Depuis quelques jours, plusieurs centaines d’employés de Google ont reçu un message très clair. Les équipes de Google Technical Services et celles de People Operations devront revenir au bureau au moins trois jours par semaine. Toujours moins que chez Amazon, mais il n’y a aucune négociation possible. Celles et ceux qui s’y opposent sont invités à prendre un « package de sortie volontaire », autrement dit, à prendre la porte.
Un retour qui ne dit pas son nom
Alors, certes, il reste une brèche : les salariés autorisés à travailler à distance, à condition d’avoir été validés comme tels et de vivre à plus de 80 km d’un site, peuvent conserver leur poste. Cette tolérance a toutefois un prix : aucune évolution de carrière possible, ceux qui restent figent à jamais leurs trajectoires professionnelles.
Ceux qui refusent la nouvelle règle sortent d’eux-mêmes, sans plan social. Rester à distance, c’est donc renoncer à bouger. Travailler pour Google, oui ; mais à condition de rester exactement là où l’on est. Quoi de plus resplendissant qu’une culture d’entreprise qui se résume à : « obéis ou dégage » ?
Le présentiel comme outil de filtration
La direction justifie ce changement de cap au nom de l’innovation collective. « La collaboration en personne est un élément important de notre manière d’innover et de résoudre des problèmes complexes », rappelle la porte-parole Courtenay Mencini. Pourtant, les arguments en faveur du télétravail ne manquent pas : meilleure productivité dans certains cas, réduction des temps de trajet, ou encore un meilleur équilibre vie privée-vie professionnelle.
Les employés de Google, pour certains, n’y voient pas une démarche managériale sincère, mais plutôt une logique de sélection, voire même un outil de tri.
Depuis 2023, Google a procédé à plusieurs vagues de licenciements massifs (souvenez vous de la grande purge du mois de janvier il y a deux ans), officiellement pour réallouer des ressources vers ses projets d’intelligence artificielle. Le retour au bureau, dans ce contexte, ressemble fortement à une méthode douce pour forcer des départs, sans devoir les assumer.
Des salariés piégés par leurs propres choix
La rupture est d’autant plus brutale que beaucoup avaient cru à la durabilité du télétravail. Quand, en 2020, des dirigeants comme Jack Dorsey ou Mark Zuckerberg prédisaient une ère nouvelle, nombre d’employés ont déménagé, investi ailleurs, parfois à des centaines de kilomètres. On leur avait dit que le bureau n’était plus une obligation. Ils découvrent aujourd’hui que ce discours n’engageait que ceux qui l’écoutaient.
Face à des règles de présence de plus en plus strictes, certains employés s’adaptent à leur manière. Ils viennent au bureau juste assez longtemps pour valider leur badge d’entrée ; parfois le temps d’un café ; puis repartent travailler de chez eux, comme avant. Cette pratique, surnommée « coffee badging », permet de respecter la lettre de la consigne (être physiquement sur site), tout en s’affranchissant de son esprit.
Une souplesse improvisée qui ne plaît étonnamment guère aux directions de certains géants de la tech, comme Amazon et Meta. Elle n’ont pas tardé à riposter en déployant des dispositifs de géolocalisation en continu pour traquer la présence réelle des salariés dans les locaux, heure par heure.
Pendant ce temps, Sergey Brin, cofondateur de Google, affirme que 60 heures par semaine au bureau serait le bon rythme pour développer des produits d’IA compétitifs. Une déclaration qui doit résonner très amèrement pour les employés qu’on presse de revenir – tout en expliquant que l’intelligence artificielle pourrait, bientôt, se passer d’eux. Travailler plus pour l’IA puisse travailler mieux : le nouveau rituel de passage pour prouver que l’humain est déjà remplaçable ?
- Google impose un retour au bureau à certaines équipes, avec un départ « volontaire » en option pour ceux qui refusent.
- Les postes à distance deviennent des impasses professionnelles, sans possibilité d’évolution.
- Le présentiel est désormais utilisé comme levier de contrôle et d’exclusion dans un contexte de réduction des effectifs.
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