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Le trajet le plus inutile de l’année ? Ryanair réussit l’exploit de faire voler ses passagers pendant huit heures avant de les ramener à leur aéroport de départ

Après avoir traversé trois pays différents et dérouté deux fois, un avion opéré par la compagnie Ryanair est revenu sur le tarmac duquel il avait décollé. La première croisière low-cost aérienne de l’histoire ?

Le vol FR2954 de Ryanair devait joindre l’aéroport d’Alicante-Elche (Espagne) à celui de Newquay Cornouailles (Royaume-Uni) le samedi 24 octobre : un trajet de 1 400 km qui s’effectue, en temps normal, en 2 h 25. Le Boeing 737-800 (même famille que le 737 MAX, mais de génération précédente) a décollé à 17 h 25 et devait donc atterrir à Newquay à 18 h 50, heure locale. Sauf qu’à ce moment-là, le sud-ouest de l’Angleterre essuyait encore les restes de la tempête Austen, qui a également touché le nord-ouest de la France.

La veille encore, les côtes du Devon et de Cornouailles subissaient encore les assauts de violentes rafales dépassant les 110 km/h et l’avion a été obligé de décoller avec une grosse heure de retard, à 18 h 36, avant de se retrouver au-dessus de Newquay sans pouvoir s’y poser. L’équipage a temporisé à 7 600 mètres d’altitude, puis a pris la décision de le dérouter vers l’aéroport de Dublin, où il s’est posé à 20 h 43. Malheureusement, les passagers n’étaient pas au bout de leur peine, car la compagnie irlandaise n’a finalement jamais réussi à les emmener à leur destination d’origine.

Vol au-dessus d’un nid de pigeons : une farce signée Ryanair

Une fois à l’aéroport de Dublin, Ryanair a échafaudé un plan B : envoyer l’appareil se poser à l’aéroport de Bristol, situé à 190 kilomètres de Newquay, puis acheminer les passagers par autocar. L’avion a donc décollé de nouveau à 22 h 34, après près de deux heures d’attente poussive, et 25 minutes plus tard, s’est trouvé en approche de Bristol… où il n’a pas pu se poser car les conditions météorologiques se sont avérées aussi impraticables qu’à Newquay.

Ryanair a, en conséquence, choisi de le dérouter une deuxième fois pour le faire revenir… à Alicante, le point de départ du vol. L’appareil s’y est posé à 2 h 12 du matin, bouclant un périple de plus de huit heures.

Un choix qui peut paraître complètement aberrant, mais qui s’explique par une contrainte réglementaire, un petit détail que les passagers ne pouvaient pas deviner : leur avion n’était pas, techniquement, un avion Ryanair. Le 737-800 immatriculé 9H-QDK est exploité par Malta Air, filiale maltaise de l’entreprise, qui dispose de son propre certificat de transporteur aérien (AOC), totalement distinct de celui de sa maison mère.

Le « 9H » de l’immatriculation du 737-800 est le préfixe maltais, qui signifie que seuls les équipages certifiés sous licence de Malta Air ont le droit de poser les mains sur les commandes de cet appareil. À Dublin, siège historique de Ryanair et plus grand hub du groupe en Europe, les équipages présents sont certifiés sous licence irlandaise. Un commandant de bord basé à Dublin n’a donc pas le droit de faire voler un appareil immatriculé 9H, quand bien même il serait qualifié sur le même type d’aéronef.

Si Ryanair avait laissé son avion à Dublin, elle l’aurait donc immobilisé jusqu’à ce qu’un équipage maltais fasse le déplacement, ce qui aurait fait sauter plusieurs rotations au départ d’Alicante le dimanche. Une pirouette logistique qu’elle ne peut absolument pas se permettre en ce moment, les compagnies low cost subissant de plein fouet la hausse du prix du kérosène. La seule manière de remettre l’appareil en service dès le dimanche matin, c’était de le renvoyer à sa base dans la nuit, à Alicante, sa base, quitte à faire traverser trois pays à ses 189 passagers qui souhaitaient simplement se rendre à Newquay.

Ils auraient sans doute préféré, à n’en pas douter, dormir à Dublin, pour ensuite rejoindre Newquay le 25 octobre, mais le confort des passagers n’a jamais été au sommet des priorités de Ryanair. Le pire, c’est qu’ils pourront toujours courir pour être indemnisés suite à ce stupide aller-retour. En effet, le règlement européen exonère la compagnie de toute compensation au-delà de la prise en charge des frais d’hébergement, car la situation, si ubuesque soit-elle, relèvait de la météo. Des « circonstances extraordinaires », donc : un ultime bras d’honneur aux pauvres passagers du vol FR2954, qui n’oublieront pas de sitôt ce grotesque périple.

  • Un vol Ryanair a fait un trajet de huit heures sans atteindre sa destination, revenant à son point de départ après des déroutements.
  • Les passagers ont été redirigés vers Dublin puis vers Bristol, mais l’atterrissage a échoué à cause des conditions météorologiques.
  • Ryanair a évité une immobilisation de l’avion en le renvoyant à Alicante, sans compensation pour les passagers en raison de la météo.

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