L’hôpital Alexandra Lepève, à Dunkerque, a fait le choix de l’innovation pour épauler ses équipes médicales. Après une phase pilote de trois mois et plus de 1 000 comptes rendus rédigés, l’établissement a intégré de manière pérenne l’assistant médical de la startup suédoise Tandem Health au sein de ses services. L’objectif affiché est double : libérer du temps médical et améliorer les conditions de travail des 224 professionnels de santé de l’établissement.
La technologie agit comme un scribe ambiant. L’outil écoute les échanges de la consultation en temps réel grâce à un micro, les transcrit, puis supprime l’audio au fil de l’eau pour garantir la confidentialité. Il structure ensuite la matière brute pour générer automatiquement un compte rendu médical. Résultat pour les praticiens : il ne faut en moyenne qu’« 1 minute 34 de relecture, en moyenne, pour avoir le compte rendu totalement validé », souligne Samy Bayod, directeur de l’hôpital, dans un entretien accordé à Presse-citron.
Au-delà du gain de temps, c’est la qualité de vie au travail et la relation humaine qui se trouvent transformées. Le médecin n’a plus besoin de taper frénétiquement sur son clavier ou de se replonger dans ses notes des jours plus tard. « L’écran est mis de côté, on est plus focus avec le patient », observe le praticien.
L’outil trouve aussi d’autres applications sur le terrain. Aux urgences, par exemple, il est utilisé pour consigner l’ensemble des échanges entre le médecin, l’infirmière ou le radiologue et alimenter directement le dossier patient informatisé (DPI). Une bouffée d’oxygène pour des équipes sous tension.

Des protocoles stricts
L’outil s’appuie principalement sur des modèles de pointe pour la transcription audio et le traitement du langage, combinant des solutions comme ElevenLabs et OpenAI. Mais ce qui distingue fondamentalement Tandem Health sur le marché, c’est son niveau de validation réglementaire. Comme le rappelle Félix Motosso, directeur général France de l’entreprise, « ce sont des dispositifs médicaux de classe 2A », inédit en Europe pour ce type de produit.
L’entreprise promet , en outre, une technologie moins encline aux hallucinations que les IA généralistes accessibles au grand public, qui peuvent parfois inventer des sources ou des faits. L’assistant médical est encadré par des protocoles stricts et surtout, entraîné à s’appuyer sur des bases de données existantes et à sourcer ses réponses.
Surtout, le médecin reste l’unique responsable du dossier. L’outil structure et synthétise, mais une relecture et une validation demeurent indispensables. D’autant que des erreurs peuvent aussi survenir lors des la rédaction de comptes rendus classiques, par exemple lorsque « la secrétaire ne comprend pas ou le médecin qui n’a pas le temps de relire », illustre Samy Bayod.

Les défis d’une adoption à grande échelle
Mais le déploiement de l’intelligence artificielle à l’hôpital ne va pas sans soulever de nouvelles questions. Par exemple, une nouvelle génération de soignants montre une sensibilité accrue aux enjeux environnementaux, et sont interpellés par l’impact énergétique souvent associé aux outils d’IA, explique Félix Motosso. Tandem Health, elle, rappelle que ces modèles ciblés et compressés sur des serveurs dédiés ne pèsent pas de la même manière qu’une IA générative grand public.
La question de la souveraineté numérique et de la confidentialité des données de santé constitue un autre impératif absolu. Aujourd’hui, les flux transitent par des infrastructures conformes aux réglementations et stockées sur des serveurs sécurisés pour les hébergeurs de données de santé (HDS) au sein de l’Union européenne.
En France, l’assistant médical de Tandem Health a été déployé dans une centaine d’établissements de santé, notamment des hôpitaux publics, des centres hospitaliers, ainsi que des structures du secteur privé et associatif comme les ESPIC. Et à l’échelle européenne, la solution équipe plus de 5 000 structures de soins, soit plusieurs dizaines de milliers d’utilisateurs.

L’hôpital à l’heure de l’IA
Tandem Health voit grand. Son ambition est désormais de bâtir « un véritable système d’exploitation clinique » capable d’interconnecter tous les outils de l’établissement, nous confie Félix Motosso. Son but : moderniser des systèmes de santé souvent engorgés par des infrastructures vieillissantes. Demain, une IA pourrait par exemple décrocher le téléphone 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 afin de répondre aux patients, interagir avec les agendas des praticiens pour la prise de rendez-vous, et même assurer des fonctions de pré-triage.
Si l’intelligence artificielle ne s’impose pas comme la solution miracle à tous les maux de la santé publique, Samy Bayod y voit surtout un formidable levier pour relancer une dynamique positive : « Cela redonne un peu de marge de manœuvre, et permet de réimpulser l’hôpital ».
- À l’hôpital de Dunkerque, l’intégration de l’assistant médical de Tandem Health permet de transcrire les consultations en temps réel et de générer automatiquement des comptes rendus validés en moins de deux minutes.
- Certifiée comme dispositif médical de classe 2A, la technologie a vocation à réduire la charge administrative et mentale des soignants.
- Au-delà de ce premier cas d’usage adopté par des centaines d’établissements, ces innovations ouvrent la voie à un véritable système d’exploitation clinique incluant l’accueil téléphonique.
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