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Des scientifiques ont dressé la liste des 17 plus grandes menaces pour l’humanité : deux peuvent provoquer notre extinction d’ici 2100

Si cette foutue pandémie de COVID-19 nous a bien appris quelque chose, c’est que nous avons le don pour sous-estimer les catastrophes qui se profilent. Nous n’en avons visiblement tiré aucune leçon, ce dont vient d’attester une commission scientifique, qui s’est attelée à la tâche ingrate de nous le prouver noir sur blanc.

Malnutrition infantile, vieillissement pathologique, tabagisme, épidémie d’obésité, conflits armés, phénomène d’antibiorésistance, troubles de santé mentaux, pandémies en tous genres ou réchauffement climatique… La liste des dangers qui mettent en péril l’humanité donne juste envie d’hiberner à jamais sous une couette, en s’assurant d’être constamment sous perfusion d’anxiolytiques. Sauf que ce n’est pas en jouant à l’autruche que la tempête se calmera, et fort heureusement, la communauté scientifique pourra toujours compter sur certains de ses membres qui préfèrent l’action au fatalisme.

La Commission Lancet sur les menaces sanitaires globales du XXIe siècle, un groupe de 37 experts internationaux en divers domaines, s’est réunie pour présenter un état des lieux du futur radieux qui nous attend. Des travaux qu’ils ont publiés dans la revue The Lancet le 10 octobre et présentés au Sommet mondial de la santé à Berlin. En s’appuyant sur les données de l’Institute for Health Metrics and Evaluation (IHME) couvrant 204 pays et territoires, ces chercheurs ont décortiqué des centaines de menaces potentielles, en ont retenu 17 qu’ils qualifient de « catastrophiques », et parmi elles, deux pourraient mener notre espèce à la disparition avant 2100 : l’IA et un conflit nucléaire.

L’unité commune des catastrophes

Si nous nous étions « amusés » l’an dernier, à poser la question à trois modèles d’IA comment notre civilisation allait tirer sa révérence, il ne s’agissait que d’un petit exercice, sans aucune valeur scientifique face à cette étude. Le protocole adopté par la commission est incomparablement plus rigoureux, à commencer par l’outil qu’elle a choisi pour quantifier chacune des 17 menaces. Ils ont employé un indicateur nommé AVAI (« années de vie ajustées sur l’incapacité ») composite utilisé en épidémiologie qui mesure la totalité du temps de vie en bonne santé qu’une menace fait perdre à une population, en agrégeant deux données différentes.

La première comptabilise les années de vie perdues par mort prématurée : par exemple, si une personne décède à 55 ans alors qu’elle aurait pu espérer vivre jusqu’à 80 ans, on compte 25 AVAI. La seconde prend en compte les années vécues avec une maladie ou un handicap, en les pondérant selon la sévérité de l’atteinte : une année passée avec une pathologie légère ne pèse pas autant qu’une année passée dans un état d’incapacité sévère. En les additionnant, l’indicateur restitue le préjudice total sous forme d’un chiffre, infligé par une menace à une population, qu’il s’agisse d’années de vie volées par la mort ou dégradées par la maladie.

En appliquant cet indicateur aux menaces identifiées, les chercheurs ont ainsi calculé le nombre d’AVAI potentiellement évitables entre 2025 et 2100, c’est-à-dire la quantité d’années de vie en bonne santé que l’humanité pourrait préserver si elle agissait maintenant plutôt que de subir les pires perspectives.

Pour rendre ces chiffres intelligibles, les auteurs les rapportent à un événement que le monde entier a vécu : la pandémie de COVID-19, dont le bilan sanitaire global est estimé à environ 500 millions d’AVAI. Un milliard d’AVAI équivaut donc à deux pandémies de COVID-19. Les 17 menaces répertoriées par la commission dépassent le milliard, ce qui revient à dire que chacune d’entre elles pourrait, à elle seule, infliger à l’humanité des dégâts au moins deux fois supérieurs à ceux de la crise sanitaire la plus marquante de notre époque.

Pyramide Des Catastrophes
La pyramide des menaces recensées par la commission Lancet, au sommet de laquelle trône l’usage malveillant de l’IA et la guerre nucléaire. © Murray et al. The Lancet, 2026

L’IA et la guerre nucléaire : la fin de la seconde chance

Parmi les 17 menaces, la commission en a isolé deux auxquelles elle attribue un statut qu’aucune des quinze autres n’a reçu : celui de menaces à « potentiel d’extinction » pour l’humanité d’ici la fin du siècle. L’utilisation de l’intelligence artificielle à des fins malveillantes en est la première ; les auteurs écartent bien entendu le cliché d’un scénario à la SkyNet, mais perçoivent cette technologie comme potentiellement redoutable pour concevoir des armes biologiques. Utilisés pour répandre des agents pathogènes virulents, puisqu’optimisés par algorithme, ils pourraient complètement échapper aux vaccins et aux traitements existants.

Anthropic avait d’ailleurs déjà fait part dans son compte rendu de la rentrée 2026 que son modèle, Claude, avait déjà été détourné dans ce but : la boîte de Pandore est déjà entrouverte. Le patron d’Anthropic, Dario Amodei lui-même, avait écrit au début de l’année un essai sur le danger que représentait l’IA, en particulier les agents autonomes.

La deuxième, arrivant juste après, est un conflit nucléaire, débouchant sur une famine nucléaire, c’est-à-dire provoquée par les retombées des explosions. Un échange de frappes nucléaires, même à l’échelle régionale, suffirait à projeter dans l’atmosphère des quantités invraisemblables de cendres et de suie qui obscurciraient le ciel en bloquant partiellement la lumière du Soleil pendant plusieurs années. Un hiver nucléaire qui anéantirait à long terme nos capacités de production agricole, provoquant une famine mondiale dont les premières victimes seraient les populations des régions qui n’ont rien à voir avec le conflit lui-même.

Même si les auteurs reconnaissent que ces deux prévisions restent encore peu probables, ils rappellent, à juste titre, qu’il est impossible d’y plaquer un raisonnement probabiliste ; une posture qui s’explique assez logiquement. Toutes les catastrophes sanitaires que l’humanité a traversées jusqu’ici, des grandes épidémies de peste aux deux guerres mondiales partageaient un point en commun : elles ont été réversibles. Il y a eu un « après », des survivants qui ont reconstruit les institutions nécessaires au retour à l’ordre.

Un hiver nucléaire ou le déploiement d’armes biologiques conçues par IA sont des événements, selon eux, irréversibles après lesquels les notions mêmes de « reconstruction » ou de « gestion de crise » n’ont plus lieu d’être. Tout simplement parce qu’il n’y aurait plus de survivants pour reformer une société capable de se réorganiser de nouveau. C’est cette raison qui a poussé les auteurs à placer ces deux menaces au sommet de leur pyramide (voir image ci-dessus), indépendamment de leur probabilité d’occurrence.

« La réalité est désagréable : les menaces qui nous guettent sont multiples, complexes et tenaces… Nous sommes convaincus que les travaux de cette Commission peuvent servir de déclencheur pour orchestrer une riposte aux échelles internationale, régionale et nationale, afin de préserver et de consolider l’avenir de la santé et de l’humanité. Mais cela nous imposera à tous d’élargir radicalement notre vision du danger », écrivent les éditorialistes de The Lancet. Une recommandation pleine d’espoir, mais dépendant d’une hypothèse que l’Histoire dément : celle selon laquelle le savoir entraînerait une action de notre part. En réalité, les sociétés humaines n’ont presque jamais agi préventivement face à une menace existentielle qui leur pendait au nez ; elles ont réagi une fois le mal accompli. Non sans jurer la fois d’après qu’on ne les y reprendrait plus, pour mieux récidiver la fois suivante. Ce rapport de la commission Lancet viendra sans doute s’ajouter à la pile poussiéreuse de ceux qui ont déjà été relégués aux oubliettes et il est très difficile d’entrevoir ce qui, dans le climat géopolitique actuel, permettrait de croire qu’il connaîtra un sort différent.

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