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Réseaux sociaux : vos amis vous rendent-ils plus stupides ?

Nos connexions sociales nous rendent-elles plus intelligents ou nous enferment-elles dans une bulle ?

La question peut sembler provocante, mais elle mérite d’être posée à l’heure où nos interactions sociales se jouent autant en ligne que dans la vraie vie. À l’ère des réseaux sociaux tout-puissants, où l’information – véridiques ou erronées – circule à la vitesse de l’éclair, nos connexions numériques façonnent notre vision du monde, pour le meilleur et parfois pour le pire.

D’un côté, ces plateformes nous promettent un accès illimité au savoir et aux échanges. De l’autre, elles nous enferment aussi dans des bulles algorithmiques où l’écho de nos propres opinions résonne à l’infini et où nous pensons parfois tout savoir. Entre fake news virales et théories du complot tenaces, démêler le vrai du faux relève parfois du parcours du combattant. Dans ce maelström informationnel, une étude récente vient bousculer nos certitudes sur la valeur de nos liens sociaux en ligne. Faut-il privilégier la quantité ou la qualité ? Les amis proches ou les connaissances lointaines ? Et si la clé se trouvait ailleurs ?

La théorie des « liens faibles » mise à mal

Depuis un demi-siècle, la théorie de la « force des liens faibles », pilier des sciences sociales, régnait en maître. Son postulat ? Vos connaissances lointaines seraient plus à même de vous apporter des informations nouvelles que votre cercle proche. Pourtant, Zachary Neal, professeur de psychologie à l’Université d’État du Michigan, vient ébranler ce dogme dans une étude publiée dans Network Science.

« Que ce soit votre meilleur ami ou une simple connaissance, peu importe. Ce qui compte, c’est leur capacité à vous ouvrir à d’autres cercles sociaux », affirme Neal. Une affirmation qui nous invite à repenser la valeur de nos connexions en ligne et hors ligne.

L’étude, qui s’est penchée sur plus de 50 réseaux sociaux réels et 2 500 réseaux simulés, arrive à un constat sans appel : ce ne sont pas les liens faibles en eux-mêmes qui font la différence, mais leur capacité à servir de « ponts » entre différentes bulles sociales. Cette remise en question n’est pas sans rappeler les réflexions d’Umberto Eco sur la « guérilla sémiologique ». Face à la prolifération des fake news, le penseur italien préconisait déjà une approche critique de l’information pour discerner le vrai du faux, fondée sur la diversité des sources et la confrontation des points de vue.

L’importance des « ponts sociaux » à l’ère du numérique

Nous naviguons dans une ère de surabondance d’information, et pour ne pas s’y perdre, la qualité de nos connexions sociales devient primordiale. Neal, armé de sa nouvelle approche, envoie un gros coup de pied dans la fourmilière : « La théorie de la force des liens faibles part de postulats qui ne collent pas à la réalité. Elle s’est focalisée sur l’intensité du lien, alors qu’elle aurait dû s’intéresser à sa capacité à vous faire sortir de votre bulle sociale ».

Cette notion de « ponts sociaux » prend tout son sens à l’ère des réseaux sociaux. Nos fils d’actualité nous enferment souvent dans des chambres d’écho, en nous montrant principalement des informations qui confirment nos opinions existantes. Ainsi, ces connexions qui nous ouvrent à d’autres horizons deviennent essentielles pour notre esprit critique. Elles ne nous connectent pas seulement à de nouvelles informations, mais également à de nouvelles façons de voir le monde.

François Allard-Huver, dans son article sur les fake news, souligne l’importance de cette diversité : « Identifier et enrayer la propagation des fausses informations passe par l’apprentissage et l’éducation du public des réseaux sociaux aux mécanismes de production, de diffusion et de circulation des contenus à l’heure de l’économie de l’attention et du clic ». Les ponts sociaux apparaissent ainsi comme de véritables remparts contre la désinformation et la polarisation croissante des opinions.

Vers une nouvelle approche des connexions sociales

Finie donc la course effrénée aux contacts sur LinkedIn ou aux followers sur X. L’étude de Neal nous invite à revoir notre approche des réseaux sociaux. Plutôt que de chercher à accumuler les contacts, mieux vaut cultiver des relations qui nous ouvrent à des perspectives différentes, lointaines ou non. Cette approche pourrait bien être la clé pour naviguer dans le flot d’informations, parfois trop submergeant,

Elle fait aussi écho aux travaux d’Hannah Arendt, cités par Allard-Huver, qui s’interrogeait déjà sur la fragilité de la vérité dans l’espace public : « Est-ce dans l’essence de la vérité d’être impotente ou bien dans l’essence du pouvoir d’être trompeur ? ». En d’autres termes, la philosophe mettait en parallèle la relation entre la vérité et l’efficacité, en suggérant que la vérité pourrait manquer de force pour transformer les choses. Tandis que le pouvoir, lui, serait naturellement enclin à manipuler ou à masquer la vérité pour maintenir son contrôle.

Dans ce contexte, nos connexions sociales sont donc notre meilleure arme pour challenger nos propres avis, nous en forger des nouveaux, et in fine, d’aiguiser encore plus notre esprit critique. Alors, la prochaine fois que vous serez tenté de faire le tri dans vos amis sur Facebook, réfléchissez-y peut-être à deux fois. Ce contact un peu éloigné, aux opinions parfois surprenantes, pourrait bien être votre meilleur allié pour rester informé et… intelligent !

  • Les réseaux sociaux nous enferment dans des bulles, mais des connexions diversifiées sont essentielles pour rester bien informé et éviter la désinformation.
  • L’étude de Zachary Neal remet en question la théorie des « liens faibles » : l’important n’est pas l’intensité des liens, mais leur capacité à nous ouvrir à d’autres cercles sociaux.
  • À l’ère des fake news, cultiver des relations qui nous exposent à de nouvelles perspectives est la clé pour affiner notre esprit critique et éviter la polarisation.

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2 commentaires
2 commentaires
  1. “(…) revoir notre approche des réseaux sociaux.”. Sait-on être juge et partie ? La conception intellectuelle, psychologique, sociologique des réseaux sociaux est une chose, s’y perdre tout en tâchant de prendre du recul en est une autre.

    La populace nuit au peuple, écrivait Victor Hugo, et pareillement les réseaux sociaux, quand ils pourraient être compris et vécus comme le support d’une communauté planétaire, sont devenus l’antre d’une populace tant est que l’hystérie qui signe le comportement d’une populace est souvent celle qui caractérise au moins une large frange des réseaux sociaux, une frange majoritaire semble-t-il.

    Quand émotion et raison s’affrontent c’est toujours l’émotion qui l’emporte (dixit un certain ‘Jagot’ me semble-t-il de mémoire, psychiatre émérite du début su siècle dernier). Car c’est bien l’émotion qui l’emporte sur la raison, tant au sein d’une populace en furie qu’en celui de réseaux sociaux en débandade. L’émotion qui consiste à chercher à être du lot (meneurs dominants, suiveurs dominés), à se faire une place de penseur éclairé, mais aussi à légitimer une haine liée à un mal-être par des rebonds sur les pires évènements de l’actualité en les maudissant souvent exagérément, aveuglement. Haine disproportionnée bien souvent, mais affect pareillement : on crucifie, on vénère, bref on surréagit, comme dans toute hystérie.

    Le simple fait que les travaux, ceux des penseurs et autres philosophes, ceux des psychologues et sociologues, pertinemment évoqués dans cet article, à la fois semblent confirmer par l’analyse émérite ce qu’un bon sens commun saurait envisager et en même temps soient d’actualité en dit long sur le fossé qui parfois sépare une évidence et les faits : la prépondérance de la raison devrait être telle que la perte de celle-ci apparaisse aussi inconvenante, infondée qu’affirmer qu’1+1 font trois. “Savoir raison garder” comme on dit, mais pour quelles raisons, sans jeu de mots, rétorqueront ceux qui envisagent que la raison égare quand seul le sentiment éclaire. Sentiment ou émotion ? Car les deux ne se confondent pas toujours.

    Phénomène multifactoriel que celui des réseaux sociaux. Mais enfin, toute normalité ne s’établit-elle pas sur des comparaisons ? Ceux qui ont connu le monde d’avant, quand bien même que le monde numérique d’avant, peuvent asseoir un raisonnement sur cette base. Mais qu’en est-il des très jeunes qui sont nés avec les réseaux sociaux ? Le mythe platonicien de la caverne. Que sait-on de l’altérité quand on n’a jamais connue que l’intérieur de notre bulle ?

    Le Bien et le Mal ont nourri les esprits depuis toujours. Mais la folie, qu’en fait-on ?

  2. Bah! Il fut un temps on l’on pilotait les avions sans permis. Où on cherchait de l’or à l’Ouest et où il était d’usage d’être un homme au combat…
    La fée électricité nous changea en verbeux mégalomanes et autres histériques du progrès. Quelle chance ! En avançant il se peu que l’on trouve l’avenir dans la compulsion inverse ou dans le regret d’un passe fantasmé. Couper notre planète en quatre c’est possible ?
    Alors quoi ! Ça ira mieux au lit va…

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