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Voitures électriques et écologie : “électro-choc” dans le Pacifique

Une entreprise minière canadienne s’apprête à forer dans le Pacifique pour récolter des métaux rares nécessaires à la production de batteries de voitures électriques. Une méthode interdite par le droit international.

  • Une société minière canadienne projette d’exploiter les fonds marins du Pacifique pour extraire des métaux rares nécessaires aux batteries des voitures électriques
  • Cette opération pourrait avoir des conséquences désastreuses sur la biodiversité et le climat, en détruisant des écosystèmes fragiles et en libérant du carbone stocké dans les sédiments
  • La voiture électrique, présentée comme une solution verte pour réduire les émissions de CO2, pose en réalité de nombreux défis environnementaux, liés à sa fabrication, à son utilisation et à son recyclage

Selon une enquête du magazine américain Wired, une société minière canadienne, Metal Company, se préparerait à creuser dans le Pacifique, profitant d’un vide juridique des traités internationaux. Son objectif : extraire des nodules polymétalliques, des roches riches en métaux rares comme le nickel, le cobalt ou le manganèse, indispensables à la fabrication des batteries des voitures électriques.

Or, ces nodules se trouvent à des profondeurs de 4 000 à 6 000 mètres, dans des zones où la vie marine est peu connue et très vulnérable. Les scientifiques craignent que l’exploitation minière ne détruise irrémédiablement ces écosystèmes, en provoquant un nuage de sédiments qui étoufferait les organismes vivants. De plus, ces sédiments contiennent du carbone organique, qui pourrait être relâché dans l’océan et contribuer au réchauffement climatique.

La société Metal Company affirme que son projet est plus respectueux de l’environnement que l’extraction terrestre des métaux rares, qui implique souvent des conditions de travail déplorables et des risques de pollution. Elle assure aussi qu’elle mènera des études d’impact et qu’elle limitera les dommages sur la faune et la flore marines.

Mais ces arguments ne convainquent pas les opposants à la mine sous-marine, qui dénoncent un manque de transparence et de régulation de cette activité. Ils appellent à un moratoire sur l’exploitation des fonds marins, le temps d’évaluer les conséquences potentielles sur la biodiversité et le climat.

« Cette pratique peut transformer les océans, et pas pour le meilleur, explique Diva Amon, un scientifique spécialiste de la vie marine, notamment dans la zone visée par l’entreprise minière. Nous pourrions perdre des parties de la planète et des espèces qui vivent là-bas avant de les connaître et les comprendre ».

La voiture électrique face aux enjeux écologiques

Ce projet controversé illustre l’une des limites de la voiture électrique comme solution écologique. Si ce type de véhicule n’émet pas de CO2 lorsqu’il roule, il en génère lors de sa fabrication, notamment celle de sa batterie. Selon l’Ademe (l’Agence de la transition écologique), une voiture électrique a une “dette” carbone de 5 à 15 tonnes équivalent CO2 avant même d’avoir parcouru le moindre kilomètre. C’est 2 à 3 fois plus qu’une voiture thermique.

Cette dette peut être compensée par l’utilisation d’une électricité décarbonée (issue du nucléaire ou des énergies renouvelables), mais cela dépend du pays où circule la voiture. En France, où la production d’électricité est peu émettrice de CO2, une voiture électrique devient moins polluante qu’une voiture thermique après environ 70 000 km parcourus. Mais dans d’autres pays où l’électricité est produite à partir de charbon ou de gaz, le bilan carbone est beaucoup moins favorable.

La voiture électrique pose aussi des problèmes de recyclage. Les batteries ont une durée de vie limitée (environ 10 ans) et ne sont pas faciles à recycler. Elles contiennent des matériaux dangereux, comme des solvants ou des métaux lourds, qui nécessitent des procédés spécifiques et coûteux.

Selon Veolia, l’un des leaders mondiaux en matière de gestion des déchets, le processus de recyclage des batteries des voitures électriques se décompose en cinq grandes étapes :

  • la collecte, la mise en sécurité et la décharge profonde de la batterie
  • le démantèlement de chaque élément avec un envoi aux filières de traitement adaptées
  • la séparation des métaux ferreux et non ferreux par broyage et tri magnétique
  • la récupération du lithium par un procédé hydrométallurgique
  • la valorisation des métaux rares par un procédé pyrométallurgique

Ce recyclage permet de récupérer environ 90 % du cobalt, du cuivre et du nickel, 70 % du lithium et 50 % du manganèse contenus dans les batteries. Ces métaux peuvent ensuite être réutilisés pour fabriquer de nouvelles batteries ou d’autres produits.

Mais ce recyclage a aussi un coût énergétique et environnemental, qui réduit le bénéfice écologique de la voiture électrique.

La réutilisation, une alternative au recyclage

Face à ces difficultés, une autre solution émerge : la réutilisation des batteries usagées. Même si une batterie n’est plus assez performante pour propulser une voiture, elle peut encore servir à d’autres usages, comme le stockage d’énergie renouvelable ou la fourniture de secours. C’est ce qu’on appelle le “second life” ou “seconde vie” des batteries.

Plusieurs projets ont ainsi vu le jour pour donner une seconde vie aux batteries des voitures électriques. Par exemple, Renault a créé une filiale, Elexent, qui propose des solutions de stockage d’énergie à partir de batteries usagées. Nissan a lancé un programme, xStorage, qui permet aux particuliers de transformer leur batterie en système de gestion de l’énergie domestique. Et BMW a participé à un projet pilote, Battery 2nd Life, qui consiste à utiliser les batteries comme tampon entre le réseau électrique et les bornes de recharge rapide.

La réutilisation des batteries présente plusieurs avantages : elle prolonge la durée de vie des matériaux, réduit la demande en nouvelles batteries et favorise l’intégration des énergies renouvelables. Mais elle pose aussi des défis techniques, économiques et réglementaires. Il faut en effet garantir la sécurité et la fiabilité des batteries réutilisées, trouver des modèles économiques viables et adapter les normes et les labels existants.

La sobriété, une nécessité

Au-delà du recyclage ou de la réutilisation, la meilleure façon de réduire l’impact environnemental des voitures électriques est sans doute d’en limiter le nombre. Car même si elles sont moins polluantes que les voitures thermiques, elles restent des sources de nuisances : elles consomment de l’espace, génèrent du bruit, émettent des particules fines dues à l’usure des pneus ou des freins etc.

L’Ademe invite donc à repenser les usages de la voiture (y compris électrique), en privilégiant les modes de transport alternatifs (vélo, transports en commun…), en favorisant le partage (autopartage, covoiturage…) et en optimisant les trajets (écoconduite, télétravail…). La sobriété reste ainsi le meilleur allié de l’écologie.

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1 commentaire
1 commentaire
  1. encore les mêmes idées reçues… ” le nickel, le cobalt ou le manganèse, indispensables à la fabrication des batteries des voitures électriques.” est FAUX.
    Il existe des batteries sodium-ion ou fer-air ou même céramique-air! 

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