Le glioblastome est la tumeur maligne du cerveau la plus fréquente et la plus agressive chez l’adulte : elle tue 200 000 personnes par an dans le monde, dont près de 15 000 juste en Europe. Cette tumeur cérébrale reste, à ce jour, l’un des diagnostics les plus redoutés en oncologie : l’espérance de survie médiane des personnes atteintes plafonne à 14 ou 15 mois et seuls 3 % des patients sont encore en vie cinq ans après le diagnostic. Pour la soigner, le protocole chirurgical impose aux malades une craniotomie ouverte (retrait temporaire d’une partie de la boîte crânienne pour accéder à la tumeur), suivie d’une chimiothérapie et d’une radiothérapie. Une intervention lourde et invasive laissant de lourdes séquelles et qui, de plus, ne permet pas toujours d’atteindre certaines zones profondes ou fonctionnelles sans endommager le tissu cérébral sain.
Une analyse d’envergure, baptisée LAANTERN et publiée le 17 août dans la revue Journal of Clinical Oncology, a apporté un coup de pied salvateur dans ce domaine. Dirigée par le neurochirurgien Eric C. Leuthardt, de la faculté de médecine de l’Université de Washington (Saint-Louis), elle a compilé les données de 787 patients traités dans 25 centres hospitaliers américains entre 2015 et 2023 par une technique appelée LITT (Laser Interstitial Thermal Therapy).
Les résultats démontrent qu’elle est, non seulement bien tolérée, mais qu’elle allonge la survie lorsque certaines conditions sont réunies. Chez les personnes atteintes d’un glioblastome nouvellement diagnostiqué,dont au moins 91 % de la masse tumorale avait été détruite par le laser, celles-ci voyaient leur espérance de vie s’allonger à 2,1 ans après le diagnostic, soit sept mois de plus que la médiane obtenue par craniotomie.
LITT : brûler le mal à la racine sans chirurgie lourde
La LITT est beaucoup moins invasive qu’une opération à crâne ouvert, puisque le neurochirurgien n’a qu’à percer un petit orifice de quelques millimètres dans la boîte crânienne. À travers celui-ci, il insère une sonde laser de précision et assistée par un bras robotisé (un système appelé NeuroBlate, développé par l’entreprise Monteris Medical). Guidée en temps réel par IRM, elle se faufile à travers le cerveau en contournant les zones saines pour atteindre la tumeur. Une fois en place, le laser chauffe et détruit les cellules malades sans traumatiser les tissus environnants.
L’incision est ensuite refermée à l’aide d’un seul point de suture, contre 25-50 points de suture ou agrafes chirurgicales pour une craniotomie, sans compter les sutures internes pour refermer la dure-mère (membrane enveloppant le cerveau) et le cuir chevelu. En moyenne, l’hospitalisation ne dure que 32 heures quand une craniotomie exige du patient qu’il reste 5 à 10 jours, parfois plus si des complications surviennent ou si le passage par les soins intensifs se prolonge.
Bien que cette technique peu invasive ne dispense pas les patients des traitements de fond complémentaires (radiothérapie et chimiothérapie), elle leur épargne une opération extrêmement éprouvante.
Une révolution thérapeutique intéressée ?
Pour Eric C. Leuthardt, le neurochirurgien qui a dirigé ces travaux, l’objectif premier de cette étude est de « prolonger la survie de nos patients atteints de tumeurs cérébrales et d’améliorer leur qualité de vie ». Elle leur a d’abord permis d’identifier « les facteurs qui mènent aux meilleurs résultats » et de récolter « des informations essentielles pour déterminer quels patients tireront le plus grand bénéfice de cette thérapie ». De son point de vue, c’est une véritable table rase des thérapies conventionnelles. « Nous sommes en train de modifier le paradigme tout entier de la prise en charge des tumeurs cérébrales. » déclare-t-il.
Un bémol, toutefois, et pas des moindres : l’étude LAANTERN a été intégralement financée par Monteris Medical, la société qui conçoit et commercialise le dispositif NeuroBlate, soit l’outil même dont elle devait évaluer l’efficacité. Les conflits d’intérêts potentiels sont d’ailleurs dûment déclarés par les auteurs dans la publication, ce qui est le strict minimum demandé par la revue dans laquelle l’étude a été publiée. Néanmoins, cela n’en fait pas pour autant une garantie totale d’impartialité et tant que des essais indépendants, menés par des équipes sans lien capitalistique avec le fabricant, n’auront pas corroboré ces résultats, l’objectivité clinique devra encore patienter. Un biais qui n’invalide pas pour autant la qualité des travaux ou leurs retombées thérapeutiques potentielles, mais c’est le propre de la méthode scientifique que de ne valider un résultat que le jour où il est reproduit par des chercheurs qui n’ont rien à y gagner.
- La nouvelle thérapie laser LITT offre une alternative moins invasive pour traiter les glioblastomes, permettant de détruire 91 % de la masse tumorale.
- Les patients traités par LITT peuvent espérer une survie moyenne de 2,1 ans, soit 7 mois de plus qu’avec une craniotomie.
- Malgré des résultats prometteurs, l’étude présente des conflits d’intérêts, nécessitant des essais indépendants pour valider son efficacité.
📍 Pour ne manquer aucune actualité de Presse-citron, suivez-nous sur Google Actualités et WhatsApp.
