Avant de fonder Sceye (qui se prononce « sky ») en 2014, Mikkel Vestergaard Frandsen était entrepreneur dans l’humanitaire. Il a ensuite siégé au Launch Council de la NASA et de l’USAID, un groupe consultatif dédié aux applications terrestres des technologies spatiales. C’est à ce moment-là qu’il a découvert le potentiel de la stratosphère pour connecter la Terre, un peu comme le fait Starlink en orbite basse avec ses mégaconstellations de satellites.
Une comparaison qui s’arrête là, puisque Sceye conçoit des plateformes stratosphériques baptisées HAPS (High Altitude Platform Systems), des dirigeables gonflés à l’hélium, alimentés par des panneaux solaires le jour et par batteries la nuit. Elles sont conçues pour stationner entre 16 et 17 km d’altitude pendant plusieurs mois, bien au-dessus du trafic aérien, mais 1 800 fois plus près de la Terre que les satellites géostationnaires. L’une d’entre elles vient d’accomplir sa première mission de service, en partenariat avec Softbank, qui a investi dans l’entreprise en 2025.
Pari réussi pour le premier vol de Sceye
Le 9 août 2026, Sceye a lancé sa mission ST1 (Service Test 1) depuis le Nouveau-Mexique ; le dirigeable a rejoint le Japon en 13 jours en traversant le Pacifique dans la stratosphère, avant de revenir aux États-Unis le 4 septembre, bouclant un périple de près de 30 000 km en un mois.
L’engin embarquait à son bord une antenne-relais stratosphérique baptisée SceyeCELL, conçue pour diffuser du haut débit mobile compatible avec des smartphones conventionnels ; une seule plateforme Sceye est dimensionnée pour couvrir l’équivalent d’environ 500 pylônes télécom.
Après sa traversée, le ballon s’est immobilisé durant une semaine dans l’espace aérien japonais : un laps de temps pendant lequel Sceye a réussi à déployer un cœur de réseau mobile et un serveur de traitement. Les deux infrastructures ont géré simultanément des appels, des SMS, des connexions Internet et du streaming vidéo avec un temps réponse moyen de 68 millisecondes, soit 40 % de latence en moins que si les données avaient été renvoyées vers des serveurs au sol pour y être traitées. Toute la chaîne de calcul a été effectuée à bord du HAPS, sans aucun intermédiaire : une première mondiale.
« Cette mission a prouvé non seulement que notre technologie, nos systèmes de véhicules, notre charge utile et notre infrastructure opérationnelle sont prêts pour les services de connectivité, mais aussi que la strate de la stratosphère est celle où réside l’avenir de l’infrastructure non terrestre. La stratosphère est ce qui permettra un avenir toujours connecté — y compris la terre promise de la 6G. Ensemble, le sol, la stratosphère et l’espace, chacun exploitant ses forces optimales, changeront le cours de l’humanité », a déclaré Mikkel Vestergaard Frandsen auprès de PR Newswire.
Pour Sceye, mission accomplie, c’est indéniable ; la démonstration technique fut une réussite. Pour la qualité du discours l’accompagnant, qui semble flotter à des altitudes encore plus élevées que le HAPS lui-même, on repassera. Remettons l’église au centre du village : il ne s’agissait ni plus ni moins d’un test, et la feuille de route de Sceye est, pour le moment, bien plus terre-à-terre. SoftBank prévoit de lancer des services de connectivité pré-commerciaux depuis les HAPS au Japon, qui serviront au rétablissement des communications en cas de catastrophe naturelle et à la desserte des zones difficiles d’accès, comme les régions montagneuses et les îles isolées de l’archipel. Un déploiement qui sauvera peut-être des vies lors des prochains séismes qui frapperont le Japon, mais qui ne justifie pas encore de convoquer le destin de l’espèce humaine comme l’a clamé Vestergaard Frandsen.
- Un dirigeable solaire a traversé le Pacifique en 13 jours pour tester une antenne-relais stratosphérique, capable de remplacer de nombreuses tours terrestres.
- L’expérience a permis de gérer des connexions mobiles avec une latence réduite, démontrant le potentiel des plateformes stratosphériques pour l’avenir de la connectivité.
- Sceye et Softbank envisagent des services de connectivité pré-commerciaux au Japon, visant des communications d’urgence lors de catastrophes naturelles.
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