L’édito du lundi : des apps TV très frileuses, le désert des montres connectées et le retour des liens

Comment Canal Plus et autres brident leurs applications mobiles, comment Samsung « oublie » sa montre connectée, et comment renouer avec les liens qui ont fait la grandeur des blogs…

Bonjour, c’est L’Edito du lundi. Ça parle de digital, de geekitude, mais aussi d’autres sujets plus éloignés de nos thèmes habituels. Bonne lecture, bisous.

Applications TV : vous pouvez regarder, mais pas toucher. Le phénomène n’est pas entièrement nouveau, mais il est assez agaçant pour que l’on s’interroge sur ses réelles motivations. Avez-vous remarqué que sur les applications TV il est impossible de faire une capture d’écran ? Toute tentative de faire une photo instantanée d’un programme en cours vous donnera une image noire sur iOS ou un message du type « Vous n’êtes pas autorisé à faire cela » sur Android. C’est vrai pour Canal Plus, Netflix et Molotov. Ayant constaté cela depuis plusieurs mois suite à une énième mise à jour de l’app Canal Plus sur iPhone, que j’utilise assez régulièrement, je me suis demandé quel était le bien fondé de cette restriction, d’autant plus qu’il s’agit d’applications payantes par abonnement mensuel. Je me doutais bien qu’il ne s’agissait pas d’un problème technique mais bien d’une question liée à la protection des droits. Les ayant-droits, la propriété intellectuelle, tout ça. La confirmation m’a été apportée hier lors d’une discussion sur Facebook. Il s’agirait bien d’une exigence des majors (et probablement de certaines chaines de TV et producteurs de contenus) qui entre autres conditions de diffusion, interdisent aux utilisateurs de faire des captures d’écran de leurs programmes. Attention, nous parlons bien de captures d’écran statiques, pas de captage vidéo.

En plus d’être très énervante, cette restriction est totalement stupide, pour plusieurs raisons :

  • où est le risque pour les auteurs et producteurs que leur œuvre soit piratée, téléchargée ou reproduite illégalement avec une capture statique, une photo d’écran ?
  • ceux qui souhaitent recopier et diffuser illégalement des programmes savent très bien le faire, comme ils veulent et quand ils veulent sans s’embêter avec une application mobile
  • c’est même contre-productif puisque généralement une capture d’écran de programme TV sert à illustrer un article sur ledit programme et donc quelque-part à en faire la promotion, même s’il s’agit d’une critique (c’est en tout cas mon utilisation)
  • chez les plus jeunes, la pratique de filmer sa TV pour partager un extrait via Snap est très courante, et aucun bridage d’application ne pourra l’empêcher (et là on parle de vidéo)
  • cette restriction n’existe pas sur PC (pas sous Windows en tout cas), et on peut même enregistrer un programme entier à l’aide d’un logiciel de capture vidéo
  • encore plus fort : les autres applications TV, y compris celles des plus âpres au gain comme TF1 ou M6, n’ont pas ce bridage (bon OK, elles sont tellement blindées de pub que j’ai fini par les dégager de mon iPhone…)

Alors oui, certes il s’agit d’une exigence des majors et des fameux ayant-droits, qui ne ratent pas une occasion de montrer leur ignorance des outils numériques et de leurs usages. Mais je reproche aux Canal Plus, Netflix et consorts de se coucher devant ce diktat alors qu’ils devraient au contraire faire œuvre de pédagogie et résister en expliquant que c’est idiot et que cela ne protégera personne.

Il reste un seul argument en leur faveur, et cette fois il est bien technique. Il semblerait que les applications de streaming TV ne soient pas capables de faire la différence entre une capture photo et une capture vidéo. Ce qui expliquerait que face à cette limitation technique, le bridage bloque tout sans discernement. Cela peut paraitre légitime mais in fine cela ne tient pas non plus, pour une raison très simple : il n’existe pas d’outil de capture vidéo, en tout cas sur iOS. Ce fut le cas en des temps reculés mais Apple s’est empressé de faire un grand ménage, probablement pour les mêmes raisons…

Cela peut paraitre anecdotique mais c’est précisément ce genre de signal faible qui exaspère les utilisateurs et qui les pousse tranquillement dans les bras des offres illégales de téléchargement ou de streaming. D’ailleurs un jour il faudra qu’on parle aussi de l’impossibilité d’utiliser un VPN avec Netflix…

Samsung oublierait-il ses montres connectées ? Souvenez-vous, il y a pile un an, lors de l’IFA 2016, Samsung dévoilait en grandes pompes sa nouvelle montre connectée Samsung Gear S3, avec à la clé une grosse campagne de marketing sur internet très légèrement mensongère (en gros la pub laissait penser que le modèle Frontier était 4g/LTE alors que ce n’est pas le cas, en tout cas dans la première version). Un succès commercial puisque la montre se vend mieux que l’ensemble de toutes les montres Android. Un succès mérité aussi car c’est une excellente montre. C’est d’ailleurs celle que j’ai à mon poignet depuis sa sortie, après avoir bradé mes montres Android et mon Apple Watch. Malheureusement, les histoires d’amour finissent mal en général, et c’est bien ce qui risque de se produire dans un avenir assez proche. La raison ? Toujours la même quand on parle d’objets connectés. La même raison qui a conduit rapidement à l’échec de Windows Phone : le manque d’applications, et surtout l’impression d’errer dans une ville-fantôme quand on parcourt le magasin d’applications GalaxyApps de Samsung. Un app store qui en gros n’a pas bougé depuis presque un an, avec une offre qui n’évolue pas et toujours les mêmes promos pour des cadrans moisis et codés avec les pieds qui vident la batterie de la montre en moins de temps qu’il n’en faut pour dire l’heure. Vous aimez Shazam, Instagram ou un petit truc nommé Facebook ? Passez votre chemin, aucun de ces services ne propose d’application pour la Gear S3. Et ce ne sont que quelques exemples parmi d’autres. En fait, à part Spotify – qui au demeurant fonctionne très bien mais qu’il faut aller chercher avec une pelle et une frontale – il n’y a rien. Est-ce la faute de Samsung ou des éditeurs ? Les deux mon capitaine. Quand on voir le GalaxyApps Store, son ergonomie douteuse et son UX d’un autre temps on a vraiment l’impression que Samsung s’en fout totalement. Je pense donc que ma prochaine montre connectée sera de nouveau une Android. C’est moins joli mais le Play Store est bien mieux achalandé et avec Android Wear 2.0 et la 4G cela commence à enfin devenir assez intéressant.

Créons du lien. Je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaitre, celui des premiers blogs. Des blogs personnels qui défrichaient (et déchiffraient) l’actu de la Tech et de l’ancestral Web 2.0. A cette époque lointaine, nous n’étions pas avares en liens qui pointaient vers les articles de nos confrères et (parfois) amis blogueurs. C’est même l’une des caractéristiques du web de l’époque, cette espèce de générosité naïve qui faisait qu’on se liait tous les uns les autres dans la joie et la bonne humeur, au point de faire des posts rien que pour ça, les fameuses Links Parties. Puis les blogueurs ont commencé à se professionnaliser, à se soucier de SEO, et ont sifflé la fin de la récré : faire du lien c’est mal (sauf pour citer ses sources), et chacun pour sa gueule. D’amis et collègues nous sommes devenus concurrents. Je m’inclus dedans évidemment. Mais j’ai envie de changer un peu cela. A l’occasion d’une recherche, je suis récemment tombé sur une extension WordPress qui permet d’automatiser la création de liens vers d’autres articles d’autres sites traitant du même sujet que le vôtre. Fondé sur Google News et des mots-clés, Google News for WordPress va chercher des articles et affiche leur titre (avec le lien, donc) et le nom de la source sous votre article ou dans un widget. Le plugin est encore perfectible, notamment dans la gestion de la langue (malgré mes paramètres il continue a aller me chercher des articles dans d’autres langues que le français) et le support de la boite qui l’édite ne répond pas, mais l’idée est intéressante, et surtout c’est extrêmement simple à utiliser. Vous pouvez voir des exemples sur ces quelques articles en test sur Moteurs.

Reste à connaitre l’impact en termes de SEO. A utiliser avec parcimonie, sur quelques articles et sans dépasser deux ou trois liens sortants à mon avis (en fonction du nombre de liens déjà inclus dans l’article).

Bon sinon ça sent bien la rentrée on dirait. Mon cartable est prêt, et je peux vous dire qu’il est bien rempli.


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