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Pourquoi les éléphants ont-ils de si grandes oreilles ? La réponse est plus complexe qu’il n’y paraît

Si la nature ne fait rien au hasard, pourquoi avoir affublé ce géant d’appendices sortis tout droit d’un cartoon ?

Ne vous y trompez pas (facile, comme jeu de mot), la taille des oreilles des éléphants n’a pas grand-chose à voir avec l’esthétique. Si les baleines détiennent le record des plus gros mammifères marins, les éléphants, eux, dominent la terre ferme avec une masse frôlant les 6 tonnes. C’est notamment le cas pour l’éléphant de savane d’Afrique (Loxodonta africana), suivi de près par son cousin des forêts (Loxodonta cyclotis), et par le plus petit des trois de la famille des Éléphantidés, l’éléphant d’Asie (Elephas maximus).

S’ils arborent ces gigantesques pavillons auriculaires (partie visible de leurs oreilles), c’est avant tout une question de survie, dictée par la sélection naturelle. Sans elles, ces mastodontes n’auraient jamais pu réguler leur organisme, ou maintenir la cohésion sociale au sein des grands troupeaux dans lesquels ils vivent.

Un système de refroidissement vital

Comme tous les animaux, les éléphants doivent gérer leur chaleur corporelle ; les plus gros d’entre eux pesant quasiment le poids d’un bus et vivant dans des zones géographiques où il ne fait jamais froid, c’est une mission fort complexe pour leur métabolisme.

Même au repos, leur organisme produit énormément de chaleur, qu’ils ne peuvent pas évacuer par la transpiration, comme nous, car ils sont très mal équipés en glandes sudoripares. Seules quelques-unes sont situées entre leurs orteils, ce qui est largement insuffisant pour dissiper les calories accumulées par un corps au ratio surface/volume si défavorable. Dame Nature ne leur a pas donné la chance de pouvoir haleter, comme les chiens, par exemple, car la longueur de leur trompe est telle que l’air expiré se réchaufferait avant même de quitter le corps.

Leurs oreilles, qui représentent 20 % de leur surface corporelle, leur servent donc de dissipateurs thermiques géants. Leurs pavillons, fins de quelques millimètres seulement, abritent des milliers de minuscules vaisseaux sanguins, et le sang, lorsqu’il y passe, est exposé à l’air extérieur. Il est ainsi refroidi avant qu’il ne recircule dans tout leur corps. La professeure Angela Stöger-Horwath de l’Université de Vienne, précise qu’ils : « […] utilisent plus ou moins selon la température, leur activité ou le moment de la journée ».

En battant des oreilles, l’éléphant peut ainsi augmenter le flux d’air qui passe dessus et contrôler à loisir la baisse de sa température corporelle, qui doit rester dans une fourchette située entre 35,5 °C et 37 °C.

Un terminal social et radar acoustique

Ces dissipateurs thermiques sont également d’excellents outils de communication, dont les éléphants ont besoin pour vivre en société. Un groupe de base (une famille) peut compter de 6 à 20 individus, mais dans certains cas, plusieurs unités familiales peuvent se regrouper pour voyager ou se nourrir ensemble et ce chiffre peut vite monter jusqu’à 30 ou 50. Il est donc impératif pour eux de savoir se « parler » entre eux, afin de maintenir le groupe uni et en bonne santé.

Dotés d'”une intelligence sociale très évoluée, ils emploient donc leurs oreilles pour signifier aux autres membres leur état émotionnel ou leurs intentions. Michael A. Pardo, scientifique chez Elephant Voices, explique que certains types de battements peuvent servir à la cohésion : « Lors de retrouvailles familiales intenses, ils agitent leurs oreilles frénétiquement. C’est leur manière de dire : “Hé, tu m’as manqué ! Où étais-tu passé ?” ».

Inversement, lorsqu’ils les déploient à un angle de 90 °, il vaut mieux ne pas se retrouver en face d’eux, car c’est un signe d’intimidation. Agissant de cette manière, cela leur permet de tromper leurs prédateurs naturels en les faisant passer pour plus imposants qu’ils ne le sont déjà. Ainsi, ils les découragent, sans avoir à se lancer dans un combat qui serait extrêmement énergivore pour eux, un comportement qu’ils n’utilisent qu’en dernier recours.

Ils s’en servent également en guise de parabole acoustique, leur forme et leur mobilité leur permettant de canaliser très efficacement les ondes sonores vers leur conduit auditif. Leur ouïe est très sensible, et ils peuvent capter les infrasons (des fréquences très basses, situées en dessous de 20 Hz) sur des distances supérieures à 10 km. Ce qui en fait des outils très efficaces pour détecter une menace ou entendre un appel de l’un de leurs semblables s’il s’est éloigné du troupeau, par exemple.

Ces animaux uniques sont donc équipés d’un hardware biologique parfaitement adapté à leurs lieux de vie, un chef-d’œuvre d’adaptation forgé par des millions d’années de pression environnementale. Malheureusement, ils sont aujourd’hui considérés comme des espèces menacées en raison du braconnage et du réchauffement climatique, lequel pourrait un jour saturer ce système de refroidissement si performant tout en épuisant leurs réserves d’eau et de nourriture. L’Afrique et l’Asie se réchauffant à une vitesse record, le sort de ces colosses est probablement voué au déclin, puisqu’ils seront incapables d’évoluer et de s’adapter sur un laps de temps si bref. Qui aurait pu prédire que des milliards de primates coloniseraient un jour la planète entière en la saccageant pour prospérer, prouvant que la sélection naturelle a fait une erreur monumentale en laissant un singe nu manipuler le feu ?

  • Les grandes oreilles des éléphants sont essentielles pour réguler leur température corporelle, agissant comme des dissipateurs thermiques.
  • Elles jouent un rôle crucial dans la communication sociale, permettant aux éléphants de transmettre leurs émotions et intentions.
  • Ces appendices sont aussi des outils d’écoute sophistiqués, leur permettant de détecter des sons à longue distance.

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