- Un document de recherche révèle que les plateformes gagnent des fortunes grâce à votre inattention ou votre paresse
- Les abonnements souscrits et oubliés peuvent tripler les revenus de certaines plateformes
- Les autorités commencent à surveiller cette pratique
Il est temps de faire un point sur vos abonnements. Selon un document de recherche publié par trois économistes américains (repéré par Les Echos), les vendeurs de services par abonnements dégagent des revenus conséquents grâce à votre inattention ou votre flemme.
Liran Einav et Neal Mahoney, de l’université de Stanford, et Benjamin Klopack de l’université Texax A&M, ont publié en août un document de recherche pour le National Bureau of Economic Research. Il révèle que « l’inattention augmente les revenus des vendeurs d’un taux allant de 14% à plus de 200% » selon les services.
Pour mener à bien cette étude, les chercheurs ont analysé de vastes données de paiements par cartes bancaires étalés sur plus de quatre ans pour dix grands services par abonnements américains. Ils ne précisent pas lesquels mais indiquent que ces services proviennent de secteurs comme le divertissement, la vente au détail, les journaux ou la sécurité.
Jusqu’à trois fois plus de revenus
Le bilan de l’étude est sans appel. Si les clients avaient une attention « parfaite », la durée moyenne de leur souscription serait de 4 mois. Mais pour les profils les moins attentifs, cette durée de souscription est de un an. Si cette inattention « augmente modestement les revenus de certains services », elle peut aussi « tripler les revenus de certains autres » précise l’étude. Les auteurs vont même plus loin et écrivent :
Il est possible de soupçonner que ce service par abonnement ne serait pas une activité viable sans l’inattention de ses clients.
En résumé, certains services pourraient ne pas survivre si les utilisateurs qui oublient ou ont la flemme d’arrêter les abonnements n’existaient pas.
Des méthodes pour se désabonner plus vite
Dans leur étude, les économistes constatent « que les mois qui suivent le remplacement d’une de crédit sont associés à de plus grands taux de résiliation pour les dix abonnements étudiés ». Il suffirait donc de rappeler aux utilisateurs qu’ils ont un abonnement « dormant » pour qu’ils fassent le nécessaire.
Ainsi, les utilisateurs inattentifs pourraient avoir à confirmer tous les six mois qu’ils utilisent toujours le service. S’ils ne répondent pas, l’abonnement est automatiquement résilié. Une telle mesure diviserait par deux l’impact de l’inattention sur les revenus des vendeurs, analysent les économistes. Pour ce qui est des services numériques, une analyse de l’activité des comptes pourrait aussi être une solution.
Enfin, les économistes envisagent une solution plus radicale, que l’on estime compliquée à mettre en place : résilier par défaut un abonnement au bout d’un mois sans décision active de continuer. Cette méthode extrême va à l’encontre du principe de l’abonnement qui vise avant tout à libérer l’esprit des souscripteurs.
Si ce problème peut prêter à sourire, l’inattention et la procrastination vis-à-vis des formules par abonnement sont des sujets pris au sérieux par les autorités. Pour preuve, la Federal Trade Commission (FTC), autorité américaine, a attaqué Amazon en justice estimant que l’entreprise avait « sciemment dupé des millions de consommateurs en les enrôlant sans qu’ils ne le sachent dans Amazon Prime ». La FTC accuse aussi Amazon de rendre la résiliation compliquée.
En France, le gouvernement a lancé cette année la résiliation en trois clics pour certains services (EDF, opérateur etc.). Mais cette mesure ne concerne que quelques abonnements. Pour les autres, il faut continuer à mettre les mains dans le cambouis.
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