Passer au contenu

Syndrome de Gilles de la Tourette, TOC, autisme : une étude révèle un socle génétique commun entre ces trois troubles neurologiques

Grâce à cette nouvelle étude, nous savons que 35 gènes sont formellement associés à ces troubles, dont la grande majorité est partagée entre les trois, contre seulement quatre auparavant. Un immense progrès dans notre compréhension de ces particularités neurocomportementales.

Du fait que le terme « troubles neurologiques » soit trop restrictif pour regrouper les trois, nous utiliserons des définitions officielles pour lever toute ambiguïté et retenir les catégories cliniques appropriées. Le Vidal, par exemple, ne les range pas sous la même bannière. Ainsi, concernant les troubles obsessionnels compulsifs (TOC), il explique qu’ils sont « une forme de trouble anxieux » et que « les personnes qui en souffrent […] éprouvent le besoin d’évacuer leur anxiété en accomplissant des rituels ou des actions répétitives, pour empêcher que des phénomènes redoutés ne se produisent ».

L’institut du cerveau décrit le syndrome de Gilles de la Tourette comme une « association de tics moteurs et vocaux sur une durée de plus d’un an chez un individu de moins de 18 ans [qui] affectent principalement le haut du corps, notamment le visage, la tête et les bras […] ». Concernant l’autisme, c’est un peu plus complexe. Le Vidal préférera les termes moins réducteurs de « troubles envahissants du développement [ou] troubles du spectre autistique […] dont la plus fréquente est l’autisme », en les définissant comme « un groupe de troubles caractérisés par une faible qualité des interactions sociales réciproques et des modalités de communication, ainsi que par un répertoire d’intérêts et d’activités restreint, stéréotypé et répétitif. »

Trois affections neurodéveloppementales en apparence distinctes, mais que les cliniciens savent liées depuis les années 1990 par une racine génétique commune. Des recoupements comportementaux existent entre les trois, mais leurs bases biologiques restent encore mal connues. Le 1er septembre, une étude parue dans la revue Nature Neuroscience coordonnée par l’Université Rutgers (New Jersey) et réunissant plus de trente équipes de recherche réparties entre les États-Unis, le Canada, l’Europe, la Corée du Sud et l’Amérique du Sud vient de produire l’analyse génétique la plus détaillée jamais consacrée à ces trois pathologies.

L’ADN passé au peigne fin : l’impact de l’hérédité familiale

Les chercheurs ont séquencé l’exome (la fraction du génome qui code les protéines, soit environ 1 % de l’ADN total) de près de 4 000 individus diagnostiqués avec un TOC, un trouble des tics (syndrome de Gilles de la Tourette inclus), ou les deux à la fois. L’échantillon testé, qui comprend plus de 2 400 trios parents-enfant et plus de 1 500 cas isolés, représente quasiment le double des effectifs mobilisés lors d’études précédentes.

En comparant les séquences génétiques des patients à celles de leurs parents et de groupes témoins, ils ont pu identifier des mutations apparues spontanément chez l’enfant sans être présentes chez les géniteurs, un signe probant de leur implication dans le développement de ces affections.

Après analyse, il s’avère que 36 gènes pèsent lourdement sur la balance : en moyenne, leur présence multiplie par 57 la probabilité de développer l’un des trois troubles, voire 210 dans les cas les plus extrêmes. Sur l’ensemble de ces 36 gènes, 30 se retrouvent aussi bien chez les patients souffrant de TOC que chez ceux atteints de tics : ils seraient donc deux expressions d’un même dérèglement génétique.

Plusieurs figurent également dans la littérature médicale consacrée à l’autisme, ce qui renforce l’hypothèse d’un socle neurodéveloppemental commun dépassant le seul périmètre des TOC et des tics.

Les chercheurs ont constaté que ces gènes sont particulièrement actifs dans un circuit cérébral connu sous le nom de boucle cortico-striato-thalamo-corticale. On peut le définir comme un « centre de contrôle » reliant les régions du cerveau chargées de raisonner (le cortex), de filtrer les impulsions et de coordonner les mouvements (le striatum), de trier l’information sensorielle (le thalamus) et d’en affiner l’exécution motrice (le cervelet). Lorsqu’il est perturbé dès le développement (prénatal, comme postnatal) en raison de mutation affectant ces gènes, tout le spectre de troubles apparaît : pensées intrusives, comportements répétitifs, difficultés de communication, ou tics moteurs.

Vers un futur renouvellement de notre arsenal thérapeutique ?

Même si le bénéfice de cette découverte ne sera pas immédiat pour les patients, il le sera pour les laboratoires qui fabriquent les traitements. Aujourd’hui, il est très fréquent, en psychiatrie, de prescrire des antidépresseurs de type ISRS (inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine) pour une personne souffrant de TOC, ou des antipsychotiques contre les tics.

Des molécules qui atténuent avec plus ou moins d’efficacité les symptômes, sans qu’aucune ne puisse cibler la racine biologique des troubles. C’est un moindre mal, mais sûrement pas une réponse thérapeutique à la hauteur, puisque ces traitements ont été développés à partir de connaissances génétiques indigentes : quatre gènes en tout et pour tout. En portant ce chiffre à 36, cette étude fournira certainement à la recherche pharmacologique de bien meilleures fondations afin de stimuler le développement de thérapies pharmacologiques capables de cibler l’origine même des dysfonctionnements. Des retombées au long terme, mais pour la première fois, nous avons la preuve que ces troubles ont une plus grande parenté génétique qu’on ne le pensait et qu’il n’y a plus nécessairement matière à les cloisonner pour les soigner.

  • Une étude révèle que 35 gènes sont liés au syndrome de Gilles de la Tourette, aux TOC et à l’autisme, montrant un socle génétique commun entre ces troubles.
  • Cette recherche, impliquant près de 4 000 individus, identifie des mutations génétiques liées au développement de ces affections.
  • Les résultats pourraient améliorer les traitements en ciblant les bases biologiques des troubles, plutôt que de traiter uniquement les symptômes.

📍 Pour ne manquer aucune actualité de Presse-citron, suivez-nous sur Google Actualités et WhatsApp.

TousAntiCovid
TousAntiCovid
Par : Gouvernement français
4.4 / 5
324,3 k avis