En visite à Shanghai pour découvrir les travaux de la nouvelle entité « ACDC » (Advanced China Development Centre) de Renault pour développer des voitures plus rapidement (la Twingo électrique, en deux ans), le constructeur français a tenu à nous ouvrir les portes de Horse Powertrain. À deux heures de route de la Perle de l’Orient, et après avoir traversé le pont de la baie de Hangzhou, long de 36 kilomètres, un centre de développement situé au sein d’usines du groupe Geely voit des dizaines de prototypes camouflés parcourir ses allées avoisinantes.
Devenir leader des derniers moteurs à combustion
Le nombre de voitures camouflées à l’aide de teinture spéciale pour ne pas révéler leurs secrets illustre le rythme et les ambitions de Horse Powertrain, la nouvelle entité dédiée aux moteurs thermiques et hybrides de Renault, devenue une coentreprise avec Geely (45 % des parts) et le pétrolier Saudi Aramco (10 %). À contre-courant des stratégies 100 % électriques du secteur automobile, la responsable du lieu Wang Ruiping expliquait à Presse-citron l’agitation derrière ce centre technologique : d’ici 2035, encore 53 % des voitures seront dotées d’un moteur à combustion.

D’après Mathias Giannini, le CEO de Horse Powertrain, cette part ne tombera qu’à 50 % en 2040. Entre-temps, la coentreprise sera devenue le leader du marché, autrement dit le principal fournisseur de moteurs à combustion au monde. Une ambition qui se veut pérenne et sur un marché qui n’est pas voué à disparaître, d’après Wang Ruiping, qui pense que les différents choix d’énergie d’aujourd’hui seront les mêmes à l’avenir, à la seule différence que leur distribution sera plus équilibrée.

Si le nombre de voitures sur les routes équipées d’un moteur thermique s’équilibre avec celui des électriques, cela n’inquiètera donc pas Horse Powertrain. D’ici là, les constructeurs automobiles seront encore plus nombreux à avoir délaissé leur activité de production de moteurs thermiques et passeront par le fournisseur pour s’approvisionner. Les usines sont prêtes : elles sont 17 dans le monde, dont 8 en Chine, et 5 centres de développement continuent de chercher des solutions pour des moteurs plus efficients, toujours performants, et moins chers.

L’argument des économies sera décisif : Renault prévoit d’économiser 2 milliards d’euros sur le développement de ses moteurs d’ici 2030 grâce à Horse, indiquait Reuters, alors que le nouveau géant des moteurs thermiques possède des usines en Espagne. « Les constructeurs automobiles ne peuvent pas tout faire », a déclaré le PDG Matias Giannini à l’agence. « Nous devons les aider » ajoutait-il.
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Innover, tester, et produire vite… pour atteindre 80 % de croissance
L’interdiction de prendre des photos formalisées, les équipes de Renault et de Geely nous ont ouvert les portes du centre de développement et de test chinois dans la baie de Hangzhou. Après un long passage par les couloirs du centre, les systèmes de sécurité et d’isolation d’une gigantesque porte s’écartaient pour ouvrir une grande salle. À l’intérieur, une voiture montée sur un pont venait de passer un test spécial pour reproduire des conditions extrêmes sans passer par des tests routiers aux quatre coins du monde.

De – 40 à + 65 degrés, la plus grande salle des tests de Horse Powertrain peut offrir un large panel de température, mais aussi de taux d’humidité (jusqu’à 85 %), d’altitude (jusqu’à 5000 m), et même l’exposition au soleil (jusqu’à 1200 W/m2). Ensuite, dans d’autres salles plus petites, où seuls le moteur ou des composants du moteur sont installés, Horse Powertrain leur inflige des conditions encore plus poussées, avec davantage de contraintes. Un moyen d’innover vite, et d’intégrer ces nouvelles technologies, notamment hybrides, en écartant tout risque de dysfonctionnement.
Horse Powertrain peut compter sur les fonds de ses trois gros propriétaires pour investir. Mais la coentreprise n’a rien d’une startup en quête de financement : après avoir vendu 3,67 millions de moteurs en 2024, le cap des 4 millions a été franchi en octobre pour cette année 2025. Depuis sa création l’année dernière, l’entreprise vise un chiffre d’affaires de 15 milliards d’euros d’ici 2029, en hausse de 80 % comparé à 2024.
Leapmotor, Chery Automobile et JAC Motors viendront s’ajouter sous peu au portefeuille de clients, annonçait Wang Ruiping. À l’heure actuelle, Horse Powertrain délivre ses moteurs au groupe Geely et ses nombreuses marques (avec Volvo, ZeekR et Lynk & Co notamment), au groupe Renault, Proton ou encore Nissan. Pour renforcer d’autant plus le chiffre d’affaires, Horse Powertrain compte aussi soumettre ses moteurs à ses clients avec la plateforme spécifique qui ira avec, et qui sera indispensable pour l’optimisation la plus complète.
Le futur des moteurs thermiques et hybrides
En poursuivant notre visite, les différentes salles de test du centre de Horse Powertrain laissent place à une galerie aux allures de musée, avec un parcours retraçant l’ensemble de ses moteurs de référence et ses innovations. Ici, après une poule aux œufs d’or baptisée B15 (un moteur thermique vendu à plus d’un million d’exemplaires par an), on découvre le C15, un régénérateur pour voiture électrique, compacte, capable d’être installé dans une berline comme dans une citadine.
Ce petit moteur ultra-optimisé figure aux côtés d’autres références beaucoup plus puissantes, sur lesquelles la responsable du site insistait pour une bonne raison. En réponse à une demande de journaliste concernant la précédente dominance des hybrides japonaises, Wang Ruiping pointait du doigt la puissance comme un des points faibles de Toyota.
« Les Japonais dominaient l’hybridation, car ils ont parié sur cette motorisation il y a 50 ans. Depuis que l’hybride s’est démocratisé, les Européens et les Japonais n’ont pas recherché la même chose. Le Japon privilégiait l’efficience, quand l’Europe privilégiait la puissance. Aujourd’hui, avec le besoin d’efficience supplémentaire, les moteurs japonais ne sont plus suffisamment performants. En attendant, les Chinois sont arrivés avec plein de fournisseurs. Et de notre côté, nous nous sommes lancés avec Volvo dès 2010, et nous avons vite compris les besoins des Européens », expliquait la responsable.

Le nouveau moteur C15, présenté au dernier salon de Munich en Allemagne, illustre l’intérêt de Horse Powertrain pour une Europe qui peine à se tourner vers l’électrique. Plusieurs constructeurs ont d’ores et déjà ralenti leur transition : Porsche, Stellantis, Ford ou encore Ferrari, tout un panel susceptible de se tourner vers des fournisseurs comme Horse Powertrain pour rattraper leur retard sur la motorisation thermique, notamment en matière d’efficience.
Car en dehors d’ajouter un moteur électrique à un moteur thermique (ou l’inverse), Horse Powertrain continue d’optimiser la combustion de ses essence, diesel et GPL. Face à des normes antipollutions qui seront de plus en plus strictes, des technologies sont déjà prêtes à sortir sur le marché. Si celles-ci ne le sont pas encore, c’est pour une raison très simple, qu’un ingénieur de Horse Powertrain expliquait à Presse-citron : il faut compter un surcoût de 80 à 200 euros par moteur, alors nous attendons de connaître les nouveaux seuils maximums autorisés par les régulations.

Au-delà des normes antipollution… et de l’automobile
Leur principale préoccupation aujourd’hui se trouve en Chine, avec le passage de la norme CN6b à CN7. En fonction du seuil de mg/km qui sera fixé pour les rejets toxiques, la marque ajoutera ses derniers composants. Des systèmes couplant à la fois une technologie pour l’efficience de la combustion (ECT), et une autre pour l’efficience de la compression (HCT). En Europe, la norme antipollution EU7 est encore la plus souple mais l’abaissement du seuil finira coûte que coûte par arriver, et avec lui, l’obligation d’utiliser des carburants alternatifs – ce à quoi Horse se prépare également.
En cas d’interdiction pure et dure du thermique sur certains marchés comme l’Europe, Horse Powertrain comptera sur sa présence dans le monde entier pour continuer d’écouler ses moteurs ailleurs. Mais ce n’est pas tout. D’après une source proche du dossier qui a parlé à Reuters, la coentreprise de Renault et Geely travaillerait sur d’autres produits destinés à d’autres machines. Il y aurait le transport maritime avec les bateaux, mais aussi les engins de chantier et les drones. Sur ce sujet, ni Horse Powertrain, ni Renault ni Geely n’ont souhaité commenter.
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