Depuis les manifestations massives de 2020 contre la réélection contestée du président Alexandre Loukachenko, la Biélorussie a arrêté des milliers de personnes pour étouffer toute forme de contestation. Parmi eux, on retrouve des journalistes, avocats, militants des droits humains et simples citoyens. Les prisons du pays se sont ainsi remplies de centaines d’opposants politiques, coupés du monde et condamnés à de lourdes peines.
Mais ce mercredi 16 septembre, 25 nouveaux prisonniers ont été libérés puis expulsés vers la Lituanie voisine, dont des musiciens dont les œuvres avaient été classées comme « extrémistes » par le pouvoir. Une opération qui fait suite à une première vague de libération en mars dernier, lorsque 250 détenus ont été graciés d’un coup.
Cette clémence soudaine est en fait le résultat d’une intense diplomatie transactionnelle menée par les États-Unis. L’administration Trump a ainsi dépêché sur place un émissaire spécial et proche du président, John Coale, chargé de négocier directement avec Alexandre Loukachenko. L’approche est pragmatique et directe : chaque vague de libérations est immédiatement récompensée par un geste économique.
25 prisoners are free today! President Trump’s commitment to direct diplomacy delivers results. Thank you, President Lukashenka, for this step, and thank you to our friends in Lithuania for their support. We will continue to improve US-Belarus relations and are working to secure… pic.twitter.com/fngMiKCND9
— john coale (@johnpcoale) September 16, 2026
Une méthode contestée
En échange, Washington a aussitôt levé ses sanctions contre deux grandes entreprises d’État biélorusses, spécialisées dans la chimie et la filière du bois. Mais ce n’est pas tout : les diplomates américains se sont aussi engagés à restituer des dizaines de millions de dollars d’avoirs biélorusses gelés dans leurs banques.
Une méthode qui divise malgré tout les alliés occidentaux. Si les États-Unis tentent de créer une brèche dans l’alliance de Minsk et le Kremlin, l’Union européenne (UE) se montre beaucoup plus prudente, et dénonce un marchandage humain intolérable. Elle rappelle que plus de 800 personnes restent arbitrairement détenues dans le pays et exige la libération immédiate et sans condition de l’ensemble des prisonniers politiques, alors même que les arrestations se poursuivent en parallèle.
De son côté, John Coale s’est dit « presque certain » qu’un plus grand nombre de prisonniers serait libéré « d’ici environ un mois ». « Nous avons utilisé ce qu’on pourrait appeler le “trumpisme” – une approche très amicale, mais très directe – et nous avons obtenu de nombreux résultats », se félicite-t-il.
Le régime d’Alexandre Loukachenko
Au pouvoir depuis 1994, Alexandre Loukachenko dirige la Biélorussie d’une main de fer depuis plus de 30 ans. Surnommé « le dernier dictateur d’Europe », l’homme fort de Minsk s’appuie sur un appareil sécuritaire omniprésent, le KGB biélorusse, pour étouffer l’opposition, la presse indépendante et la société civile.
Fidèle allié du Kremlin, il a notamment permis à la Russie d’utiliser le territoire biélorusse comme base arrière pour l’invasion de l’Ukraine en 2022. Il jongle aujourd’hui entre sa dépendance totale envers Vladimir Poutine et des tentatives de marchandage avec les États-Unis.
- Alexandre Loukachenko échange au compte-gouttes la liberté d’opposants et de journalistes contre la levée de sanctions économiques américaines et le déblocage d’avoirs financiers.
- Malgré ces libérations médiatisées, plus de 800 prisonniers politiques croupissent encore dans les prisons biélorusses dans des conditions extrêmement dures.
- Si les États-Unis privilégient cette diplomatie directe pour tenter de détacher Minsk de l’emprise de Moscou, l’Union européenne dénonce un chantage humain et exige des libérations inconditionnelles.
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