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Jane Goodall s’est éteinte : pourquoi sa vie est une leçon pour l’humanité entière

Décédée à 91 ans, l’éthologue britannique a changé notre regard sur les animaux, et dédié sa vie à la préservation du vivant.

Jane Goodall s’est éteinte ce 1er octobre à l’âge de 91 ans. Figure incontournable de l’éthologie et de l’anthropologie, elle a bouleversé notre regard sur les animaux en révélant l’intelligence et la sensibilité des chimpanzés. Infatigable défenseure de la planète, elle a inspiré des générations de chercheurs, de militants et de citoyens à repenser notre rapport au vivant.

Une méthode révolutionnaire

Jane Goodall ne suit pas d’études universitaires classiques. Elle quitte le lycée en 1952 sans avoir les moyens financiers de poursuivre, puis réalise une formation de secrétaire. C’est lors d’un voyage au Kenya en 1956, invitée par une amie, qu’elle rencontre l’anthropologue Louis Leakey, qui l’encourage à devenir son assistante et à mener des recherches sur les chimpanzés en Tanzanie.

En 1960, Jane Goodall, 26 ans, pose donc le pied dans le parc de Gombe pour les observer dans leur milieu naturel. Ce qui devait être une mission limitée s’est transformé en plus de soixante ans d’étude, la plus longue jamais menée sur des chimpanzés sauvages.

Sa méthode tranche avec les codes de l’époque : pas de protocoles rigides, mais une immersion patiente et respectueuse, des heures entières à suivre les primates de près. Peu à peu, elle gagne leur confiance, apprend leurs gestes, leurs vocalises, et découvre qu’au-delà du groupe, chaque chimpanzé possède une personnalité unique. Une révolution scientifique et humaine venant d’une femme au parcours peu commun.

Des découvertes scientifiques majeures

Ses années d’observation lui ont permis de reconstituer la trame d’une véritable société, avec ses liens mère-enfant, ses conflits, ses coopérations, ses émotions et même ses formes de culture, les individus pouvant tisser des liens extrêmement profonds entre eux.

L’approche de Jane Goodall est devenue un modèle en primatologie : en donnant des noms plutôt que des numéros à ses sujets, puis en privilégiant l’observation patiente, elle a ouvert la voie à une science plus empathique et respectueuse, qui reconnaît la richesse et la singularité de chaque être vivant.

Elle a notamment découvert que les chimpanzés utilisent des brindilles pour extraire des termites, ébranlant les certitudes des scientifiques qui étaient jusqu’alors persuadés que les outils étaient l’apanage des humains. De quoi forcer les chercheurs à redéfinir la frontière entre l’Homme et l’animal. C’est également elle qui a constaté pour la première fois que les chimpanzés sont omnivores.

Chimpanze Bebe
© jindrich_pavelka / Shutterstock.com

Un engagement sans faille

Au-delà la science, Jane Goodall a déployé son énergie au service d’un autre combat : la protection de la nature. Dès 1977, elle crée le Jane Goodall Institute, aujourd’hui présent dans plus de 30 pays. L’organisation mène des actions de reforestation, d’éducation et de conservation éthique, tout en s’appuyant sur un principe clé : donner aux populations locales, en particulier aux femmes et aux jeunes, les moyens d’agir elles-mêmes pour leur environnement.

Car contrairement aux approches descendantes, souvent imposées de l’extérieur, Goodall a toujours privilégié les solutions portées par les communautés et les savoirs indigènes. Une vision globale qui intègre biodiversité, climat et justice sociale.

En parallèle, elle fonde le programme Roots & Shoots, aujourd’hui actif dans près de 100 pays. Ce mouvement de jeunesse incite les nouvelles générations à mener des projets concrets pour protéger la nature, les animaux et leurs propres communautés. Elle le rappelait inlassablement : « Chaque individu compte. Chaque individu a un rôle à jouer. Chaque individu peut faire la différence ».

Son militantisme n’avait pas de frontières. La primatologue a dénoncé les expérimentations animales, plaidé pour un traitement plus humain dans l’élevage industriel et soutenu des campagnes mondiales pour limiter la déforestation. Autour de Gombe, elle a par exemple impulsé des programmes de reboisement afin de préserver l’habitat des chimpanzés. « Si nous détruisons le monde sauvage, alors nous détruisons une part de notre âme », estimait-elle.

Plébiscitée dans le monde entier

Tout au long de sa vie, Jane Goodall a été célébrée bien au-delà du cercle scientifique pour son action en faveur de la planète. Ses récompenses, innombrables, témoignent de l’empreinte qu’elle a laissée. La plus récente est sans doute la plus symbolique : en 2025, elle a reçu la Presidential Medal of Freedom, la plus haute distinction civile américaine, saluant à la fois ses découvertes scientifiques et ses décennies de militantisme environnemental.

Bien avant cela, en 2003, elle avait été nommée Dame Commander of the Order of the British Empire pour son engagement envers la protection du vivant, un honneur officialisé lors d’une cérémonie à Buckingham Palace l’année suivante.

Une reconnaissance qui s’étend sur plusieurs continents. En 1990, elle reçoit le Prix de Kyoto, l’une des distinctions les plus prestigieuses en sciences biologiques. En 2021, le prix Templeton vient souligner l’alliance unique entre sa vision spirituelle et son approche scientifique de la conservation. Le grand public, lui aussi, l’a consacrée : Time Magazine la désigne parmi les 100 personnalités les plus influentes en 2018, et elle se voit remettre en 2022 la médaille Stephen Hawking pour la communication scientifique. À cette liste s’ajoutent de multiples prix de paix et de protection de l’environnement.

Jane Goodall
© vitrolphoto / Shutterstock.com

Une inspiration pour des générations

Jane Goodall laisse un héritage profondément universel. Son travail a façonné des générations entières de chercheurs, de militants et de citoyens qui poursuivent aujourd’hui son œuvre à travers des projets de conservation et d’éducation partout sur la planète.

Plus qu’une pionnière, elle fut une messagère d’espoir, rappelant inlassablement notre responsabilité collective envers les espèces avec qui nous partageons la planète. Comme elle le résumait avec simplicité et force : « Le moins que je puisse faire est de prendre la parole pour ceux qui ne peuvent pas parler pour eux-mêmes ».

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