Passer au contenu

Sélectionner les embryons pour leur (haut) QI : la promesse controversée d’une start-up américaine

Des bébés sur mesure : quand la génétique promet de designer des enfants plus intelligents.

Des embryons triés sur le volet pour garantir des nouveau-nés dotés d’un QI (Quotient Intellectuel) supérieur : c’est la promesse sulfureuse d’Heliospect Genomics, une start-up américaine qui n’hésite pas à franchir les limites éthiques de la sélection génétique. Une enquête du Guardian lève le voile sur des pratiques qui nous rappellent les heures sombres de l’Histoire, lorsque les politiques eugénistes battaient leur plein.

Le business lucratif de l’intelligence sur commande

Pour la modique somme de 50 000 dollars, Heliospect Genomics propose aux parents fortunés de passer au crible 100 de leurs embryons pour sélectionner les plus « prometteurs » intellectuellement. Son PDG, Michael Christensen (un ancien trader), ne cache pas ses ambitions : « Tout le monde pourra avoir les enfants qu’il désire, sans maladies, intelligents et en bonne santé. Ça va être génial ».

Une vision inquiétante du « bébé parfait » qui trouve déjà son public : cinq couples auraient déjà franchi le pas. Plus troublant encore, les vidéos filmées en caméra cachée par l’ONG Hope Not Hate révèlent que l’entreprise se vante qu’elle peut, par dépistage génétique, augmenter le QI d’un futur enfant de plus de six points.

Dans une autre vidéo, la firme propose de classer les embryons selon leur potentiel intellectuel, mais aussi d’autres « traits insouhaitables » comme les risques d’obésité ou de développement de maladies mentales.

Des liens troubles avec l’eugénisme moderne

Derrière cette façade commerciale se cache un réseau aux ramifications idéologiques très douteuses. L’un des cadres de l’entreprise, Jonathan Anomaly, ancien professeur à Duke et Oxford, est un fervent défenseur de l’eugénisme libéral. Une idéologie qui prône la possibilité pour les parents de choisir les caractéristiques génétiques de leurs futurs enfants, en particulier celles liées à l’intelligence, dans le but d’améliorer l’espèce humaine. Anthony a même publié en 2018, un article sans équivoque intitulé Defending Eugenics.

La start-up collabore également avec le couple Collins, figures controversées du mouvement pronataliste qui rêvent de « repeupler la Terre avec des bébés optimisés ». Leur société PolygenX, enregistrée à la même adresse qu’Heliospect au Wyoming, propose des services similaires de sélection génétique.

Une promesse « scientifique » sur des bases fragiles

Les experts dénoncent l’absurdité scientifique de ces prétentions. L’intelligence n’est pas simplement déterminée par le QI ou par un simple gène qu’on pourrait activer ou désactiver à volonté. Cette dernière résulte de l’interaction complexe de dizaines de gènes, sans compter l’influence majeure de l’environnement.

Katie Hasson, du California’s Center for Genetics and Society de Californie, alerte : ces pratiques « normalisent l’idée de gènes supérieurs et inférieurs » et renforcent dangereusement l’idée que les inégalités seraient uniquement d’origine biologique plutôt que sociale.

Que cette technologie fonctionne ou non, ce n’est pas la question. L’émergence de ces services réservés aux plus fortunés est le signe que l’eugénisme commercial existe déjà, loin de tout débat public ou contrôle éthique. Une dérive qui pose la question urgente de l’encadrement de ces pratiques avant qu’elles ne deviennent la norme chez les élites.

  • Heliospect Genomics propose de sélectionner des embryons pour un QI élevé, moyennant 50 000 dollars.
  • L’entreprise est liée à des figures prônant l’eugénisme moderne.
  • Les experts dénoncent l’absence de fondements scientifiques solides et les dérives sociales de cette pratique.

📍 Pour ne manquer aucune actualité de Presse-citron, suivez-nous sur Google Actualités et WhatsApp.

Newsletter 🍋

Abonnez-vous, et recevez chaque matin un résumé de l’actu tech

2 commentaires
2 commentaires
  1. Lui espérait que leur enfant aurait l’intelligence de son père et la beauté de sa mère.
    Elle espérait que leur enfant aurait l’intelligence de sa mère et le charme de son père.
    La nature trancha : l’enfant apparu comme moyennement intelligent et moyennement beau.
    Il vous écrit.
    La nature est mystérieuse.
    Il y a des parents tous deux moches et cons* qui donnent naissance à une déesse ou à un Apollon excessivement intelligent*.
    Il y a des parents tous deux beaux et brillants* qui donnent naissance à l’excellence de la laideur et de la connerie*.
    Alors, la vie, bien faite ou mal faite ? Ni, ni. C’est la vie. Vouloir canaliser son souffle est une absurdité.

    * : la connerie, comme l’intelligence, restent à définir, ici employés pour la simplification du récit, haletant s’il en est, mdr !

Les commentaires sont fermés.