À l’origine de cette procédure, une plainte déposée en 2017 par Cegedim, concurrent direct de Doctolib et acteur reconnu dans les logiciels médicaux. Après plusieurs années d’enquête et de multiples perquisitions, l’Autorité de la concurrence a tranché : avec une part de marché estimée entre 70% et 90% dans la prise de rendez-vous médicaux en ligne et la téléconsultation, Doctolib occupe une place incontournable, loin devant ses adversaires. Pour la seule téléconsultation, Solocal et Mondocteur ne parviennent même pas à représenter la moitié du poids du leader, tandis que les autres sociétés du secteur oscillent entre 0,1% et 1% de part de marché. « Avec 70% à 90% de parts de marché, Doctolib a une part de marché beaucoup plus élevée que ces principaux concurrents », souligne l’Autorité. Et d’ajouter :
Solocal avait deux à trois fois moins de parts de marché, Mondocteur deux fois moins. Les autres oscillent entre 0,1% et 1% de part de marché. La notoriété de Doctolib est de surcroît incomparable à celle des autres opérateurs. Sur son marché, cette marque est aussi connue qu’Amazon, Netflix ou Google.
En soi, ce leadership n’est pas vraiment problématique. Mais l’utilisation de cette domination a fait tiquer l’Autorité de la concurrence. Parmi les griefs retenus : l’imposition de clauses d’exclusivité dans les contrats avec les praticiensqui les empêchent d’utiliser des services alternatifs. Si Doctolib affirme avoir éliminé ces clauses il y a deux ans, les magistrats relèvent également l’usage de la téléconsultation comme levier pour renforcer son emprise sur le secteur. Les praticiens souhaitant proposer ce service via Doctolib étaient en effet contraints d’adopter l’ensemble de son logiciel, de la gestion de l’agenda au transfert des données patient.
L’affaire a pris une tout autre dimension avec l’acquisition de Mondocteur par Doctolib en 2018, jugée comme une manœuvre d’éviction de la concurrence. “En faisant disparaître son principal rival, Doctolib a verrouillé le marché national des services de prise de rendez-vous en ligne”, dénonce l’Autorité de la concurrence, qui relève qu’à la suite de cette absorption, la jeune licorne a pu augmenter ses tarifs sans réelle menace face à la concurrence. C’est d’ailleurs la première fois qu’une autorité française sanctionne un rachat sous l’angle de l’abus de position dominante.
Doctolib s’insurge
Suite à la prononciation de sa peine, Doctolib s’est (logiquement) insurgée. C’est “un signal très préoccupant à l’écosystème des start-ups, a indiqué l’entreprise, aucune acquisition ne peut jamais être considérée comme définitive”.
La licorne française, qui revendique des millions d’utilisateurs et une notoriété comparable à celle d’Amazon ou Google sur son secteur, entend donc contester ce jugement devant la justice. Elle pointe l’argument du marché “qui n’existe pas”, expliquant que les différentes briques de son offre ne peuvent être dissociées et que les patients privilégient la relation avec leur praticien, plus que la simple technologie de la téléconsultation. Elle déclare :
Ces fonctionnalités ne peuvent pas être isolées de l’ensemble de la suite que nous avons développée. S’agissant de la téléconsultation, il est par exemple nécessaire de disposer du reste de notre logiciel pour télétransmettre les données à l’Assurance-maladie ou encore communiquer avec le patient.
Dans un communiqué transmis quelques heures après la publication de cet article, Doctolib s’est fendue d’un communiqué de presse dénonçant “une lecture erronée” de leur activité”. La licorne dit avoir “bousculé un marché endormi et verrouillé depuis 30 ans” mais assure ne pas être en position dominante. Elle explique qu’elle “n’équipe aujourd’hui que 30% des soignants français (10% en 2019 au moment de la plainte)” et qu’elle est un acteur “3 fois plus petit que [ses] concurrents européens”. Concernant le rachat de Mon Docteur, elle déclare :
La décision se fonde étonnamment sur l’acquisition par Doctolib d’une petite start-up (Mon Docteur) en 2018, qui équipait 2 % des soignants au moment du rachat. Cette opération de croissance externe visant à regrouper deux PME pour innover plus rapidement est d’une banalité absolue dans la vie d’une entreprise.
De son côté, l’Autorité de la concurrence estime que la sanction est indispensable pour garantir un jeu équitable entre les différents acteurs et favoriser l’innovation. Doctolib, elle, se dit confiante quant à la décision de justice qui sera rendue en appel. La suite au prochain épisode.
- Doctolib est condamnée à une amende de 4,6 millions d’euros pour abus de position dominante.
- L’Autorité de la concurrence pointe du doigt des clauses d’exclusivité et l’acquisition controversée de son concurrent Mondocteur.
- Doctolib fait appel, dénonçant une menace pour l’écosystème des start-ups françaises et la consolidation du secteur tech médical.
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