Peu connu du grand public, ce phénomène prend de l’ampleur dans les avions de ligne : les fuites de fumées toxiques. Et leurs conséquences sur la santé peuvent être considérables.
Le système de prélèvement d’air en cause
Des milliers d’incidents ont été recensés dans le monde depuis le début des années 2010. Concrètement, de l’air contaminé par des huiles ou des fluides hydrauliques pénètre dans la cabine via le système dit de prélèvement d’air. Presque tous les avions commerciaux l’utilisent, sauf le Boeing 787.
Le principe est simple : une partie de l’air respiré à bord est aspirée par les moteurs, compressée et chauffée avant d’être envoyée dans l’appareil pour pressurisation et la climatisation. Sauf que les joints censés retenir les huiles s’usent avec le temps, laissant passer des vapeurs qui se transforment en fumées invisibles. Résultat, un mélange pas franchement idéal à respirer.
Hôtesses, stewards et pilotes sont les plus touchés par ce dysfonctionnement, et ils décrivent des maux de tête, des palpitations, des difficultés respiratoires, parfois des séquelles comparables à des commotions cérébrales. Même certains passagers ont rapporté des troubles neurologiques ou cardiaques après un vol.
🚨 BREAKING: TOXIC FUMES ON FLIGHTS LEAVE PASSENGERS WITH SEVERE BRAIN INJURIES
Passengers are being told to breathe through their clothing and stay low while the cabin fills with toxic jet fuel fumes.
Reports say permanent nervous system damage is being linked to Airbus A320… pic.twitter.com/ISE2eRddAX
— HustleBitch (@HustleBitch_) September 15, 2025
Certains cas sont encore plus graves, révèle le Wall Street Journal dans une vaste enquête. En 2018, Florence Chesson, hôtesse chez JetBlue, a développé une lésion cérébrale et nerveuse permanente après un vol où l’air sentait les « pieds sales ». Andrew Myers, pilote de la même compagnie, s’est effondré dans son cockpit, diagnostiqué ensuite avec une atteinte neurologique irréversible. Susan Michaelis, ex-pilote devenue chercheuse, a de son côté passé ses dernières années à alerter sur le problème avant de mourir d’un cancer que ses médecins ont lié aux expositions répétées.
Un constat d’autant plus préoccupant que les signalements ont bondi ces dernières années. On est passé d’une dizaine d’incidents par million de vols en 2014 à plus de 100 en 2024. Les Airbus A320, et particulièrement la version neo avec ses moteurs plus récents, sont les plus pointés du doigt.

L’industrie traîne des pieds
L’industrie aéronautique, elle, adopte un ton rassurant. Airbus, Boeing, ainsi que les compagnies, reconnaissent des odeurs désagréables, mais les qualifient surtout de simples « inconforts passagers ». Certaines règles de maintenance ont même été assouplies pour éviter l’immobilisation d’appareils, quitte à laisser voler des avions déjà signalés comme problématiques.
Pour leur part, la Federal Aviation Administration (FAA) aux États-Unis et la European Union Aviation Safety Agency (EASA en Europe) parlent d’événements « rares ». Mais les chiffres internes montrent l’inverse : plusieurs études financées par la FAA ont confirmé la présence de substances toxiques comme le formaldéhyde, les organophosphates ou encore des solvants neurotoxiques dans la cabine.
Outre-Atlantique, le Congrès a tenté à 19 reprises d’imposer des capteurs de qualité de l’air ou des filtres spécifiques. En vain. Une nouvelle loi, déposée cette année, propose enfin de supprimer le système de prélèvement d’air d’ici à sept ans. Reste à voir si elle passera. Quelques initiatives émergent en attendant. Airbus travaille par exemple sur un projet visant à réduire les fuites en déplaçant les prises d’air, mais uniquement sur les avions neufs à partir de 2026.
- Dans les avions modernes, l’air de la cabine est souvent prélevé via les moteurs, un système qui peut laisser passer des vapeurs toxiques.
- Ces fuites, longtemps minimisées par l’industrie, provoquent des symptômes graves chez des pilotes, hôtesses, stewards et parfois des passagers.
- Leur fréquence est en forte hausse, mais les solutions proposées par l’industrie restent limitées et tardives.
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