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Renseignement, largage de drones et de missiles… l’Airbus A400M va changer de visage et devenir un véritable prédateur

Développé pour transporter des troupes, l’A400M va bientôt sortir les griffes : commander, surveiller, brouiller et tuer. Trente ans après ses premières études de faisabilité, le mastodonte d’Airbus se mue en avion de combat.

L’A400M a eu une naissance un peu compliquée : commandé en 2001 par sept nations de l’OTAN, il n’a décollé pour la première fois qu’en 2009 depuis l’aéroport de Séville en Espagne. Sa toute première livraison a eu lieu en 2013, année où il est réellement rentré en service opérationnel. Ce fut l’armée de l’Air française qui eut l’honneur d’être la première à profiter de ce nouveau fleuron, avec 12 ans de retard sur son calendrier initial de développement. Les surcoûts (conception des moteurs et hélices notamment) qui l’ont plombé ont failli faire capoter le programme entier.

À l’époque, Airbus Defence and Space vendait l’A400M comme l’avion de transport militaire ultime : capable d’atterrir à peu près n’importe où, de larguer des parachutistes, il peut emporter jusqu’à 37 tonnes de fret et ravitailler d’autres aéronefs (le Rafale, l’Eurofighter Typhoon, ou le F/A18, entre autres). Un couteau-suisse de l’aéromobilité géant de 42,4 mètres d’envergure pour 45,1 de long, mais seulement pour le transport ; il trouvait ses limites à la frontière des théâtres d’opérations de haute intensité, n’étant pas conçu pour l’attaque au sol ou l’appui feu.

Airbus Defence and Space a décidé de faire évoluer son gros bébé en annonçant hier, le 16 juin 2026, la signature d’un nouveau contrat avec l’OCCAR (Organisation for Joint Armament Cooperation), la « centrale d’achat » européenne des technologies de défense. Les A400M français vont bénéficier de la plus grande mise à jour de la palette de leurs capacités, un renouveau matériel et logiciel réuni sous le sigle « Parallel Mission System » (PMS). Le constructeur veut que sa machine soit beaucoup plus polyvalente et qu’elle devienne le cerveau volant que les armées européennes n’ont jamais vraiment eu.

Airbus A400 M
Véritable pilier du transport militaire mondial avec 178 exemplaires commandés, l’A400M d’Airbus s’illustre ici sous la cocarde de la Turkish Air Force (TAF). © Ronnie Macdonald / CC BY 2.0

L’A400M : un transporteur qui a appris à mordre

Le PMS repose sur deux blocs indissociables : un système embarqué qui centralise les données, et des consoles tactiques en soute depuis lesquelles l’équipage peut superviser les capteurs de l’appareil et coordonner des missions en vol. Un espace de 340 m3, qui, jusqu’ici, servait à charger des blindés ou des palettes de munitions.

Depuis là, l’appareil sera ainsi en capacité de gérer des drones de combat et des missiles, de superviser son environnement via un capteur optronique (un système de caméras infrarouges et de vision nocturne permettant d’identifier des cibles au sol ou en vol) et de coordonner en temps réel des missions combinées avec des hélicoptères, des chasseurs et des unités au sol.

Il endosse par conséquent le rôle de plateforme aérienne de commandement : grâce à sa soute transformée en salle d’opérations, il pourra diriger des hélicoptères de combat au feu (comme l’Eurocopter EC665 Tigre), guider ceux assurant le transport (Caracal H225M) et coordonner des chasseurs dans le même espace aérien. Selon le vice-président exécutif d’Airbus Defence and Space, Jean-Brice Dumont, « grâce à cette évolution, l’armée de l’Air et de l’Espace française se dote d’un appareil capable de devenir un outil tactique de commandement et de contrôle (C2) aéroporté ».

En 2027, un premier A400M sera doté du kit PMS et les premiers essais en vol suivront en 2028, avant qu’une partie de la flotte française ne soit progressivement modernisée dans la foulée. Ce n’est que le premier palier de cette grosse cure de jouvence ; Airbus envisage déjà quatre évolutions supplémentaires : un système de brouillage longue portée pour aveugler les radars et communications adverses, un rehaussement de la capacité d’emport à 40 tonnes et qu’il puisse devenir un « avion-mère ». Cela lui permettra de larguer des drones et des missiles, une capacité qu’Airbus distingue du PMS sans encore en préciser les modalités techniques. La dernière est peut-être la moins attendue de toutes : engager l’appareil dans la lutte aérienne anti-incendies ; il pourra voler aux côtés des Canadair de De Havilland Canada et batailler sur le même front. Un spectre de missions considérablement élargi depuis son lancement en 2001 qui démontre que, malgré un accouchement aux forceps, la saga de ce colosse des airs n’est pas encore terminée.

  • L’A400M, initialement conçu pour le transport, évolue en avion de combat capable de commander et de coordonner des missions.
  • Une mise à jour prévue en 2027 transformera l’appareil en plateforme de commandement aérien avec gestion de drones et missiles.
  • Airbus prévoit plusieurs évolutions, incluant des capacités de brouillage radar et de lutte contre les incendies.

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