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Nous nous sommes tus, puis nous avons commencé à appeler

Pour combler le manque d’interactions sociales, les appels téléphoniques font leur grand retour en cette période de confinement.

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Appel telephonique
© Unsplash / Engin Akyurt

Il y a l’appel urgent, l’appel professionnel, l’appel d’un ami – en pleine nuit – ou l’appel d’un proche pour notre anniversaire, mais il y a aussi l’appel pratique, pour retrouver son téléphone, ou l’appel pour se localiser, quand on est perdu dans la foule. Cette sonnerie, quelle qu’elle soit, est connue de tous. Mais sa popularité n’est plus au rendez-vous, comme si elle s’était laissée tomber dans les cartons du siècle dernier, remplacée depuis par les messages écrits, les FaceTime, ou les simples messages vocaux.

L’appel, normal, celui que l’on ne connaît peut-être plus que dans un usage professionnel, bref et utile, est pourtant de retour en cette période de confinement. Dans un article publié par le New York Times, les plus importants opérateurs téléphoniques sont unanimes : l’appel téléphonique fait son grand retour pendant la pandémie. D’ailleurs, sa hausse spectaculaire est plus importante que celle observée au niveau de la consommation d’Internet. Colossal.

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Le téléphone fixe, symbole de la communication sur la seconde partie du XXe siècle, disparaît petit à petit. Mais son fantôme renaît en cette période de confinement. © Unsplash / Alexander Andrews

Le retour de l’appel téléphonique

« Je t’appelle après mon émission » me répondait Christopher, journaliste jeu vidéo de chez Presse-citron. Il est 17 heures en France, mercredi 8 avril 2020, quand je reçois ce SMS de mon collègue. C’est, pour dire, la première fois que l’on s’appelle. D’autant plus qu’aujourd’hui, aucune raison ne nous y pousse vraiment. Mais comme pour beaucoup, cette période de confinement a quelque peu changé nos habitudes. La distanciation sociale nous invite à nous creuser la tête pour trouver des solutions pour que l’on puisse recréer un semblant de vie sociale. Certains, 200 millions pour être précis, ont choisi Zoom, l’application de vidéoconférence la plus populaire de ces dernières semaines, mais aussi l’une des plus controversées. De notre côté, ce sera un appel, tout simple, pour la première fois.

Plus qu’un simple changement d’habitude, le confinement mis en place pour tenter de ralentir la progression de l’épidémie à coronavirus a bouleversé notre quotidien, et le besoin de partage et de communication a délaissé nos applications de messagerie pour revenir à une habitude perdue : l’appel téléphonique, via rien de plus que notre numéro de téléphone. « J’avais du temps ne t’inquiète pas, j’ai un montage à faire ce soir, mais cela m’a fait plaisir d’échanger avec toi », terminait de dire mon collègue au téléphone, avant de raccrocher. Je finissais par de nouveau retrouver l’écran de mon smartphone. Dans son bord droit, il était indiqué 18h30. Un échange bien plus long que d’habitude. Une discussion pour combler un manque, celui des interactions sociales.

Les derniers chiffres sont drastiques. Comme une priorité nouvelle, que l’on repoussait bien trop souvent, le nombre d’appels téléphoniques est venu s’établir à plus de 800 millions chaque jour chez l’opérateur américain Verizon. La durée de chaque appel a augmenté de 33 % par rapport à un jour classique avant l’épidémie, et la tendance est mesurée partout ailleurs. Pour AT&T, le deuxième plus grand opérateur de services mobiles aux États-Unis, une différence de 35 % a été mesurée dans le nombre d’appels, soit une plus forte augmentation que celle de notre usage d’Internet, qui varie entre 20 et 25 % selon les opérateurs. « Nous avons soif de la voix humaine », déclarait Jessica Rosenworcel, une commissaire de la FCC ( Federal Communications Commission).

Dans son article, le New York Times évoque un cas typique, celui de Grace McClellan, 32 ans et professeure de lycée à Charleston (Caroline du Sud). Chaque jour, elle effectuait une marche en passant un appel avec sa meilleure amie confinée dans le Connecticut, qui effectuait la même sortie au même moment. « Cela nous donne la sensation que nous effectuons une vraie marche ensemble » se réjouissait la professeure, en évoquant les propos de son amie au téléphone. « Pendant des années, nous avons constaté une baisse constante du temps que les gens passent à se parler, en particulier sur les appareils sans fil […] La décision de rester à la maison a ravivé la faim des gens de rester connectés, de voix à voix », s’exprimait pour sa part Kyle Malady, le directeur de la technologie Verizon, dans un communiqué de presse.

Seconde vie

Au sein du consortium Unicode, qui gère les petits emojis présents sur nos smartphones Android et iOS depuis des années, il y aura des conséquences négatives. Ironie du sort, les petits visages jaunes si bien connus de nos SMS et qui venaient rajouter du ton et de l’émotion dans nos messages écrits, ne connaîtront pas de mise à jour l’année prochaine. Le comité vient d’expliquer dans un communiqué qu’ils n’étaient pas en mesure de proposer une nouvelle galerie d’emojis, alors que « dans les circonstances actuelles, nos contributeurs et contributrices ont déjà beaucoup à faire ». 

L’appel en est donc là, à retrouver de l’intérêt comme du besoin. Il permet de tenir au courant les proches, avoir l’impression d’aller marcher avec quelqu’un pour notre seule sortie de la journée, ou encore de passer du temps pour en apprendre sur l’autre en appelant pour la première fois un collègue. Chiffre significatif : le jour de la fête des Mères, où le nombre d’appels fait des records annuels, a été largement dépassé en ces jours de confinement. Le niveau atteint a plus que doublé, avec les moyennes actuelles situées aux alentours de 800 millions de communications par jour.

Bien sûr, cette porte ouverte aux appels ne doit pas laisser faire penser que les habitudes instaurées par la suite ne sont plus d’actualité. Les outils de communication ont le vent en poupe, et il ne serait pas surprenant de voir apparaître de nouveaux programmes aux fonctionnalités redéfinissant nos interactions sociales sur internet. Au sein des applications de rencontres, la question est au centre des intérêts. À côté du développement d’outils permettant aux utilisateurs de changer leur localisation pour aller écrire à des personnes de l’autre côté du monde, Grindr, Bumble ou encore Tinder pour ne citer qu’eux, misent aussi sur les appels pour accompagner les échanges en ces temps de confinement. Deux applications sur ces trois ont déjà sauté le pas. Rajoutant quelque peu de vie et d’humain, sur des plateformes aux codes pourtant très différents.

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