Passer au contenu

Malgré une conduite plus prudente, les voitures électriques seraient plus souvent responsables d’accidents

Une étude récente bouscule nos idées reçues sur la sécurité des véhicules électriques. Conduite plus douce, mais risques accrus : le paradoxe qui interpelle conducteurs et assureurs.

Les véhicules électriques gagnent du terrain sur nos routes, portés par la vague verte et les incitations gouvernementales. Pourtant, une nouvelle étude menée par des chercheurs des universités de Limerick et de Barcelone jette un pavé dans la mare.

Leur constat ? Les conducteurs de VE adoptent certes un style de conduite plus doux, mais se retrouvent plus souvent impliqués dans des accidents dont ils sont responsables. Un paradoxe qui soulève de nombreuses questions sur la sécurité routière à l’ère de l’électromobilité.

Une conduite en apparence plus sûre

Test Mini SE voiture électrique
© Robin Sabbadini pour Presse-citron

L’étude s’appuie sur des données télémétriques collectées auprès de 14 642 véhicules aux Pays-Bas, dont 830 électriques et 1 344 hybrides. Les chercheurs ont analysé les comportements de conduite et les sinistres survenus entre janvier 2022 et octobre 2022.

Premier constat : les conducteurs de VE se montrent globalement plus prudents que leurs homologues en véhicules thermiques. Ils enregistrent moins d’événements de conduite brusque, comme des accélérations soudaines, des freinages appuyés ou des virages serrés. Les VE affichent également la plus faible valeur médiane pour les excès de vitesse.

Cette tendance s’explique en partie par les spécificités techniques des VE. Le freinage régénératif, qui permet de récupérer de l’énergie à chaque décélération, incite naturellement à une conduite plus souple. De plus, l’autonomie limitée des batteries pousse souvent les conducteurs à adopter une conduite plus économe.

Plus d’accidents malgré tout

Pourtant, ces comportements apparemment plus sûrs ne se traduisent pas par une baisse des accidents. Au contraire, l’étude révèle que les VE sont impliqués dans 3,2 % de sinistres responsables de plus que les véhicules thermiques. Les véhicules hybrides font encore moins bonne figure, avec 5,8 % de sinistres responsables supplémentaires.

Ce résultat surprenant persiste même après prise en compte du kilométrage parcouru. En effet, les VE et les hybrides affichent en moyenne des distances annuelles inférieures à celles des véhicules thermiques. Logiquement, cette moindre exposition au risque devrait se traduire par moins d’accidents. Or, c’est l’inverse qui se produit.

Pour confirmer ces observations, les chercheurs ont utilisé un modèle statistique de régression logistique. Celui-ci démontre que les VE ont une probabilité significativement plus élevée d’être impliqués dans un accident responsable que les véhicules thermiques. En revanche, les hybrides ne présentent pas de différence significative sur ce point.

Les causes possibles de cette suraccidentalité

Comment expliquer ce paradoxe ? Plusieurs hypothèses sont avancées par les chercheurs. La nouveauté du véhicule pourrait jouer un rôle, les conducteurs devant s’adapter à un comportement routier différent, notamment en termes d’accélération et de freinage. Le silence des VE les rendrait moins détectables par les autres usagers de la route, en particulier les piétons et les cyclistes.

La distraction technologique liée aux interfaces numériques sophistiquées équipant souvent les VE pourrait aussi être en cause. Certains évoquent également un phénomène d’excès de confiance, le sentiment de conduire un véhicule plus sûr et plus écologique incitant à prendre davantage de risques. Enfin, un effet rebond pourrait se produire : la conduite plus douce au quotidien réduirait paradoxalement la vigilance face aux situations imprévues.

Des conséquences financières non négligeables

Au-delà de la fréquence accrue des accidents, l’étude met en lumière un autre aspect préoccupant étant le coût des sinistres. Les VE et les hybrides entraînent des frais de réparation plus élevés que les véhicules thermiques en cas d’accident.

Citroën ë-C3
La batterie d’une Citroën ë-C3 © Citroën

Ainsi, 34,7 % des VE et 34,45 % des hybrides impliqués dans un accident responsable génèrent des dommages propres supérieurs à 1 000 euros. Ce taux n’est que de 28 % pour les véhicules thermiques. L’écart se creuse encore pour les sinistres les plus graves : 2,75 % des VE et 2,26 % des hybrides occasionnent des dommages dépassant 5 000 euros, contre seulement 1,59 % des véhicules thermiques.

Ces surcoûts s’expliquent notamment par la complexité technologique des VE et le prix élevé de certains composants, à commencer par les batteries. Une réalité qui n’échappe pas aux assureurs et pourrait se répercuter sur les primes d’assurance à l’avenir.

Quelles implications pour l’avenir de la mobilité électrique ?

Ces résultats ne remettent pas en cause les avantages environnementaux des VE, mais ils soulèvent des questions importantes pour l’avenir de la mobilité électrique. La formation des conducteurs devra sans doute être repensée pour les sensibiliser aux particularités de ces véhicules.

Les constructeurs seront probablement amenés à développer des systèmes d’aide à la conduite spécifiquement adaptés aux VE pour compenser leurs risques accrus. Du côté de la réglementation, les pouvoirs publics pourraient revoir certaines normes de sécurité, notamment en matière de signalisation sonore. Enfin, les compagnies d’assurance vont assurément intégrer ces nouvelles données dans leurs modèles de tarification.

L’étude appelle à une prise de conscience collective. Si la transition vers l’électromobilité semble inéluctable, elle doit s’accompagner d’une réflexion approfondie sur la sécurité routière.

  • Les conducteurs de véhicules électriques adoptent un style de conduite plus doux, avec moins d’accélérations brusques et d’excès de vitesse
  • Malgré cela, les véhicules électriques sont impliqués dans 3,2 % de sinistres responsables de plus que les véhicules thermiques
  • Les accidents impliquant des véhicules électriques entraînent des coûts de réparation plus élevés, ce qui pourrait impacter les primes d’assurance à l’avenir

📍 Pour ne manquer aucune actualité de Presse-citron, suivez-nous sur Google Actualités et WhatsApp.

Newsletter 🍋

Abonnez-vous, et recevez chaque matin un résumé de l’actu tech

6 commentaires
6 commentaires
  1. Curieux que des conducteurs roulant moins vite et plus prudemment soient plus impliqués dans des accidents.
    Pour le coût de réparation il me paraît logique que des véhicules généralement récents à 95% aient des éléments plus chers vu les technologies nouvelles que l’on retrouvera progressivement sur tous les véhicules. Il serait intéressant de comparer des véhicules de même âge. On fait dire ce qu’on veut aux statistiques.

  2. Ou comment nous mettre dans la tête que nos assurances vont augmenter ! Espérons qu’elles s’appliqueront essentiellement aux propriétaires de VE puisque ces derniers nous expliquent à longueur d’année que rouler en VE est plus économique. En attendant le retour du thermique à travers les véhicules à hydrogène.

  3. J’ai surtout vu un sentiment de supériorité par les conducteur de VE, leur donnant l’impression qu’ils sont plus souvent prioritaire et ont moins besoin de respecter les autres.

    1. Curieux ça. J’ai toujours essayé d’être respectueux des autres et je n’ai pas l’impression d’avoir changé de comportement depuis que j’ai un VE il y a un an.
      Mais bon, comme si cela ne suffisait pas de dénigrer sans cesse ce type de voiture, il semble que la mode soit maintenant de s’en prendre à leurs conducteur.
      Mon ressenti personnel (je roule depuis 40 ans), le comportement que vous signalez est plutôt le propre de gens qui roulent en petites voitures de certaines marques ou modèles de voitures (mentions spéciales : Peugeot 208 ou 308, VW Golf, petites Audi ou BMW …), avec des conducteurs souvent plutôt jeunes et parfois même avec un joli A juste pour la déco.

  4. Dommage que l’on ne puisse pas avoir une statistique par modèle.
    Réparation plus chère, oui, mais petit à petit cela rentrera dans l’ordre.
    ” modèle statistique de régression logistique” C’est quoi ?
    Implication piétons, silence en cause, mais responsable, c’est donc sur un passage clouté, donc silence pas en cause !
    Cette étude a bien des zones d’ombre que vous auriez dû souligner.

  5. Bon, je trouve quand même cette étude vraiment bizarre.
    Pour l’aspect silence, il peut effectivement y avoir une cause potentielle.
    Au ralenti les VE émettent un petit son pour se faire remarquer, (d’une maniere générale moins sonore qu’un moteur thermique) mais il y a de plus de gens avec un casque ou des écouteurs à pied ou en vélo. Alors peut être…
    Mais pour le reste, j’ai plutôt l’impression que l’aspect freinage régénératif pousse à mieux anticiper les choses.
    Et cela m’amuse toujours quand à un feu rouge, certains se mettent dans la file à côté de moi pour appuyer à fond sur l’accélérateur quand je feu passe au vert. Je les entends presque penser . ..Tu as vu comme je te laisse sûr place, imbécile en VE ?
    Bref … c’est sûr, les conducteurs de VE ont forcément tous les torts et conduisent de manière irresponsable.

Les commentaires sont fermés.