C’est une disposition qui pourrait provoquer un séisme dans l’industrie spatiale américaine. Intégré au NASA Transition Authorization Act de 2025, un texte porté par les sénateurs Ted Cruz et Maria Cantwell propose de limiter les dépenses de la NASA à 50 % maximum pour un seul et même prestataire de lancement.
Autrement dit, cette « Section 313 » vise directement SpaceX. Car l’entreprise d’Elon Musk assure aujourd’hui la quasi-totalité des missions critiques : le transport des astronautes vers l’ISS, le ravitaillement cargo et la majorité des lancements scientifiques. Si la loi passe, la NASA serait contrainte de se détourner du leader du marché pour financer des acteurs moins dominants.

Un ancien allié devenu détracteur
Cette potentielle mesure trouve un écho retentissant chez Jim Bridenstine. L’homme, qui a dirigé la NASA de 2018 à 2021, multiplie les interventions pour soutenir ce texte. Sur LinkedIn, il estime qu’à travers sa proposition, « le Congrès renforce la concurrence et protège les petits et moyens fabricants », et ajoute que « la concurrence réduit les coûts, accélère l’innovation et assure une redondance ».
Mais son amertume envers SpaceX semble bien plus profonde. Bridenstine a également fustigé le choix du Starship comme atterrisseur lunaire du programme Artemis, une décision prise juste après son départ. « La plus grande décision de l’histoire de la NASA est arrivée en l’absence d’un administrateur… Au lieu d’acheter un atterrisseur lunaire, nous allons acheter une grosse fusée », a-t-il lancé face au Congrès en 2023.
Un tacle direct à la polyvalence de la mégafusée d’Elon Musk, alors que Bridenstine avait lui-même initié le processus de sélection du Starship durant son mandat.

Le risque d’une « prime à la médiocrité »
La position de l’ancien dirigeant est loin de faire l’unanimité. Phil McAlister, ancien directeur du commerce spatial à la NASA, juge la démarche de Bridenstine « décevante ». Selon lui, limiter artificiellement la part de marché de SpaceX est fondamentalement anti-compétitif. « Cela revient à utiliser le processus politique pour verser de l’argent à des entreprises favorites ayant des produits inférieurs », dénonce-t-il.
« Si cette législation passe, elle garantit que la meilleure entreprise ne gagnera pas. À la place, la deuxième ou troisième entreprise obtiendra un contrat parce qu’elle n’a pas pu gagner loyalement », poursuit-il.
L’objectivité de Jim Bridenstine est d’autant plus questionnée que ses intérêts privés sont désormais publics. Son cabinet, The Artemis Group, a perçu près d’1 million de dollars de la part d’United Launch Alliance (ULA) en 2025 pour des activités de lobbying. ULA, concurrent historique de SpaceX, a longtemps détenu le monopole des lancements américains avant d’être détrôné par les prix bas de Musk. En poussant pour un plafonnement des revenus de SpaceX, l’ancien administrateur travaille donc activement pour un client qui bénéficierait directement de cette redistribution forcée des contrats de la NASA.
- Une proposition de loi au Congrès américain veut limiter les contrats de la NASA à 50 % maximum par prestataire pour freiner le quasi-monopole de SpaceX.
- L’ancien patron de la NASA, Jim Bridenstine, soutient activement cette mesure au nom de la concurrence, après avoir pourtant favorisé Elon Musk durant son mandat.
- Cette offensive est dénoncée comme une manœuvre de lobbying, Bridenstine étant désormais payé par ULA, le principal concurrent de SpaceX.
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