Vingt-quatre heures. C’est tout ce dont dispose notre pauvre carcasse biologique chaque jour. Simultanément, Netflix, TikTok et leurs semblables produisent plus de contenus en une journée que nous ne pourrions en consommer en plusieurs vies. Pendant que nous dormons encore nos huit heures, les géants de la tech affûtent leurs armes pour conquérir ce dernier territoire de votre existence qui leur échappe encore. La bataille est perdue d’avance, mais notre cerveau refuse d’abandonner sa quête de stimulation perpétuelle.
Le grand hold-up du sommeil
En quinze ans, les écrans ont avalé six heures supplémentaires de notre quotidien, selon EMARKETER, filiale de Business Insider. L’année prochaine, l’Américain moyen sacrifiera en moyenne plus de huit heures par jour à fixer des pixels. Et ces statistiques excluent les adolescents ou les enfants, que l’on sait déjà en danger face à la sursollicitation numérique.

Si l’on ajoute les huit heures de sommeil recommandées (c’est relatif, nous avons déjà produit un article à ce sujet) aux huit heures passées devant les écrans, nous arrivons donc à un total de seize heures. Il nous restera donc huit misérables heures pour prétendre être un mammifère fonctionnel : manger, faire nos besoins, copuler, nous reposer, et parfois, luxe suprême, parler à un autre humain sans écran interposé.
Dans une récente note adressée aux investisseurs, les analystes de Bernstein ont expliqué : « Bien qu’il semble que chacun réduise son temps de sommeil pour consacrer davantage d’heures aux écrans, il existe une limite au temps que les individus peuvent allouer à la consommation de contenus numériques ». Traduction de ce délicieux euphémisme : même en vous privant totalement de sommeil, vous ne pourrez jamais tout voir.
La prédation nocturne des marchands d’insomnie
Reed Hastings, cofondateur de Netflix, nous avait lâché cette petite pépite en 2017 : « Nous sommes en concurrence avec le sommeil » Non pas avec Amazon Prime Video, HBO ou Disney+, mais avec notre besoin biologique le plus fondamental. Voilà le prochain adversaire à abattre.
Les applications qui prétendent améliorer votre sommeil qui pullulent désormais sur les stores ou implémentées à même notre smartphone ? Un peu ironique : nous fixons un écran qui nous dicte comment mieux dormir, et nous payons parfois pour ce « privilège ».
Les analystes de Bernstein prophétisent que les applications gratuites de vidéos cannibaliseront bientôt les services payants. « À un moment donné, le gâteau cesse de grossir, et les parts commencent à rétrécir ». Ce que sous-tend cette déclaration ? C’est le retour à la réalité : la concurrence, la destruction créatrice (concept économique théorisé par Joseph Schumpeter) et le darwinisme économique. La compétition pour notre temps de cerveau disponible n’a jamais été aussi violente depuis que cette expression a été popularisée par Patrick Le Lay, alors président-directeur général du groupe TF1, en 2004.
Votre corps exige huit heures de sommeil, mais l’économie numérique en a décidé autrement : une lutte dans laquelle le sommeil n’est plus une fonction vitale, mais un obstacle à optimiser. Homo sapiens se transformera-t-il en Homo insomnis ? Cet être aux yeux rougis incapable de se passer de ses 19 heures de contenus journaliers ? Peut-être est-ce là le rêve humide des actionnaires de la Silicon Valley.
- En quinze ans, le temps passé devant les écrans a explosé, grignotant les heures autrefois dédiées au repos et aux interactions humaines.
- Face à la saturation du temps d’écran, l’industrie cherche à capter ce qui reste de notre attention, quitte à rogner sur un besoin biologique fondamental.
- Malgré la multiplication des plateformes et des offres, l’être humain ne peut pas absorber un flux infini d’informations sans conséquences sur sa santé et son bien-être.
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