Le tribunal des prud’hommes de l’État de Praha au Brésil vient de condamner le constructeur allemand Volkswagen. Le verdict juge que des centaines d’employés d’une ferme, appartenant à la marque, avaient été « maintenus en servitude pour dettes et surveillés par des gardes armés pendant qu’ils travaillaient. »
La justice brésilienne demande à Volkswagen de payer 165 millions de réais, l’équivalent de 26 millions d’euros. C’est la plus grosse amende de l’histoire du pays dans ce genre d’affaires. Le constructeur allemand a d’ores et déjà annoncé qu’il allait faire appel de cette décision de justice.
« Pratiques esclavagistes »
Pour comprendre cette décision de justice, il faut se replonger dans le Brésil des années 70. Sous le joug d’une dictature militaire (qui tiendra jusqu’en 1985), le Brésil tente de se développer économique, en dépit des droits humains les plus fondamentaux.
Dans le cadre du programme « Amazonie » visant à développer cette région forestière, l’entreprise allemande Volkswagen acquiert une ferme en 1973. Gérée par l’armée, elle utilisera des « pratiques esclavagistes » sur les centaines de personnes travaillant dans l’exploitation.
Quand l’affaire éclate au grand jour, Volkswagen dit ne rien en savoir. La filiale brésilienne du constructeur n’aurait jamais eu connaissance de ces faits. Une version de l’histoire qui s’oppose « aux preuves » assure le juge de la cour des prud’hommes Otavio Bruno da Silva Ferreira.
Le magistrat assure que « des rapports officiels, des témoignages de travailleurs […] montrent que le modèle de production adopté [était] de l’ordre de l’esclavage moderne. » Dans le détail, plusieurs témoignages relatent le même modus operandi.
Des personnes surendettées se voyaient « offrir » un travail pour rembourser leurs créanciers. Jose Pereira, un de ces travailleurs au milieu des années 70, assure que des militaires s’occupaient de garder les employés. « Si quelqu’un essayait de s’échapper, les gardes le poursuivaient et lui tiraient dessus » avait-il déclaré à la chaîne allemande ARD en 2022, comme le rapporte nos confrères de BFM TV dans cet article.
Volkswagen fait appel
Quelques heures après l’énoncé du jugement, la filiale brésilienne de Volkswagen a donc décidé de faire appel. Elle assure « se défendre, pour faire valoir justice et sécurité juridique, devant les juridictions supérieures. » Avant d’ajouter : « l’entreprise défend constamment les principes de dignité humaine et se conforme strictement à tous les lois et règlements du travail applicables. »
Pour l’heure, la date du prochain procès opposant Volkswagen do Brasil et l’état brésilien n’est pas connu. En avril 2023, les familles de victimes ainsi que les anciens employés avaient formulé une offre à Volkswagen pour éviter un procès très médiatique. À l’époque, le constructeur allemand l’avait refusée.
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