De la peur du chat noir au miroir cassé, les superstitions imprègnent encore profondément nos sociétés modernes. Ces croyances, héritées de civilisations anciennes, traversent les époques avec une remarquable résilience. Qu’elles soient issues des mythologies grecque et romaine, des traditions celtes ou des pratiques religieuses médiévales, celles-ci témoignent de la façon dont les sociétés humaines ont tenté, au fil des siècles, d’apprivoiser l’inexplicable et de se prémunir contre l’adversité.
Nous vivons pourtant une époque largement dominée par la science et la rationalité, mais certaines de ces pratiques ancestrales semblent restées profondément ancrées dans notre cerveau. Comme si nous avions toujours besoin de ces rituels protecteurs et de repères symboliques pour nous protéger face aux aléas de l’existence.
Le chat noir : de la divinité à la malédiction
En Égypte ancienne, les chats jouissaient d’un statut divin, vénérés comme des créatures sacrées. Cette créature était étroitement associée à la déesse Bastet, déesse de la fertilité, de la maison, de la protection et de la joie. Toutefois, le Moyen Âge a bouleversé cette perception : dès le XIIIᵉ siècle, l‘Église catholique les a associé aux forces démoniaques. On les a alors considérés comme des familiers, des créatures envoyées par le diable pour aider les sorcières dans leurs méfaits.
Cette période déclencha une véritable persécution féline, particulièrement envers les chats noirs, que l’on percevait comme des émissaires de Satan. Des milliers de chats noirs ont été tués de manière extrêmement cruelle, brûlés vifs, noyés ou pendus. ironie du sort : cette disparition massive des chats a favorisé la prolifération des rats, vecteurs de nombreuses maladies comme la peste. Bien qu’amoindrie, cette stigmatisation perdure aujourd’hui dans l’imaginaire collectif de certaines sociétés
Le miroir brisé : une fenêtre sur l’âme antique
Qui n’a jamais entendu quelqu’un dire « sept ans de malheur » à la vue d’un miroir cassé ? Cette crainte remonte à la Rome antique, où les miroirs n’étaient pas que de simples objets domestiques comme aujourd’hui. On croyait que les dieux y contemplaient l’âme des mortels. Briser un miroir constituait donc une offense divine gravissime.
La croyance des sept années de malheur trouve son origine dans la conception romaine selon laquelle le corps se renouvelle tous les sept ans, durée nécessaire pour se libérer de l’infortune. On retrouve cette peur dans de nombreuses cultures à travers le monde, avec des variantes locales. Par exemple, en Chine, on pense que briser un miroir peut rompre les liens qui unissent une personne avec ses ancêtres.
Le sel renversé : précieux comme l’or
Jeter du sel pour conjurer le mauvais sort ou éloigner le diable trouve ses racines dans l’Antiquité. À l’époque, le sel était denrée rare et précieuse, possédait une valeur tant économique que spirituelle. Le gaspiller équivalait à dilapider une fortune et à provoquer la colère divine.
Le geste de jeter une pincée par-dessus l’épaule gauche trouve en revanche son origine plus tardivement, dans la croyance chrétienne : il s’agissait d’aveugler le diable, toujours posté derrière soi. Cette pratique résonne encore chez certains peuples, notamment dans les rituels funéraires bouddhistes. Avant une cérémonie, les participants peuvent saupoudrer du sel pour purifier l’endroit et chasser ainsi les énergies négatives.
Toucher du bois : un héritage païen
« Toucher du bois » ou son équivalent « toucher de la peau de singe » (une variante moderne pour tourner en dérision cette superstition) trouverait ses origines dans les sociétés celtes antiques. Les arbres y incarnaient la demeure des esprits et des dieux ; frapper le tronc permettait donc d’invoquer leur protection ou de les remercier. Le christianisme a réinterprété ce geste en référence à la croix du Christ, mais la pratique conserve sa fonction protectrice originelle.
A noter que cette idée n’a jamais été étayée par des preuves historiques et scientifiques solides. Le XIXᵉ siècle a vu émerger le mouvement romantique, qui a très fortement idéalisé les Celtes, les présentant comme ces peuples vivant en harmonie avec la nature, dotés de pouvoirs mystiques et de connaissances occultes. Cette vision a contribué à associer de nombreuses croyances et pratiques à ces derniers, même en l’absence de preuves.
L’œil maléfique : un talisman universel
Le Nazar, cette amulette distinctive en forme d’œil caractérisée par sa couleur bleue intense, représente l’une des plus anciennes et des plus répandues des protections mystiques. Cette croyance en un regard maléfique capable de porter malheur s’est ancrée dans de multiples civilisations, de la Méditerranée au Moyen-Orient, de l’Asie centrale à l’Amérique latine.

L’œil protecteur prend différentes formes selon les cultures : serti dans des bijoux précieux, peint sur des poteries, incrusté dans les murs des maisons ou suspendu au-dessus des berceaux des nouveau-nés. Sa fonction reste invariablement la même : détourner le « mauvais œil », cette force néfaste supposément émise par un regard envieux ou malveillant.
Si aujourd’hui le nazar s’est largement démocratisé, devenant un élément décoratif prisé des touristes et un accessoire de mode populaire, il conserve sa dimension protectrice pour de nombreuses communautés.
Les corbeaux : messagers des dieux
La sinistre réputation du corbeau remonte à la mythologie grecque, où ces oiseaux occupaient une place particulière dans les récits divins. Selon la légende, le corbeau, originellement d’un blanc immaculé, était l’un des messagers privilégiés d’Apollon, dieu de la lumière et de la poésie. Un jour, Apollon confia à l’oiseau Corvus une mission sacrée : rapporter de l’eau pour accomplir un rituel divin. Mais l’oiseau, distrait par un figuier chargé de fruits mûrs, s’attarda en chemin pour festoyer.
À son retour tardif, Corvus tenta de justifier son retard en accusant un serpent d’avoir bloqué son périple. Furieux de ce mensonge, Apollon le maudit, transformant son plumage en noir de jais et le condamnant à pousser des cris rauques pour l’éternité. Cette malédiction divine a fait par conséquent du corbeau un présage funeste, dont le croassement annoncerait la mort prochaine.
Halloween : se déguiser pour tromper les esprits
Cette tradition trouve son origine dans le festival celte de Samhain, célébrant la fin des récoltes. Durant celui-ci, le voile séparant le monde des vivants et celui des morts était censé être plus mince, permettant aux esprits de traverser et d’interagir avec le monde des humains. On y allumait alors des feux de joie, qui servaient de guides aux âmes des défunts vers l’au-delà et à repousser les esprits malveillants.
Les Écossais se déguisaient pour échapper aux esprits maléfiques censés rôder pendant cette période. L’immigration irlandaise aux États-Unis au XIXᵉ siècle a largement contribué à populariser Halloween, apportant avec elle les traditions celtiques. Si la fête moderne a complètement perdu sa dimension spirituelle, elle perpétue inconsciemment ces pratiques ancestrales. Malgré cette évolution, certains symboles celtiques, comme les citrouilles (représentant les têtes coupées) et les feux de joie, sont restés associés à Halloween.
Le plus cocasse dans tout cela, c’est que même à l’ère des voitures électriques et de l’IA, certains d’entre nous continuent parfois à toucher du bois lorsqu’on parle de malheur ou évitent les chats noirs. Homo sapiens n’est décidément jamais vraiment très loin de ses racines mystiques.
- Les superstitions trouvent leurs racines dans des croyances anciennes, souvent liées à la protection ou à l’explication de l’inexplicable.
- Des pratiques comme toucher du bois ou éviter les chats noirs illustrent l’évolution culturelle et religieuse de ces croyances.
- Malgré les avancées scientifiques, ces rituels ancestraux peuvent encore influencer nos comportements au quotidien.
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L’absence de superstition c’est certainement de ne pas y penser, de n’établir aucun lien (conscient, inconscient) entre nous-mêmes et un facteur de superstition.
Mais est-ce de la superstition que de la provoquer pour mieux la dénier ? Ainsi, à titre d’exemple, marcher systématiquement sous une échelle histoire de dénoncer la croyance que cela porterait malheur, est-ce faire preuve d’un esprit plus rationnel que d’éviter cette échelle pas superstition caractérisée ?
On peut peut-être envisager qu’affronter un danger réel ou supposé peut augurer d’une crainte plutôt que d’un courage. Ainsi, dans l’univers “testostéroné” des cogneurs de rue, le type qui invective l’autre d’un “Viens ici si t’es un homme”, n’est-ce pas faire preuve de crainte que de se soumettre à ce qui est en somme un ordre, et ne serait-ce pas plutôt faire preuve de courage que de ni fuir, ni s’avancer ? S’agit-il de prouver à l’autre ou de nous prouver à nous-même que nous ne somme pas un couard ? Passablement de clashs proviennent de se schéma, je pense. Bien loin de la mythologie et des croyances ancestrales 🙂