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Guerre froide technologique : l’audacieuse stratégie de la Chine pour supplanter les États-Unis dans l’IA

Très discrètement, l’Empire du Milieu place ses pions pour gagner la bataille de l’IA à l’échelle mondiale.

Ce n’est plus un secret pour personne : l’intelligence artificielle (IA) revêt une importance capitale pour toutes les grandes puissances, et plus particulièrement pour les États-Unis et la Chine. Que ce soit pour dominer sur le plan technologique ou géopolitique, chacun décuple ses efforts pour remporter cette fameuse course. Et malgré les très nombreux obstacles lancés sur son parcours, l’Empire du Milieu progresse… Au grand dam du pays de l’Oncle Sam.

Une rivalité récente

Pourtant, la rivalité entre les deux pays en matière d’IA n’est pas si ancienne. Les écosystèmes de recherche entre la Chine et les États-Unis étaient même étroitement liés il y a quelques années. En 2018, par exemple, près de 30 % des financements du secteur IA chinois provenaient de fonds basés outre-Atlantique.

De même, de nombreux étudiants chinois fréquentaient les universités américaines et travaillaient dans la tech californienne, favorisant les échanges. Une coopération qui permettait aux États-Unis de garder une certaine influence sur les standards globaux. Mais tout a changé sous l’impulsion de Donald Trump, qui a lancé les hostilités commerciales contre la Chine.

Son successeur, Joe Biden, lui a emboîté le pas en introduisant de lourdes restrictions visant à empêcher l’Empire du Milieu d’accéder à des puces de pointe, essentielles pour entraîner et faire tourner les modèles d’intelligence artificielle. Depuis, le pays n’a même plus accès aux machines permettant de fabriquer les semi-conducteurs les plus avancés, et le second mandat de Trump se poursuit dans la même veine, avec des limitations toujours plus strictes.

L’argument de Washington est clair : éviter que Pékin ne renforce ses capacités militaires grâce à l’IA. En freinant l’essor technologique de la Chine, la première puissance entend conserver un avantage stratégique notable.

Trump Revenge Tax
© Joshua Sukoff / Shutterstock.com

Bâtir une chaîne d’approvisionnement locale

C’était sans compter sur la détermination de Xi Jinping. Oui, les restrictions commerciales américaines ont durement affecté l’industrie chinoise, mais elles l’ont surtout poussée à décupler ses efforts pour bâtir sa propre chaîne d’approvisionnement. L’exemple le plus criant est celui de Huawei, l’entreprise ayant d’ores et déjà commencé à vendre des puces d’IA à ses homologues.

Si ses processeurs, réalisés en collaboration avec le champion local SMIC, accusent un lourd retard technologique sur les GPU de pointe de NVIDIA, la rapidité avec laquelle elle a progressé soulève de sérieuses questions de l’autre côté de l’Atlantique. Car des entités chinoises en mesure de confectionner leurs propres puces de pointe, sans s’appuyer sur la technologie américaine, serait tout bonnement dramatique d’un point de vue stratégique.

Et ce n’est pas tout : les nouvelles réglementations américaines font aussi très mal aux acteurs locaux, à l’instar de NVIDIA. Le marché chinois étant colossal, l’impossibilité d’y commercialiser des produits se répercute lourdement sur les profits d’une entreprise. Alors que la firme de Jensen Huang avait spécialement bridé un processeur pour être en mesure de le vendre en Chine, l’administration Trump le lui a interdit. Résultat, le cabinet d’études Jefferies prévoit un manque à gagner de 10 milliards de dollars pour NVIDIA.

Nvidia Gb200 Grace Blackwell Superchip
Nvidia Gb200 Grace Blackwell Superchip © Nvidia

Les startups chinoises font trembler Washington

On assiste donc à une véritable course contre la montre du côté de la Chine, le pays pouvant s‘appuyer sur une immense main-d’œuvre qualifiée et déterminée. Si l’on entend surtout parler d’OpenAI, Google ou Anthropic, les entreprises chinoises sont elles aussi sur le qui-vive, et développent des modèles toujours plus performants. C’est le cas des géants Alibaba, ByteDance ou Baidu, mais aussi de startups prêtes à redistribuer les cartes.

En janvier dernier, DeepSeek a secoué l’industrie américaine avec un modèle capable de raisonner, aussi performant que ceux d’OpenAI, mais entraîné, selon les dires de la jeune pousse, sur des puces bridées. L’impact fut mondial, démontrant qu’accéder à des technologies de pointe ne requérait pas forcément des dépenses astronomiques.

Plus récemment, c’est l’un des « tigres de l’IA », six startups chinoises ultra prometteuses, qui a fait trembler les États-Unis. Zhipu AI connaît une percée fulgurante, et aide plusieurs pays d’Asie du Sud-Est, du Moyen-Orient et d’Afrique à bâtir leur infrastructure en intelligence artificielle.

La situation est telle qu’OpenAI s’en est inquiétée dans un billet de blog. Selon l’entreprise américaine, son objectif est évident : imposer les standards chinois dans les marchés émergents avant que les États-Unis ou l’Europe ne puissent le faire. D’ailleurs, la direction de la startup entretiendrait des liens étroits avec le Parti communiste chinois.

Deepseek Startup
© Stock all / Shutterstock.com

Le choix de l’open source porte ses fruits

Et c’est sur ce point que les États-Unis ont du mouron à se faire. Tandis que Washington concentre ses efforts sur l’IA de pointe, à la poursuite d’une superintelligence encore hypothétique, la Chine, elle, mise sur des applications concrètes, immédiatement exploitables.

Dans cette optique, elle gagne rapidement des parts de marché et séduit des États et entreprises qui cherchent des solutions efficaces, accessibles et peu coûteuses. Cette dynamique est renforcée par le choix stratégique de l’open source.

Contrairement aux modèles propriétaires d’OpenAI ou d’Anthropic, les IA made in China peuvent être librement adaptées, leur octroyant un avantage décisif dans les pays où la souveraineté des données est primordiale. De quoi mettre la pression sur les acteurs américains, contraints de justifier leurs tarifs élevés et la fermeture de leur écosystème.

En coulisses, la Chine avance vite, avec pragmatisme. Et si les États-Unis conservent une avance scientifique, le véritable enjeu se joue désormais ailleurs, dans la capacité à diffuser massivement ses technologies. Interrogé par le Sénat américain il y a peu, Brad Smith, le président de Microsoft, résumait parfaitement la situation :

« Le facteur n° 1 qui déterminera si les États-Unis ou la Chine gagnent cette course est la technologie qui sera la plus largement adoptée dans le reste du monde. Celui qui y parviendra le premier sera difficile à supplanter ».

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