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Face à l’urgence climatique, Internet n’est pas durable

Internet est loin d’être déconnecté de l’urgence climatique. Dans son modèle actuel, le web n’est pas durable. Il faudra changer nos habitudes, les infrastructures, et les politiques.

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© Unsplash / Markus Spiske

« L’internet mondial se fracture », indiquait Greta Byrum, membre du think tank New America Fondation. En 2019, le marché de la tech et l’ère d’internet n’a peut-être jamais autant été aussi proche de l’actualité politique, et celles-ci se confondent. Cette année, la Chine et les États-Unis ont fait figure des plus grands surveillants de l’internet, à vouloir se séparer mutuellement des équipements de leur adversaire, et en dénonçant leurs activités jugées dangereuses, manipulatrices, et dans le but d’espionnage.

Mais si l’internet se fracture, ses explications peuvent encore être plus concrètes. En Russie, le Kremlin songe à proposer un Internet local, en écartant les programmes internationaux de son territoire. Comme un symbole de cette transition, le Wikipédia que l’on connaît ne sera plus, et la « Grande Encyclopédie russe » viendra le remplacer, elle qui est déjà le successeur de l’encyclopédie officielle de l’Union soviétique.

Face à cette situation, on regrettera les temps très prometteurs, où Internet faisait figure d’eldorado d’une société sans barrière, évoluant dans une liberté presque totale et dénuée de leaders. Un Internet global et universel qui est aujourd’hui remis en question, pourtant. Dans l’ombre des géants du web, de l’actualité politique gravitant autour de ce dernier, l’urgence climatique sera le prochain grand obstacle au monde numérisé que l’on connaît. Pour l’une des premières fois, l’avenir d’Internet semble plus corrompu qu’il ne l’a jamais été. Et si l’Internet venait à vraiment se fracturer, cela pourrait être pour des raisons trop souvent laissées dans l’ombre.

Le streaming, 10 % de l’électricité mondiale en 2030

Dans un article publié par The New Republic, des dizaines de concepteurs de sites web, scientifiques, informaticiens et activistes ont cherché à établir un constat sur la situation actuelle d’Internet, et de ce qu’il en sera à l’avenir. Point de départ de l’étude : 10 % de l’électricité mondiale est aujourd’hui utilisée pour Internet. Une part exceptionnellement élevée, et qui n’a pas fini de s’accélérer : dans le monde, près de la moitié des individus sont encore « déconnectés », et dans l’attente de pouvoir commencer à surfer sur le web, alimenter leurs réseaux sociaux et consommer de la vidéo en streaming.

Un déploiement sans crainte ? Forcément, on imagine bien que non. Internet a besoin d’électricité pour vivre, et l’électricité est encore majoritairement produite avec des énergies fossiles. Loin de nos yeux, les conséquences d’Internet sur l’environnement sont colossales. Dans une étude publiée en 2013, l’Association du transport aérien international (IATA) avait estimé que la consommation d’internet dans le monde correspondait à l’impact écologique du trafic aérien en une année. Les choses ne sont pas près d’évoluer dans le bon sens : l’augmentation du nombre d’individus ayant accès à internet entraînera une augmentation de la consommation du web « à plus de 50% de l’utilisation mondiale – ce qui contribuera à son tour au réchauffement climatique et désavantagera une grande partie de la population mondiale », estimait Mike Hazas, informaticien à l’Université de Lancaster au Royaume-Uni.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes, mais il n’est plus très parlant aujourd’hui d’évoquer l’impact écologique des pages web. Notre utilisation d’internet a évolué, et l’un des principaux éléments énergivores sur le net concerne le streaming vidéo. Au rythme d’une heure par semaine, la diffusion de Netflix aurait un impact équivalent à celui de la consommation annuelle de deux réfrigérateurs. L’urgence est bien là : d’ici 2030, 10 % de la consommation d’internet sera décernée au streaming. Au final, Internet pourrait être responsable d’un rejet de CO2 plus important que n’importe quel pays dans le monde, en laissant seulement de côté la Chine, l’Inde et les États-Unis. Colossal.

Internet sera impacté par le changement climatique

Fautive pour la planète, Internet est aussi victime de l’urgence climatique. En même temps qu’elle accompagnera les secteurs les plus polluants à continuer à mettre à mal le climat, Internet rencontrera l’un de ses plus gros obstacles, remettant en cause sa durabilité. « Nous pensons que le changement climatique est lent, mais il est extrêmement rapide. Nous pensons que le changement technologique nécessaire pour l’éviter est rapide, mais malheureusement, il est trompeusement lent », en jugeait l’auteur David Wallace-Well, dans son ouvrage The Uninhabitable Earth.

Loin de se protéger par son aspect numérique, virtuel et déconnecté de la réalité, Internet pourrait finalement être l’une des principales victimes du réchauffement climatique. The New Republic mentionnait notamment le coût « exponentiel » des dépenses en matière de refroidissement et d’énergie des centres de données, qui suffoqueront à l’approche d’une hausse des températures et d’une activité nettement augmentée. Des éléments moins connus encore pourraient entraver l’accès au web, comme l’augmentation de l’intensité des rayons ultraviolet, qui pourrait perturber les fréquences électromagnétiques du wifi. Notons enfin la hausse du niveau des eaux : d’ici 15 ans, notamment aux États-Unis, les plus de 4 000 miles de tubes et fils côtiers seront immergés par la surface des océans.

Changements de structure et d’utilisation

Nous en serions arrivés à un point clé, où l’urgence climatique ne peut pas être prise au sérieux sans un regard critique de l’évolution d’internet. L’article de The New Republic a le mérite d’avancer une idée difficile pour nous à concevoir : la liberté d’internet, son déploiement exponentiel et notre connexion à longueur de journée ne forment pas un schéma durable. Il devra peut-être même cesser, et les changements seront de taille.

« Les gens ne commencent à économiser l’eau que lorsqu’ils pensent qu’il y a une limite sur la quantité qu’ils peuvent utiliser », déclarait Tom Greenwood, le cofondateur de Wholegrain Digital. L’homme partage cette idée que notre utilisation d’internet se devra d’être rapidement modifiée, si notre ère du numérique souhaite continuer à exister. Premier constat : les publicités sur les sites. Elles devront cesser, tant elles représentent une part majoritaire dans l’énergie consommée des pages web. Mais vous le savez autant que nous : la plupart des sites web actuels se rémunèrent à partir de ces intégrations de panneaux publicitaires.

« L’internet mondial se fracture ». Face aux enjeux environnementaux, la parole de Greta Byrum continue à avoir du sens, et laisse la place à des conséquences sur l’avenir de la structure même d’internet. Car si son accès en devenait presque aussi précieux qu’une denrée rare, alors deux types de web pourraient voir le jour. L’un serait rapide, permanent et sécuritaire, quand l’autre serait dangereux, instable et lent. Il s’agirait d’ailleurs d’une tendance « actuelle » et déjà mesurée par Xiaowei Wang, géographe et chercheuse sur Internet à l’Université de Californie à Berkeley. « Y aura-t-il deux internets cloisonnés ? L’un réservé pour l’élite urbaine ? Et un autre pour le reste d’entre nous ? Cela se produit déjà maintenant ! », disait-elle à The New Republic. Les habitants des campagnes chinoises ont déjà accès à un Internet différent de leurs homologues urbains parce que « les réalités matérielles sont radicalement différentes », complétait la chercheuse.

Pour sauver Internet, le rendre public, et étatique ?

Comme le mentionnait Tom Greenwood de Wholegrain Digital, l’économie d’internet ne peut se réaliser tant que l’on ne distingue pas de vraies limites à son utilisation. Internet n’est pas quantifiable, mais ses conséquences le sont. En politique, certains s’accordent à calquer leurs politiques sur cet aspect. Prévenir la durabilité du web, en procédant à des changements notables dès aujourd’hui.

L’un des meilleurs exemples nous vient certainement des États-Unis, où Bernie Sanders, candidat à la primaire des démocrates pour les présidentielles de 2020, propose un plan de récupération et de gestion d’internet. Pour lui, le meilleur des réflexes serait de rendre public le web, afin de mieux gérer son impact environnemental et son accès. Il faudrait selon lui débloquer un budget de 150 milliards de dollars pour « construire une infrastructure à large bande résiliente, abordable et publique ». Une idée partagée par Elizabeth Warren, sénatrice, qui pense que ce projet pourrait permettre de mieux accompagner le déploiement du réseau, notamment aux territoires ruraux, et éviter que la gestion soit réservée aux sociétés de télécommunications et aux fournisseurs du réseau.

Comme une ébauche, un constat du poids actuel d’Internet sur l’écologie actuelle et un plan pour son avenir, le rapport publié par The New Republic a l’avantage de mettre en avant la situation instable d’internet, cachée derrière sa croissance exponentielle. Perdu dans son univers virtuel, le réseau et sa promesse de liberté évoluent vers une direction tout autre. Restera-t-il la norme de demain, ou fait-il déjà partie d’une période dont on peut déjà planifier la fin ?

2 Commentaires

2 Commentaires

  1. Nicolas

    22 décembre 2019 at 11 h 10 min

    Votre article est délirant… Ainsi 1H de streaming par semaine on consomme l’équivalent de 2 réfrigérateur à l’année, soit 60€… Soit donc 1000-2000 par an pour un utilisateur type et 5000€ pour un bar qui laisse la TV allumé e toute la journée ?

    Imaginez ça, quand vous streamez. ça consomme plus que votre plaque électrique avec tous les deux au max ?

    C’est quoi le concept? netflix, les fournisseurs d’accès internet oil es gens qui louent des data center dépensent tous 10 fois plus en l’électricité que leur chiffre affaire annuel? Vraiment ? Pourquoi ils sont pas en faillite depuis le temps?

    Les câbles seront submergés? Ceux qui connectent quoi? Les maisons sous l’eau? Les câbles coûtent presque rien et suivent les autoroutes et vont se ramifier jusqu’aux immeubles Que ces câbles soient submergés est le cadet de nos soucis. Si le sont, c’est que l’immeuble n’est probablement plus habitable et l’autoroute inutilisable…

    Vous etes un journal de presse technologique, vérifiez au moins que ce que vous racontez soit plausible.

    En 2040, les voitures sont sencèes être toutes électrique de toute façon. Notre conso électrique va au moins doubler du coup. Et vous croyez vraiment que c’est vous en train de regarder un vidéo sur votre tel portable qui sera responsable de 50% de la conso électrique? Pas votre voiture? Pas la clim vu les températures ? Ni le chauffage en hiver? Non ça sera le streaming et internet?

    Et vous pensez que les gens vont payer les milliers d’euros de facture correspondantes ?

  2. max242

    24 décembre 2019 at 12 h 08 min

    Délirant cet article ! Dire qu’internet a un impact sur la consommation électrique ok, mais arrêtez d’être toujours autant moralisateur.
    Est ce que Presse citron a déjà calculé son propre impact environnemental ??? Oui, parce qu’au cas où vous l’auriez oublié le(s) serveur(s) sur lequel tourne votre site consomme h24 de l’électricité. Quand est-il aussi des équipements annexes que vous utilisez (ordis…) ?

    Par ailleurs parler du streaming, admettons. Mais est ce mieux d’avoir des camions circulant sur les routes de nombreux continent (voir des avions), qui pollueraient tout autant, voir plus, afin d’acheminer CD, vinyles, DVD et blu-ray. Est ce plus judicieux ?

    Enfin pour la pub, enlevez en de votre site si ça pollue autant que ça…

    C’est bien de dire qu’internet pollue, consomme à outrance de l’électricité ; mais à ce compte là pourquoi ne montrez vous pas l’exemple vous même ? La solution ne viendra pas uniquement que des internautes/consommateurs.

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