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Réseaux sociaux : pourquoi vous ne pouvez pas résister aux posts qui vous énervent

Une nouvelle étude montre que notre comportement en ligne peut parfois défier toute logique apparente.

L’être humain serait-il masochiste sur les réseaux sociaux ? C’est en tout cas ce que semblent suggérer cette recherche, publiée récemment dans la revue Organizational Behavior and Human Decision Processes. Alors qu’on pourrait penser que nous préférons nous conforter dans nos opinions en nous enfermant dans des chambres d’écho (un thème que nous avions abordé dans cet article), il s’avère que c’est tout le contraire qui se produit.

Ce phénomène, baptisé « effet de confrontation », expliquerait en partie la prolifération de discours toxiques ou autres comportements irrespectueux lorsque nous quittons le monde réel pour rejoindre le monde virtuel.

L’effet boomerang de la colère virtuelle

Vous pensiez être seul à ne pas pouvoir vous empêcher de réagir à ce post qui vous fait sortir de vos gonds ? Détrompez-vous ! L’étude menée par Daniel Mochon et son équipe (Université Tulane, La Nouvelle-Orléans en Louisiane) a mis en lumière un phénomène surprenant : nous sommes bien plus susceptibles d’interagir avec des contenus qui défient nos convictions qu’avec ceux qui les confortent.

Cette tendance un peu surprenante a été observée sur X, sur Facebook et lors d’expériences en ligne, notamment pendant l’élection présidentielle américaine de 2020. Les chercheurs ont constaté que les utilisateurs réagissent fréquemment aux points de vue opposés avec un engagement plus appuyé, souvent motivé par l’indignation de ce qu’ils avaient sous les yeux.

Les réseaux sociaux, arène de la discorde moderne

Pour arriver à ces conclusions, les chercheurs ont exposé plus de 500 000 Américains à des posts politiques sur Facebook, incluant des contenus pour et contre l’ancien président Donald Trump. Résultat : les utilisateurs étaient bien plus enclins à commenter ou réagir aux publications qui contredisaient leurs convictions, en particulier lorsqu’ils sentaient que leurs valeurs fondamentales étaient bousculées.

Cette dynamique particulière crée un cercle vicieux où l’engagement (l’implication personnelle d’un utilisateur au sein d’un espace numérique) ne reflète pas nécessairement les préférences des internautes. Alors que dans des domaines comme la mode ou le sport, l’engagement traduit un certain intérêt ; en politique, il découle généralement de la colère et de la contradiction.

Un exemple frappant : de nombreux commentaires sur le compte X de la vice-présidente Kamala Harris semblent provenir de personnes appartenant à un spectre politique complètement opposé, bien qu’elles préféreraient probablement ne pas suivre son compte. Suivre un compte ou interagir avec des publications opposées à ses convictions peut paraître au premier abord absolument contre-intuitif. Pourtant, ce comportement a pris une ampleur considérable ces dernières années.

Cela peut résulter d’une volonté personnelle de confrontation ou de se positionner contre une figure publique, mais également d’un désir inconscient de valider ses propres opinions en critiquant ouvertement celles des autres. Ce phénomène, parfois baptisé « hate-following », peut renforcer davantage les biais cognitifs en exposant continuellement les utilisateurs à des idées opposées, mais sous l’angle de la critique ou du conflit.

Les dessous d’un business model controversé

Cette étude expose par ailleurs une réalité dérangeante : certains réseaux sociaux exploitent sciemment cette colère pour stimuler l’engagement, et par conséquent, d’augmenter leurs revenus. « Les plateformes tirent profit du maintien de l’activité des utilisateurs, que l’interaction soit positive ou négative », souligne Mochon. En réalité, les algorithmes n’ont que faire de vos opinions ; ils se contentent de favoriser ce qui génère le plus de réactions, qu’il s’agisse d’adhésion ou d’indignation.

En favorisant les contenus clivants, ces plateformes ne contribuent-elles pas à exacerber les divisions au sein d’une société, déjà fortement morcelée ? En encourageant ce cycle exposé plus haut, elles exacerbent bien les tensions et renforcent la perception d’un fossé de plus en plus large entre les différentes communautés idéologiques. La fragmentation sociale serait donc un des nombreux rouages de l’immense moteur financier des réseaux sociaux ; l’hypothèse est plus que plausible.

Face à ce constat, on pourrait espérer que cette prise de conscience nous aide à résister à ces provocations en ligne. Mais ne nous leurrons pas : connaitre un piège ne suffit pas à l’éviter. Le prochain post qui vous fera sortir de vos gonds vous mènera peut-être à vous jeter dessus ; et vous ne serez jamais le seul. Après tout, pourquoi se priver de ce petit shoot de dopamine quotidien ? Les réseaux sociaux ont transformé notre indignation en machine à cash. En attendant, continuons à nourrir la bête : clics rageurs, commentaires cinglants et partages vengeurs sont au menu. Bon appétit, et que le meilleur troll gagne !

  • Une nouvelle étude révèle que nous sommes plus enclins à interagir avec des contenus qui nous contrarient que ceux qui confortent nos opinions.
  • Ce phénomène, appelé « effet de confrontation », alimente la prolifération de discours toxiques et exacerbe les divisions sur les réseaux sociaux.
  • Les plateformes exploitent ce comportement pour maximiser l’engagement, renforçant ainsi la polarisation sociale et leurs revenus.

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1 commentaire
1 commentaire
  1. Entre consensus mou et focalisation sur ce qui défie nos convictions devrait prôner le débat contradictoire.
    Le débat contradictoire n’interdit pas les convictions mais suppose l’absence de certitudes ; aussi je pense qu’il s’agirait de remplacer “convictions” par “certitudes” pour expliquer le process d’irritation consistant à être bien plus susceptible d’interagir avec des contenus qui défient nos “convictions” qu’avec ceux qui les confortent.
    Et puis enfin, que ce soit sur les réseaux, que ce soit sur les bancs d’un amphi, que ce soit en réunion de travail, que ce soit entre amis au cours d’une soirée, que ce soit avec un copain, que ce soit avec notre amoureux/se … on cède facilement, trop facilement à la tentation de contrer l’opinion exprimée en la défonçant comme un bulldozer.
    Il y a des gens qui savent écouter et lire plutôt que d’entendre et parcourir, qui manifestement réfléchissent avant de répondre tant ils montrent bien les signes d’une intelligence qui gère l’information avant de la passer au crible des ses convictions, à savoir à celui de ses certitudes temporaires. Je n’en suis pas, mais j’essaye 🙂 Dans le cercle rapproché de mes relations nous avons un code : quand l’un d’entre-nous manifestement s’écoute plus qu’il n’écoute les autres ces derniers ont pour mission de le faire savoir n émettant un “bip-bip” discret mais audible : d’aucuns diront que cela s’apparente à un “ta gueule !”, d’autres envisageront un sourire sonore de rappel à l’ordre, c’est vous qui voyez (ou entendez) 🙂

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