« Tel maître, tel chien » : une expression qui s’est popularisée au XIXe siècle, lorsque nos compagnons à quatre pattes ont commencé à être considérés comme des animaux de compagnie. Ce fut d’abord un adage empirique, mais plusieurs études en psychologie canine ont prouvé qu’il s’avérait, dans les grandes lignes, assez proche de la réalité. Premièrement, car nous avons tendance à choisir inconsciemment une race qui nous ressemble par son comportement. Deuxièmement, parce qu’à force de vivre à nos côtés, notre chien développe des habitudes et des réactions proches des nôtres.
Nous partageons également environ 84 % de notre ADN en commun avec le chien domestique (Canis familiaris ou Canis lupus familiaris). Une proximité génétique, qui selon le Dog Aging Project, un programme de recherche communautaire à grande échelle mené aux États-Unis s’exprime également dans la biologie du vieillissement. Dans leur étude publiée le 22 décembre 2025 dans la revue The Journals of Gerontology, des chercheurs ont démontré que les mêmes familles de métabolites sont corrélées à une espérance de vie réduite ou prolongée chez les deux espèces.
Qui se ressemble s’assemble… et vieillit pareil
Le terme métabolites désigne toutes les petites molécules produites naturellement par les réactions chimiques qui ont lieu dans notre organisme : respiration cellulaire, synthèse des hormones, effort musculaire ou digestion des aliments. Des milliers d’entre eux circulent continuellement dans notre sang et leur composition varie selon un très grand nombre de facteurs, dont l’âge.
C’est sur ce dernier que les chercheurs se sont concentrés, par l’analyse de prélèvements sanguins de milliers de chiens sur le long terme, leurs propriétaires soumettant annuellement les données cliniques et échantillons biologiques. Ils ont recouru, pour cela, à l‘exométabolomique, une discipline qui leur a permis de quantifier les métabolites présents dans les fluides extracellulaires comme le sang ou l’urine, lesquels sont excrétés par les cellules et témoignent de leur activité biochimique à un instant donné.
Kate Creevy, directrice vétérinaire du projet, explique : « Les molécules qui augmentent le risque de mort prématurée chez le chien sont pratiquement les mêmes que chez l’humain, tout comme celles qui en sont protectrices. C’est la preuve que nos deux espèces partagent des caractéristiques biologiques fondamentales du vieillissement ».
Afin de tester la généralisabilité des résultats qu’ils ont obtenu après analyse, les chercheurs ont croisé leurs données avec celles de cinq grandes études portant sur la mortalité humaine, fondées sur des analyses exométabolomiques comparables. Les métabolites corrélés à une mortalité précoce chez le chien se retrouvaient, dans chacun de ces travaux, associés aux mêmes indicateurs de mortalité chez l’humain. Idem pour les métabolites protecteurs.
Le chien : un excellent miroir biologique de l’Homme
À cet égard, le chien domestique pourrait, par conséquent, être utilisé comme modèle biologique animal pour étudier le vieillissement humain, aux côtés d’autres espèces, comme les souris, les rats, les macaques ou les mouches du vinaigre (Drosophila melanogaster). Mais contrairement à elles, il a l’avantage de vieillir aux côtés de son propriétaire, dans les mêmes conditions environnementales, et non dans des laboratoires.
Une différence écoépidémiologique, que Creevy juge essentielle pour obtenir des données non-biaisées par un cadre artificiel : « L’une des choses que nous apprécions le plus dans l’étude du chien pour comprendre le vieillissement, c’est la grande diversité de leurs modes de vie, qui reflète celui de leurs propriétaires d’une façon que l’on n’observe pas chez d’autres animaux de compagnie », souligne-t-elle.
Les auteurs invitent néanmoins à ne pas surinterpréter leurs conclusions : savoir que certains métabolites retrouvés dans le sang des chiens sont corrélés à leur mort précoce ne permet pas de conclure qu’ils en sont responsables. « Lorsque nous trouvons un biomarqueur associé à une mortalité précoce ou tardive, nous ne savons pas qu’il en est la cause », avertit Creevy. « Mais si nous comprenons pourquoi ce biomarqueur est présent dans le sang, nous pourrons peut-être identifier ce qui cause cette relation ». Une piste que l’équipe du Dog Aging Project prévoit déjà d’explorer, afin de comprendre si ces biomarqueurs sanguins sont des cibles thérapeutiques sur lesquelles il serait théoriquement possible d’intervenir.
- Les chiens et leurs maîtres partagent des mécanismes biologiques de vieillissement similaires, selon une étude récente.
- Des recherches montrent que les mêmes métabolites influencent l’espérance de vie chez les deux espèces.
- Le chien pourrait servir de modèle pour étudier le vieillissement humain dans des conditions naturelles, contrairement à d’autres animaux en laboratoire.
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