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La voiture ne fait plus rêver : pourquoi 50 % des Français lâchent le volant

Pour beaucoup de Français, conduire est devenu tout sauf évident.

Conduire son propre véhicule fut pendant des décennies le symbole d’une certaine idée du confort moderne. Nous prenions la voiture pour aller au travail, partir sereinement en vacances ou simplement rendre visite à ses proches : tout (ou presque) passait par elle. Son usage allait de soi et elle était parfaitement intégré à notre quotidien, dans le tissu économique et même dans l’imaginaire collectif.

Un constat bien moins évident en 2025 : la voiture ne fait plus rêver. Non pas qu’elle soit devenue inutile, mais parce que sa place est de moins en moins centrale et que les conducteurs sont soumis à des contraintes plus nombreuses. C’est une enquête du CRÉDOC (Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie), publiée au mois de mai qui l’a prouvé. Elle a été menée en ligne, en deux vagues successives, auprès de 4 176 personnes, entre le 11 et le 23 octobre 2024 et le 21 et le 26 mars 2025. Comment expliquer ce recul ?

Rouler, oui, mais à quel prix ?

Il faut d’abord comprendre que cette enquête ne cherche pas à dresser un clivage « avec/sans voiture » ; la réalité est bien plus nuancée que cela. Oui, 9 % des adultes ne sont pas titulaires du permis de conduire et 4 % ne peuvent conduire pour des raisons de santé ou de handicap.

C’est surtout chez celles et ceux qui possèdent le permis ou un véhicule que les difficultés s’accumulent. Fatigue, météo, coût, pannes, stress, démarches administratives : 37 % des conducteurs renoncent régulièrement à prendre le volant face à ces obstacles répétés. Le problème n’est pas tant de posséder une voiture que de réussir à l’utiliser au quotidien.

Premier facteur : le portefeuille, forcément. L’entretien, le carburant (qui risque d’augmenter de nouveau), l’assurance, les péages, les réparations ; la facture globale explose, et 13 % des conducteurs font une croix sur la conduite uniquement à cause du coût qu’elle représente. À cela s’ajoutent les soucis logistiques : voiture en panne, indisponible, retard au contrôle technique, problème d’assurance. De petits blocages individuels qui, cumulés à l’échelle nationale, expliquent pourquoi la voiture perd de son statut.

Outre ces considérations pratiques et économiques, il existe un autre blocage : l’appréhension au volant. La nuit, les conditions météo extrêmes, la circulation urbaine dense deviennent pour beaucoup des raisons suffisantes pour ne pas prendre le volant. Ainsi, 16 % préfèrent éviter de conduire la nuit et 24 % abandonnent occasionnellement face aux intempéries. La conduire est donc de moins en moins automatique et devient de plus en plus dépendante des circonstances extérieures.

Jeunes et urbains : ceux qui renoncent le plus à conduire

Si l’ensemble des conducteurs est touché, certains groupes le sont beaucoup plus durement ; les plus jeunes, d’abord. Chez les 18-24 ans, 38 % renoncent fréquemment à conduire. Permis trop récent, peu d’expérience, budget serré et une appréhension plus forte : quatre freins difficiles à balayer d’un revers de main.

Dans les grandes agglomérations, c’est encore pire. À Paris, par exemple, 58 % des conducteurs préfèrent éviter de prendre le volant lorsque les conditions météo deviennent défavorables : neige, verglas, brouillard ou pluies intenses. Néanmoins, la météo n’est pas la seule à décourager les automobilistes. Faute de pouvoir se garer facilement (un grand classique de la Ville lumière), 51 % des Parisiens refusent d’utiliser leur voiture.

Ce même problème ne touche pas que la capitale : dans les grandes agglomérations de plus de 100 000 habitants, hors Paris, 44 % redoutent, eux aussi, le stationnement et 55 % renoncent à conduire dès que la météo se détériore.

Bien sûr, lorsque les modalités d’usage d’un moyen de transport évoluent, la vie quotidienne des personnes concernées est aussi affectée. Selon l’enquête, 22 % des conducteurs déclarent avoir déjà dû reporter ou annuler un examen médical, 21 % ont été empêchés de réaliser des démarches administratives, et 15 % ont renoncé à une formation ou à un emploi.

Le volet social n’est pas à négliger : 32 % des conducteurs ont déjà dû se priver de visites à leurs proches, et 28 % ont mis de côté certaines activités de loisirs. Chez 16 % des personnes interrogées, ils étaient 16 % à déclarer que ces difficultés de déplacement ont pesé sur leur vie sentimentale. Chez ceux qui rencontrent les plus fortes contraintes, ces proportions explosent : 52 % ont dû faire l’impasse sur des visites à leurs proches et 48 % sur leurs loisirs.

Le simple fait de posséder une voiture aujourd’hui ne garantit plus la possibilité de s’en servir lorsqu’on le souhaite. Les chiffres exposés par cette enquête le montre parfaitement ; son usage est devenu fortement dépendant d’une série de facteurs annexes. Qu’il s’agisse d’argent, de problématiques de santé ou de contraintes territoriales. Non, la voiture ne disparaît pas, mais elle devient en quelque sorte une ressource, inégalement distribuée au sein de la population générale. Si elle reste accessible aux ménages stables, bien insérés professionnellement et géographiquement, pour les autres, c’est de moins en moins le cas. Est-elle condamnée à redevenir ce qu’elle était au début du XXᵉ siècle : un objet réservé aux plus favorisés ?

  • L’usage de la voiture en France devient de plus en plus conditionné par des obstacles économiques, logistiques et personnels.
  • Les jeunes et les habitants des grandes villes sont particulièrement touchés par les difficultés d’accès à la conduite.
  • La capacité à utiliser sa voiture au quotidien dépend de plus en plus des ressources dont disposent les ménages.

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