Chez Citroën, le projet porte le nom de code “Eurocar”. Et pour Xavier Chardon, directeur général de Citroën, il répond à une urgence. Celle d’une « pénurie de petites voitures abordables » qui frappe le Vieux Continent depuis plusieurs années. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : en 2019, les automobilistes européens avaient le choix entre 49 modèles neufs à moins de 15 000 euros. Aujourd’hui, il n’en reste plus qu’un seul.
Comment en est-on arrivé là ? La multiplication des normes environnementales et de sécurité, l’inflation des coûts de production et l’arrivée de l’électrification ont eu raison du segment A, celui des citadines compactes et accessibles. Incapables de dégager des marges suffisantes sur ces petits modèles, les constructeurs ont préféré les abandonner pour se concentrer sur des véhicules plus grands, plus équipés et plus rentables. Comme ses cousines Peugeot 108 et Toyota Aygo avec lesquelles elle partageait sa plateforme, la C1 a fait les frais de cette nouvelle stratégie.
Pour Citroën, marque qui a bâti sa légende sur des modèles populaires accessibles au plus grand nombre, ce vide commercial est aussi un reniement identitaire. De la Traction Avant à la 2CV, des Ami 6 à la C3, la marque aux chevrons a toujours revendiqué une vocation sociale. Laisser le terrain des petites voitures en jachère, c’est tourner le dos à cet héritage.
Le projet Eurocar compte donc « recréer le segment A », selon les termes mêmes de la direction de Citroën. Les premières esquisses évoquent un véhicule de 3,5 mètres de long, compact mais conçu avec malice. Une sorte de citadine inspirée du concept-car Elo, présenté la semaine dernière. Plutôt qu’une citadine classique aux lignes effilées, les ingénieurs s’orienteraient vers une silhouette de mini monospace, inspirée des kei cars japonaises. Cette architecture permettrait de maximiser l’espace intérieur et la modularité tout en contenant les coûts de développement.
L’inspiration pourrait même remonter plus loin dans l’histoire de la marque. Selon le magazine britannique Autocar, ce véhicule serait conçu dans l’esprit de la 2CV. Celui d’une voiture simple, fonctionnelle, dépouillée du superflu, pensée pour l’usage quotidien plutôt que pour l’esbroufe.
L’Europe attendue au tournant
Reste la douloureuse question des coûts. Comment produire une voiture électrique à moins de 15 000 euros quand les batteries représentent encore une part considérable du coût total ? Comment intégrer tous les équipements de sécurité imposés par la réglementation européenne sans faire exploser la facture ?
Pour les dirigeants de Stellantis, maison-mère de Citroën, un assouplissement des règles européennes est obligatoire. Bruxelles planche justement sur une nouvelle catégorie réglementaire baptisée « e-car », qui permettrait de commercialiser des petites voitures électriques, avec moins d’exigences réglementaires : moins d’équipements obligatoires, des normes de crash-test adaptées à des véhicules plus légers etc. Autant de leviers pour réduire les coûts de production sans sacrifier l’essentiel.
La Commission européenne pourrait même trancher dès le 16 décembre 2025. Cette décision est donc très attendue par l’ensemble de l’industrie automobile, car elle conditionne la viabilité de plusieurs projets similaires. Chez Peugeot, on étudie le retour d’une 108 électrique, Fiat travaille également sur le sujet. Les trois marques de Stellantis pourraient ainsi mutualiser leurs efforts sur une plateforme commune, et ainsi reproduire le schéma qui avait fait le succès de la précédente génération de citadines.
Le patron de Citroën met toutefois en garde contre une dérive prévisible : ces futures citadines électriques pourraient être conçues uniquement à partir de composants asiatiques afin de limiter les coûts. Stellantis insiste donc sur la nécessité d’un « contenu local minimum » pour protéger l’industrie européenne. Sans cette exigence, la transition électrique risquerait de se transformer en transfert massif de valeur ajoutée vers la Chine. Pas vraiment ce que les constructeurs européens souhaitent.
- Citroën travaille sur « Eurocar », une version électrique de la C1 à moins de 15 000 euros, sous forme de mini monospace de 3,5 mètres inspiré des kei cars japonaises.
- La faisabilité du projet dépend d’un assouplissement réglementaire étudié par Bruxelles, avec une nouvelle catégorie « e-car » aux exigences allégées dont la décision pourrait tomber le 16 décembre 2025.
- Stellantis insiste sur un « contenu local minimum » pour éviter que ces citadines électriques abordables ne soient assemblées uniquement avec des composants asiatiques.
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