En novembre 2025, quelques minutes après avoir assisté à la mort de sa mère, Brenda Young, assistante sociale écossaise de 57 ans, a ressenti une vive douleur thoracique. Une sensation si violente qu’elle a d’abord cru qu’elle faisait un infarctus, mais les examens ultérieurs ont confirmé que ce n’était pas le cas.
En réalité, elle a été frappée par le syndrome de Tako-Tsubo, une maladie cardiaque touchant essentiellement les femmes. Sa prise en charge s’arrête aux soins intensifs : passée la phase aiguë, aucun protocole médicamenteux n’a jamais été établi. Toutefois, depuis le 18 mai 2026, Young figure parmi les premières patientes d’un essai clinique historique, le premier au monde à tenter de traiter le syndrome à la racine.
Le « syndrome du cœur brisé » : qu’est-ce que c’est ?
Le syndrome de Tako-Tsubo survient généralement après un choc physique ou émotionnel important, qui provoque une décharge massive de catécholamines (hormones du stress) paralysant temporairement la contractilité du ventricule gauche (la chambre principale du cœur). Contrairement à l’infarctus, aucune artère n’est obstruée : c’est le muscle cardiaque lui-même qui se contracte mal, sa pointe se dilatant de façon anormale pendant que sa base reste contractée, une déformation si caractéristique qu’elle a donné son nom au syndrome : tako-tsubo, le mot japonais pour dire « piège à poulpes » ou « pot à poulpes ».
En revanche, ses symptômes (oppression cardiaque, douleurs au thorax, dyspnée, malaise, palpitations) sont très proches de l’infarctus, ce qui explique que le diagnostic soit si souvent posé en retard, voire manqué. Statistiquement, les femmes de plus de 50 ans représentent la très grande majorité des cas, les œstrogènes jouant un rôle protecteur sur la réactivité vasculaire que la ménopause supprime en réduisant à néant la production d’œstrogènes.
Un essai de sept ans pour sortir les patientes du flou
Les patientes touchées sont donc traitées dans un premier temps, comme des cas d’infarctus du myocarde en urgence absolue, mais le traitement s’arrête à la gestion des symptômes, le cœur devant guérir seul. L’essai du NIHR (National Institute for Health and Care Research), porté par le Pr Dana Dawson de l’Université d’Aberdeen, tentera de combler ce vide thérapeutique qui caractérise cette pathologie depuis sa première description clinique.
Près de 1 000 patientes issues de 40 hôpitaux participeront à cette étude longitudinale sur sept ans. Les chercheurs essaieront de déterminer si une classe médicamenteuse déjà utilisée en cardiologie pourrait changer le pronostic de cette maladie orpheline de traitement.
Ce sont les inhibiteurs du système rénine-angiotensine, ou inhibiteurs du SRA : des molécules qui agissent en relaxant les vaisseaux sanguins et en réduisant la charge de travail du cœur. Très couramment prescrites dans des cas d’insuffisance cardiaque et d’hypertension, elles sont parfaitement connues des cliniciens, ce qui faciliterait un déploiement rapide du protocole. L’essai cherchera à déterminer si leur administration précoce après un épisode aigu de Tako-Tsubo permet de réduire la mortalité, les récidives, les AVC et les hospitalisations pour insuffisance cardiaque.
Attendus en 2033, les conclusions de cette étude seront déterminantes à l’échelle mondiale, et bien évidemment pour la France, où l’on estime que 15 000 à 20 000 cas sont diagnostiqués chaque année. Si les inhibiteurs du SRA font leurs preuves, le parcours réglementaire restera long : une nouvelle indication thérapeutique implique d’abord une demande d’AMM (Autorisation de Mise sur le Marché) auprès de l’EMA (European Medicines Agency), suivie d’une évaluation par la HAS (Haute Autorité de Santé) pour évaluer son intérêt thérapeutique, avant toute négociation tarifaire avec le Comité économique des produits de santé de l’Assurance Maladie. En France, ce labyrinthe administratif prend en moyenne deux à trois ans après la publication des résultats. Mais étant donné que ces médicaments sont déjà prescrits et remboursés dans d’autres indications cardiovasculaires, l’ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé) pourrait envisager un cadre de prescription compassionnelle, ce qui réduirait fortement ce délai. Un horizon assez lointain, mais si l’on considère qu’il s’agit du seul syndrome cardiaque majeur qui reste aujourd’hui l’un des plus grands angles morts de la médecine contemporaine, c’est une attente qui se justifie largement.
- Brenda Young, une femme de 57 ans, participe au premier essai clinique mondial pour traiter le syndrome de Tako-Tsubo, un mal cardiaque sans traitement validé.
- L’étude, qui implique près de 1 000 patientes sur sept ans, teste l’efficacité des inhibiteurs du SRA pour améliorer le pronostic de cette maladie.
- Les résultats sont attendus en 2033 et pourraient révolutionner la prise en charge de cette pathologie touchant principalement les femmes de plus de 50 ans.
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