La mission « Polaris Dawn » doit quitter la Terre ce vendredi. À bord quatre débutants (un pilote de chasse, deux ingénieurs et un milliardaire) vont mener le vol de leur vie. Ils doivent passer 5 jours dans l’espace et rejoindre une altitude de 1400 kilomètres.
Ce n’est pas la première fois que SpaceX mène ce genre de mission. L’entreprise d’Elon Musk fait décoller des fusées toutes les semaines, et d’autres missions privées ou a déjà eu lieu. Jared Isaacman, un des quatre voyageurs a même déjà été dans l’espace, avec le vol privé Inspiration4.
Mais cette mission « Polaris Dawn » n’est pas anodine. Il n’est pas question de simplement faire du tourisme spatial. L’objectif de la mission n’est pas de traverser la ligne de Karman, se retrouver dans l’espace, flotter quelques instants, et rentrer à la maison pour le dîner.
Une équipe inexpérimentée

Avec « Polaris Dawn », SpaceX a vu beaucoup plus grand. Si la mission s’annonce historique, établissant plusieurs records, elle présente également son lot de risque. Le premier, et le plus évident concernent l’expérience des membres d’équipage.
Bien qu’ils se soient entraînés depuis plusieurs semaines, ils ne sont pas astronautes, personne ne sait comment ils vont réagir dans une situation d’urgence. SpaceX assure que tous les scénarios ont été étudiés et travaillés pour éviter le moindre incident.
Une trajectoire rayonnante
En plus d’avoir un équipage parmi les plus inexpérimentés de l’histoire du spatial, la mission « Polaris Dawn » n’a pas le plan de vol le plus simple. Au cours des 5 jours de mission, les apprentis astronautes vont rejoindre une altitude de 1400 kilomètres.
Si l’utilité scientifique d’une telle manœuvre est plus que discutable, cela permettra à la mission de rentrer dans l’histoire. Jamais des êtres humains ne se sont retrouvés aussi loin de la Terre depuis la fin des missions Apollo dans les années 70.
Or, si cette altitude est évitée depuis 50 ans par la NASA, c’est pour une bonne raison. À 1400 kilomètres de la surface, le champ magnétique de la Terre ne protège plus des rayonnements solaires. En entrant dans la « ceinture de Van Allen » les 4 voyageurs s’exposent à des niveaux de rayonnements immenses.
Pour Piers Jiggens, ingénieur au sein de l’agence spatiale européenne (ESA), un voyage dans la ceinture de Van Allen présente des « risques certains ». Sur la liste des effets indésirables, le scientifique mentionne la perturbation du système nerveux central, l’arrêt de l’hématopoïèse dans la moelle osseuse ou encore des troubles de la vision pouvant amener à la cécité.
Un « EVA » à risque maximal
Vous l’avez compris avec ces quelques lignes, il n’est pas recommandé de traîner dans la ceinture de Van Allen. Cette zone de notre espace proche est très chaotique et peut avoir de lourds effets sur le corps humain. Mais la mission « Polaris Dawn » ne semble pas s’en soucier.
SpaceX assure que le blindage de son vaisseau est suffisant pour réduire les risques de radiation à 0 (ou presque). L’entreprise a tellement confiance en son appareil qu’elle a prévu d’organiser la première sortie extravéhiculaire (EVA) privée de l’histoire.

Une fois redescendus à 700 kilomètres d’altitude, Jared Isaacman et Sarah Gillis vont quitter leur vaisseau Crew Dragon pour flotter dans le vide de l’espace. Généralement ces missions sont confiées à des astronautes chevronnés, avec un objectif précis.
Ici l’objectif est simplement de prouver qu’une telle manœuvre est possible, même pour une mission commerciale. Une démonstration de force qui augmente encore un peu plus le niveau de risque. Si toutes les personnes qui ont vu Gravity savent qu’un être humain survit mal dans l’espace, le plus grand risque de cet EVA n’est pas dans la sortie extravéhiculaire en elle-même.
Un vaisseau mis à rude épreuve
Toute la mission « Polaris Dawn » se fera à bord d’une capsule Crew Dragon. Habituée à aller vers l’ISS, elle connaît bien l’espace, mieux que ses habitants. Mais contrairement aux modules gouvernementaux, elle ne dispose pas de SAS de décompression.
Donc pour réaliser une sortie extravéhiculaire, les membres de Polaris Dawn vont devoir dépressuriser toute la capsule. Une manœuvre très dangereuse, qui n’a jamais été testée par le passé. Si la moindre manipulation n’est pas réussie lors de cette phase critique de la mission, c’est la vie des 4 voyageurs qui serait immédiatement mise en danger.
À la fin de l’EVA, les 4 membres d’équipage vont reprendre leur place, et il faudra re pressuriser la capsule. Là encore, si le moindre petit grain de sable vient enrayer la machine, les conséquences pourraient être dramatiques.
Tout ça pour ça
Rassurons-nous, SpaceX a déjà mené des dizaines de missions très compliquées et l’entreprise sait ce qu’elle fait. Le niveau de risque de cette mission est grand, plus grand qu’à la normale, mais ce n’est pas pour autant du 50/50. Les probabilités sont largement en faveur des apprentis astronautes.
Il est simplement dommage de voir SpaceX prendre autant de risque pour… rien. La mission « Polaris Dawn » ne répond à aucun programme scientifique. Elle va certes mener des expériences dans le vide de l’espace, mais rien de très important.
À la question, le risque en vaut-il la chandelle, la réponse est très certainement non. Mais la mission décollera quand même, avec à son bord, 4 rêveurs, sur le point de marquer l’histoire de l’humanité avec une mission hors norme.
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