On les appelle les PFAS (pour substances per- et polyfluoroalkylées) : une vaste famille de plus de 15 000 composés synthétiques caractérisés par leurs liaisons carbone-fluor, parmi les plus solides qui existent en chimie. Synthétisés pour la première fois dans les années 1940, ils sont devenus très rapidement précieux pour les industriels : leurs molécules sont tellement stables qu’ils ne se décomposent pas dans l’environnement et se retrouvent absolument partout.
Utilisés pour le conditionnement alimentaire, les revêtements antiadhésifs, les textiles imperméables, les mousses anti-incendie ou les cosmétiques, ils sont aujourd’hui un problème de santé publique gravissime. Les études les associent à des perturbations du développement in utero des nourrissons, à un vieillissement cellulaire accéléré, à des perturbations neurologiques ou à un risque accru de certains cancers. Depuis cette prise de conscience, qui a eu lieu lors de la décennie 2010, le tableau ne fait que s’aggraver, et nous commençons à peine à mesurer l’ampleur des dégâts. Selon une nouvelle recherche publiée dans la revue Journal of Occupational and Environmental Hygiene, conduite par les toxicologues du laboratoire américain NMS Labs, ils seraient présents dans 98,8 % des prélèvements sanguins étudiés pour l’occasion.
PFAS : le cadeau industriel empoisonné
Sur 10 566 échantillons sanguins analysés par les chercheurs, 10 439 contenaient suffisamment de PFAS pour qu’ils soient détectables. Un chiffre déjà terrifiant, mais il y a encore pire : dans la quasi-totalité des cas, les individus ont été testés positifs à un cocktail de plusieurs PFAS. À peine 0,18 % des échantillons ne contenaient qu’une seule molécule de PFAS ; chez les autres, les chercheurs ont détecté des mélanges de cinq substances ou plus.
Même s’ils sont regroupés en une grande famille, les PFAS sont des molécules très différentes et ne s’accumulent pas pareil dans l’organisme. Certains ont une demi-vie (temps nécessaire pour que la moitié de la quantité d’une substance soit éliminée par l’organisme ou se dégrade naturellement) de quelques jours à peine, tandis que d’autres persistent dans nos organes pendant plus d’une décennie avant d’être évacués. Dans l’ensemble de la cohorte, 70 combinaisons uniques de molécules de PFAS ont été relevées.
Parmi les molécules les plus fréquemment retrouvées figure l’acide perfluorohexane sulfonique (PFHxS), présent dans 97,9 % des prélèvements. Utilisé notamment dans les textiles, les adhésifs et les revêtements de meubles, son interdiction de production et d’utilisation n’est entrée en vigueur qu’à la fin de l’année 2023, après que des études animales ont mis en évidence des effets sur le foie et le système immunitaire. En France, il a fallu attendre la loi du 27 février 2025 pour que des interdictions soient enfin inscrites dans le droit national.
C’est là que réside la difficulté centrale soulevée par l’étude : les seuils d’exposition dits tolérables ont été établis composé par composé, sans tenir compte du fait que dans la réalité, ces composés ne sont jamais assimilés seuls. Leurs effets peuvent se potentialiser et nous avons à peine effleuré la pointe de l’iceberg ; d’un point de vue toxicologie, nous n’avons en réalité aucune idée de la nature exacte des dizaines de milliers de combinaisons potentielles.
Les chercheurs du NMS Labs concluent en espérant que leurs résultats « guideront les futurs efforts d’évaluation des risques ». C’est malheureusement tout ce que la communauté scientifique peut aujourd’hui formuler sans outrepasser ses prérogatives : produire des données incontestables et rester mobilisée pour que les institutions régulatrices et autorités de santé ne cèdent pas face au secteur industriel, qui pratique un lobbying intensif pour continuer à synthétiser et vendre des PFAS. Nous pouvons citer, pêle-mêle, des entreprises comme 3M, Chemours, Arkema Solvay / Syensqo ou Daikin. Des firmes qui ont tout intérêt à ce que la réglementation encadrant les PFAS reste aussi lente que la justice, qui devra bien un jour les faire payer pour nous avoir empoisonnés.
- Les PFAS, substances synthétiques présentes dans 98,8 % des échantillons sanguins, posent un grave problème de santé publique.
- Ces composés, utilisés dans divers produits industriels, sont liés à des effets néfastes sur la santé, comme des cancers et des perturbations neurologiques.
- L’étude souligne l’absence de régulation adéquate face aux mélanges complexes de PFAS et le lobbying des entreprises pour maintenir leur production.
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