Cette hausse s’explique principalement par l’augmentation du poste carburant, qui représente 23 % du budget total.

La hausse du prix de l’essence en France a aussi un impact négatif sur la compétitivité des entreprises françaises, notamment celles qui dépendent du transport routier pour leurs activités. Selon la Fédération nationale des transports routiers (FNTR), le coût du carburant représente environ 30 % du coût total d’un transport routier. La FNTR estime que la hausse du prix du gazole a entraîné une perte de chiffre d’affaires de 1,5 milliard d’euros pour les entreprises du secteur en 2022. Et ce malgré une hausse des prix finaux, absorbés par… les consommateurs, encore et toujours.

Quelles sont les solutions pour réduire le prix de l’essence en France ?

Elles sont en réalité très simples mais dépendent surtout d’une volonté. Une volonté politique de l’Etat, qui pourrait temporairement baisser les taxes sur les carburants ou réintroduire la TIPP flottante, une taxe mise en place par le gouvernement Jospin dans les années 90 permettant de compenser les hausses de prix par des taxes plus faibles. Le grand gagnant était donc le consommateur.

Une volonté commerciale, ensuite. Les acteurs économiques de ce marché pourraient aussi faire un effort. Dans les autres pays d’Europe, les distributeurs jouent le jeu de la hausse des prix mais aussi de la baisse. La déclaration du patron de Système U témoigne d’une tendance révélée par plusieurs études : les géants de la grande distribution répercutent l’inflation plus que de raison sur les consommateurs. Selon une étude datant de début 2023, près de 60% des hausses de prix correspondent à une hausse des marges et n’ont rien à voir avec le contexte géopolitique actuel.

Quelles solutions reste-t-il alors aux consommateurs ? Réduire la consommation de carburant en ayant recours par exemple au covoiturage ou en utilisant davantage, quand cela est possible, les transports en commun et la mobilité douce (vélo électrique, trottinettes électriques etc.). La voiture électrique est aussi une bonne alternative mais reste réservée aux consommateurs les plus à l’aise financièrement. Mais pour eux, le prix de l’essence est-il vraiment important ?

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1 commentaire
1 commentaire
  1. Conclusion stupide … agir pour faire baisser les taxes honteuses payées par les Français pour réduire la dette creusée par nos politiques pour de purs motifs politiciens … sinon vous pouvez faire mieux aller à pied ! Les rats des champs n’ont qu’à se débrouiller …

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