Fin juin, la Banque européenne d’investissement (BEI) annonçait un soutien financier sans précédent à Airbus, à hauteur de 3 milliards d’euros. Il s’agit, tout simplement, du plus gros crédit d’entreprise jamais validé par l’institution bancaire de l’Union européenne. Cette somme doit alimenter les laboratoires de recherche et développement du géant européen jusqu’en 2030, à la fois dans l’aviation commerciale, la défense et les satellites.
L’objectif est clair et assumé, puisqu’il est question de renforcer la souveraineté technologique du Vieux Continent et de protéger les champions locaux face aux géants américains et chinois. Cela doit ainsi permettre à Airbus d’innover sur le long terme sans fragiliser son bilan immédiat. Mais si les dirigeants européens ont salué une victoire industrielle majeure, cette décision a très vite fait grincer des dents de l’autre côté de l’Atlantique.

Boeing contre-attaque
Selon des informations exclusives de Reuters, Boeing est immédiatement montée au créneau. L’avionneur américain a envoyé une lettre officielle au représentant américain au Commerce, Jamieson Greer, pour exiger une enquête rigoureuse et toute la transparence sur ce financement.
La firme américaine semble particulièrement agacée par le timing de ce financement. Car l’annonce est tombée quatre jours seulement après la reconduction de la trêve commerciale entre l’Union européenne et les États-Unis, c’est-à-dire, selon elle, pile au moment où Washington baissait la garde.
Mais ce n’est pas tout. Boeing soupçonne surtout Airbus de vouloir utiliser ces liquidités pour secrètement financer le projet « eAction », le nom de code de son futur avion censé remplacer l’A320neo à l’horizon 2030. Un coup de pouce déguisé qui, toujours d’après l’avionneur l’américain, enfreindrait l’obligation de transparence garantie par la trêve sur les subventions.

Airbus joue gros
La Banque européenne d’investissement réfute fermement toute faveur accordée à son fleuron, et rappelle qu’il s’agit d’un prêt commercial tout à fait classique, soumis à des taux d’intérêt habituels et pleinement conforme aux règles internationales. De son côté, Airbus préfère ne pas alimenter la polémique et s’abstient pour l’instant de tout commentaire.
Mais le danger pour la firme européenne est bien réel. Si Washington décide de donner suite aux demandes de Boeing et d’exiger des comptes, cette affaire pourrait rallumer le conflit commercial entre les deux géants de l’aéronautique, portant sur leurs subventions mutuelles. Alors que les deux parties ont réussi en 2021 à enterrer la hache de guerre après 17 ans de litiges devant l’Organisation mondiale du commerce (OMC), cette affaire menace de fragiliser un équilibre déjà très précaire.
Et pour Airbus, le risque principal serait de voir réapparaître des taxes douanières pénalisantes sur ses appareils destinés au marché américain. Ses avions deviendraient subitement beaucoup plus chers pour les compagnies aériennes outre-Atlantique, poussant certains acteurs à potentiellement revoir leur carnet de commandes.
- Boeing saisit Washington pour exiger toute la lumière sur le prêt colossal de 3 milliards d’euros accordé à Airbus par la BEI.
- L’entreprise crie au piège et soupçonne cet argent de financer en douce « eAction », le futur remplaçant de l’A320neo prévu pour 2030.
- Si les États-Unis répliquent en réimposant des droits de douane, Airbus risque de perdre gros sur le marché américain.
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