C’est une page qui se tourne dans le monde du luxe. LVMH avait acquis la marque du créateur new-yorkais Marc Jacobs en 1997, soit treize ans après sa fondation avec son partenaire Robert Duffy. Un rachat stratégique, à l’époque, qui avait aussi permis à Bernard Arnault de recruter Marc Jacobs pour diriger les collections femme de Louis Vuitton (poste qu’il occupera jusqu’en 2014, et qui transformera LV en référence mondiale de la mode).
Pendant trois décennies, la relation entre la marque et le public a pourtant toujours été compliquée à définir. Marc Jacobs n’a jamais été un Dior ou un Vuitton. La marque était trop accessible pour l’ultra-premium, trop haut de gamme pour le marché de masse. Le groupe avait déjà tenté de trouver un repreneur du côté d’Authentic Brands Group il y a un an, pour un montant similaire d’environ un milliard de dollars, sans succès. C’est finalement WHP Global qui rafle la mise.
Les 4 produits stars de Marc Jacobs
Le sac “The Tote Bag”
C’est le raz-de-marée de ces dernières années. Lancé en 2019, ce cabas ultra-simple en toile (désormais décliné en cuir, fausse fourrure, mesh ou jacquard) affiche fièrement son nom en grosses lettres : « THE TOTE BAG ». Son esthétique minimaliste, son côté ultra pratique et son prix beaucoup plus abordable (à partir de 275 euros) que les sacs de luxe traditionnels en ont fait le sac à main le plus visible dans les rues du monde entier et sur TikTok.
Le sac “The Snapshot”
Avant le Tote Bag, Marc Jacobs s’était illustré avec le Snapshot. Ce petit sac caméra (appareil-photo) rigide et rectangulaire est devenu un classique dès sa sortie en 2016. Ses signes distinctifs : le double « J » métallique entrelacé à l’avant, ses blocs de couleurs contrastées (color-blocking) et surtout sa large bandoulière en toile style guitare, amovible et interchangeable. Il reste un best-seller absolu pour son look sportswear-chic.
Le parfum “Daisy”
Lancé en 2007, Daisy est l’un des parfums les plus vendus de l’histoire de la parfumerie moderne. Au-delà de sa fragrance fraîche et fruitée, c’est son flacon surmonté de grosses fleurs en silicone blanc et or qui a capturé le cœur du public. Il est devenu un objet de décoration à part entière sur les coiffeuses.
Les chaussures “Kiki Boots”
Pour les connaisseurs de la mode, les Kiki Boots (et les Mary Janes de la même ligne) sont un grand classique de Marc Jacobs. Issues de la ligne de prêt-à-porter de la marque, ces chaussures se reconnaissent à leurs plateformes massives et leurs multiples brides à boucles. Portées par des icônes comme Beyoncé, Kendall Jenner ou Dua Lipa, elles incarnent à la perfection l’esthétique gothique-grunge et théâtrale qui fait l’ADN de Marc Jacobs.
Un rachat complexe
L’opération n’est pas une simple vente. WHP Global acquiert la marque auprès de LVMH (qui en détenait 80 % du capital), puis crée immédiatement une coentreprise à 50/50 avec G-III Apparel Group, le holding américain propriétaire de DKNY, propriétaire, entre autres, de Donna Karan, Karl Lagerfeld ou encore Sonia Rykiel.
La répartition des rôles est la suivante : WHP Global gère le licensing (son cœur de métier), tandis que G-III prend en charge les opérations mondiales (retail et wholesale). G-III aurait injecté environ 500 millions de dollars dans l’opération, selon des documents réglementaires américains. Le montant global avoisinerait les 850 millions à 1 milliard de dollars.
Marc Jacobs lui-même conserve son titre de fondateur et directeur artistique. « Je reste engagé dans mon rôle de directeur créatif de Marc Jacobs International et j’attends avec impatience ce nouveau chapitre prometteur », a-t-il déclaré dans le communiqué de presse.
Qui est WHP Global ?
Fondé en 2019 par Yehuda Shmidman à New York, WHP Global est un cabinet de gestion de marques (brand management firm). Son modèle économique ne ressemble pas à celui d’une maison de luxe traditionnelle : WHP n’a pas vocation à créer ou produire, mais à acquérir des marques à fort capital symbolique, à les monétiser via des accords de licence, et à déléguer les opérations à des partenaires spécialisés.
Son portefeuille actuel réunit des noms comme Vera Wang (robes de mariée haut de gamme), Rag & Bone, G-Star Raw, Joe’s Jeans et Bonobos. Avec l’intégration de Marc Jacobs, le groupe dépasse les 9,5 milliards de dollars de ventes mondiales annuelles.
Ce modèle, parfois comparé à celui d’Authentic Brands Group (ABG), propriétaire de Reebok, soulève de vraies questions sur le devenir de la marque. Dans un système basé sur la licence, la créativité et l’image de marque peuvent rapidement passer au second plan face aux impératifs de rentabilité.
Ce que l’on pense de cet évènement
Bernard Arnault ne vend jamais. Ou presque. Cette cession est suffisamment rare pour mériter d’être soulignée. LVMH s’allège d’une marque qui ne correspondait plus à la trajectoire ultra-premium du groupe. Dans un contexte de ralentissement du luxe mondial, le géant français semble vouloir concentrer ses ressources et son énergie sur ses mastodontes (Vuitton, Dior, Tiffany) plutôt que sur des marques au positionnement intermédiaire.
Pour Bernard Arnault, le bilan reste néanmoins largement positif. Marc Jacobs lui aura permis de recruter l’un des créateurs les plus influents de sa génération et de repositionner Louis Vuitton comme une référence de la mode mondiale. La transaction devrait être finalisée avant la fin de l’année 2026, sous réserve des conditions de clôture habituelles.
- LVMH cède Marc Jacobs à WHP Global, un cabinet américain de gestion de marques.
- La transaction est évaluée à environ 850 millions à 1 milliard de dollars, mais le montant officiel reste confidentiel.
- Marc Jacobs, 63 ans, reste directeur artistique de sa propre marque.
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