C’est un revers majeur pour Merck, géant pharmaceutique américain. Aux Pays-Bas, une cour spécialisée dans le droit des brevets vient d’ordonner au groupe de stopper immédiatement la fabrication, la vente et le stockage de la version sous-cutanée de son médicament vedette contre le cancer, le Keytruda.
Une injonction qui s’applique de plein droit dans huit marchés européens : la France, la Belgique, les Pays-Bas, l’Irlande, l’Italie, la Suède, le Danemark et la Suisse. En cause, une plainte de la société américaine de biotechnologie Halozyme Therapeutics. Elle accuse Merck d’avoir enfreint l’un de ses brevets sur la technologie MDASE.
Ce procédé permet d’injecter rapidement sous la peau, via une simple piqûre, des volumes importants de traitement. D’ailleurs, Halozyme avait déjà obtenu une injonction préliminaire l’an dernier en Allemagne, ce qui a bloqué le lancement commercial de cette nouvelle formule dans le pays.
C’est quoi, le Keytruda ?
Le Keytruda, issu de la molécule pembrolizumab, est une immunothérapie. Contrairement à une chimiothérapie classique qui attaque directement les cellules tumorales, elle aide le système immunitaire du patient à se défendre.
Le médicament neutralise le camouflage utilisé par certaines cellules cancéreuses pour se cacher de l’organisme, permettant ainsi aux défenses naturelles du corps de les repérer et de les détruire.
Il est aujourd’hui prescrit pour traiter plus d’une dizaine de types de cancers, à des stades précoces ou avancés, notamment le cancer du poumon, le mélanome, ainsi que les cancers du sein, de la vessie, du rein, du col de l’utérus ou encore de la tête et du cou.
Un enjeu financier colossal
C’est une catastrophe pour Merck. Car à la fin de la décennie, les brevets protégeant la formule intraveineuse originale du Keytruda vont commencer à expirer. La molécule, devenue le traitement contre le cancer le plus vendu au monde, sera alors exposée à la concurrence de copies nettement moins chères.
Dans cette optique, le géant comptait basculer une large part des patients vers la version sous-cutanée, protégée par de nouveaux brevets plus récents. L’enjeu est immense : elle a déjà généré 463 millions de dollars de ventes sur un seul trimestre aux États-Unis. Merck entend en faire un marché à plusieurs milliards.

Quel impact sur les patients ?
Jusqu’ici, recevoir du Keytruda imposait une séance de perfusion d’environ 30 minutes à l’hôpital. La nouvelle formule sous-cutanée, baptisée Qlex, s’administre très rapidement via une simple injection sous la peau. Cette décision ne prive donc pas les malades de leur traitement, puisque la version originale reste autorisée et accessible, mais elle met en pause une avancée majeure pour le parcours de soins.
Elle affecte également les services d’oncologie, puisque cette version devait permettre de désengorger les hôpitaux de jour, libérer des fauteuils de perfusion et alléger la charge du personnel soignant.
De son côté, Merck conteste le jugement, et affirme que le brevet d’Halozyme est invalide à l’échelle mondiale. Le géant prépare des recours, mais il faut s’attendre à une longue bataille juridique.
- La justice néerlandaise interdit à Merck de vendre la nouvelle version sous-cutanée de son médicament contre le cancer, le Keytruda.
- 8 pays européens, dont la France, sont concernés.
- Ce blocage perturbe la stratégie de Merck visant à sécuriser ses revenus avant l’arrivée prochaine de copies génériques moins chères de sa formule originale.
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