La France est une vraie fabrique à fintech. Entre les incubateurs et les groupes bancaires, le territoire est fertile. Mais depuis 2022, l’une des poules aux oeufs d’or, à savoir Arkéa, a décidé de ralentir la cadence. Au cours des mois de 2021 à 2022, la banque mutualiste s’est séparée de ses pépites pour ne pas les contraindre dans leur croissance, trouver de la rentabilité et se concentrer à nouveau sur son coeur de métier et son porte-étendard : la banque en ligne Fortuneo.
Les pépites d’Arkéa étaient Leetchi, Mangopay, Younited, Budget Insight, mais aussi Aumax et Pumpkin. Un sacré lot de startup qui répondaient chacune à des besoins avec des produits particulièrement innovants avant 2020 : agrégateur de comptes bancaires, remboursement et paiement entre amis, cagnottes, outils bancaires “bank-as-a-service” pour les entreprises… Arkéa était à la fois un vrai incubateur et un vrai investisseur dans le secteur.
Un investisseur qui a dû laisser la place à d’autres, à plus grande échelle, pour viser plus haut. Dans un article publié par Les Echos cette semaine, certains des dirigeants de ces fintech sont revenus sur cette époque et cette désolidarisation avec de très bons souvenirs à la clé. “Grâce à Arkéa, on a appris qu’un sou est un sou, que la rentabilité de la société est clé”, disait par exemple Romain Mazeries, le PDG de Mangopay.
À la tête de sa fintech du paiement, lui et ses équipes ont réussi à voler de leurs propres ailes. Ou plutôt de quitter le nid familial, car Mangopay est désormais marié à un fonds d’investissement américain du nom d’Advent. La startup y compte présentement 440 employés, réalise ses propres acquisitions (WhenThen et Nethone), et s’installe dans toute l’Europe. Les particuliers ne connaissent pas beaucoup son nom, mais l’utilisent dans l’ombre : MangoPay travaille en B2B et propose des solutions de paiement pour les places de marché (marketplace) et des plateformes de financement en crowdfunding notamment.
Arkéa n’est pas totalement séparé de sa fintech tant elle a profité pour en rester un actionnaire minoritaire, qui pourra encore profiter de l’envolée de ses pépites à l’avenir. Même chose pour l’agrégateur bancaire Budget Insight, devenu Powens, qui appartient au fonds PSG Equity. La startup a récemment avalé son équivalent espagnol Unnax, bien présent en Amérique latine notamment. À noter que le fonds de croissance PSG Equity pourrait continuer à prendre des participations dans des startup françaises ces prochains mois, alors que beaucoup pourraient être en vente, faute d’arriver à lever des fonds.
Globalement, les anciennes pépites d’Arkéa se portent donc plutôt bien – parfois mieux – et ont bien réussi leur transition. Leurs ambitions sont maintenant à la hauteur de ce que cherchait à faire la banque mutualiste : des acteurs français devenus acteurs européens. Mais de l’autre côté, d’autres fintech ne sont jamais arrivées à trouver leur modèle et n’ont pas trouvé d’acquéreur suffisamment solide pour rester en vie le jour où Arkéa a décidé de s’écarter. On pense alors à l’agrégateur de cartes bancaires Aumax, victime d’un marché des banques en ligne et des néo-banques compétitif, tout comme Pumpkin, pour les mêmes raisons.
Les fintech françaises qui persévèrent
Tout ne provient pas que de chez Arkéa et d’autres fintech, avec plus d’une décennie d’expérience, continue de se réinventer aujourd’hui. Il y a par exemple Bridge et Bankin’, qui ont réussi des pivots (et une scission) loin d’être facile. Tout cela leur a permis, après 12 ans, d’être toujours aussi solides malgré la compétitivité du secteur, la concurrence internationale et la difficulté de financement. Bankin’, célèbre pour son agrégateur de compte, est devenu un vrai conseiller pour la gestion bancaire et de ses budgets. Bridge, de son côté, travaille en B2B sur le futur du paiement instantané, qui veut supprimer purement et simplement la carte bancaire.
Les fintech ont beau avoir été triées au volet ces dernières années, elles ne sont pas plus instables que les banques en ligne plus traditionnelles, alors que nous avons vu ING lâcher ses activités en France et que Orange Bank est actuellement en vente (et en grandes difficultés pour retrouver un repreneur). En attendant, c’est Société Générale qui en a bien profité pour faire ses emplettes. Le groupe bancaire qui détient Boursorama Banque, la première banque en ligne en France (et la moins chère) a aussi racheté la néo-banque pour les pros Shine, le fournisseur de services Treezor ou encore la fintech britannique du paiement PayXpert (participation majoritaire).
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