Aux États-Unis, la saison grippale démarre en octobre ou novembre et atteint son pic entre décembre ou février (histoire de bien gâcher les fêtes de fin d’années). Elle reflue ensuite au printemps, à la faveur de la hausse des températures, qui réduit drastiquement la viabilité du virus et sa transmission interhumaine. Chez nous, en France, le timing est quasiment le même, mais légèrement retardé : le seuil épidémique est le plus souvent franchi mi-décembre ou fin décembre, et le pic est atteint entre fin janvier et février (voire début mars selon les années). Dans les deux régions occidentales, le virus de la grippe respecte, bon an mal an, son rendez-vous hivernal.
Sauf que cette année, il semble avoir pris de l’avance outre-Atlantique, puisque les indicateurs de circulation grippale sont en hausse depuis le début du mois de septembre, soit environ un mois avant la normale. Pour couronner le tout, le sous-type dominant n’est pas celui de l’an dernier : c’est un variant du sous-type H1N1, porteur d’une mutation, scruté de près par les virologues, qui s’est imposé dans la quasi-totalité des cas identifiés aux États-Unis. Un sujet analysé par la revue Nature dans un article publié le 6 octobre, et détaillé le même jour par le correspondant santé de la radio publique américaine NPR, Rob Stein, dans un échange diffusé sur les antennes de la station WKYU (Western Kentucky University).
Grippe : des chiffres qui grimpent trop rapidement
Rob Stein s’est entretenu avec plusieurs épidémiologistes et virologues pour tenter d’en comprendre les raisons de cette arrivée précoce. Caitlin Rivers, épidémiologiste à l’Université Johns Hopkins de Baltimore (Maryland), confirmait dans cet échange qu’elle a relevé plusieurs signes convergents qui pourraient expliquer la dynamique de transmission de cette année. Les premiers ne trompent pas : la proportion de tests positifs à la grippe est en hausse depuis le début du mois de septembre, et le nombre de passages aux urgences liés au virus augmente lui aussi de semaine en semaine.
« Il y a suffisamment d’indicateurs qui pointent dans la même direction pour me convaincre que oui, la saison grippale a commencé », a-t-elle affirmé, non sans souligner que son caractère prématuré la dérangeait.
Hormis cette légère avance sur le calendrier habituel, Rivers a également remarqué que l’activité grippale semble avoir émergé depuis la côte Ouest des États-Unis, dans des États comme la Californie, Washington, Hawaï et l’Alaska. « Il est également peu courant de voir de nouvelles vagues de virus respiratoires démarrer par l’Ouest. Habituellement, cela commence par le Sud avant de s’étendre. Deux développements inhabituels, donc », résume l’épidémiologiste.
Scott Hensley, virologue à l’Université de Pennsylvanie à Philadelphie, a appuyé cette analyse dans les colonnes de Nature : si les cas continuaient d’augmenter au rythme actuel sur la côte Ouest, « ce serait une saison incroyablement précoce » pour les États-Unis.
Pour autant, aucun des experts interrogés ne cède à l’alarmisme. James Hay, épidémiologiste à l’Université d’Oxford, a tenu a souligner : « Un démarrage précoce ne signifie pas nécessairement une saison plus sévère. » De plus, les données dont disposent actuellement les scientifiques reposent encore sur un nombre relativement faible de tests positifs, loin des volumes que l’on observe en plein pic épidémique.

G155E : une mutation sous haute surveillance
Comme expliqué précédemment, le profil virologique cette saison concentre, lui aussi, l’attention des spécialistes. La grippe saisonnière est généralement provoquée par l’activité de trois virus différents de la même famille : deux sous-types de l’influenza A (H3N2 et H1N1) et l’influenza B. La saison passée, un nouveau variant du H3N2, baptisé sous-clade K, avait pris le dessus à l’échelle mondiale, porteur de nombreuses mutations qui facilitaient sa capacité à déjouer le système immunitaire. L’efficacité du vaccin 2025-2026 n’avait d’ailleurs atteint que 36,4 % en France, un résultat qualifié de « modéré » par Santé publique France, en partie à cause de la divergence antigénique de ce sous-clade par rapport à la souche vaccinale.
Cette année, le panorama viral n’est plus le même : selon les données du CDC (Centre de contrôle et de prévention des maladies américain) portant sur la dernière semaine de septembre, le H1N1 représentait 96 % des cas sous-typés, contre à peine 4 % pour le H3N2 ; l’influenza B n’a même pas été détecté. Et c’est au sein du sous-type H1N1 qu’une mutation particulière, désignée G155E, est désormais dans le collimateur des virologues.
Alex Greninger, virologue à l’Université de Washington à Seattle, l’a confirmé au micro de NPR : son laboratoire a détecté la mutation G155E dans 13 des 17 échantillons de H1N1 dont le séquençage était suffisamment complet pour caractériser leur génome.
Ces prélèvements ont été effectués dans des hôpitaux et cliniques de la région de Seattle au cours des derniers mois, où l’activité grippale atteint d’ores et déjà des niveaux comparables à ceux que la ville observe habituellement aux alentours de Noël. Raison pour laquelle Greninger invite les citoyens américains à aller se faire vacciner au plus vite. « Si vous n’êtes pas encore vacciné contre la grippe, c’est le moment d’y aller, parce que cette souche circule activement en ce moment », recommande-t-il.
La mutation G155E n’est pas inconnue des virologues, et plusieurs travaux lui avaient été consacrés. Dès 2019, une étude parue dans la revue Virology Journal avait déjà démontré qu’elle pouvait multiplier par treize la capacité de réplication du virus et réduire d’un facteur cent l’efficacité des anticorps dirigés contre lui.
Une prépublication parue en septembre 2026 sur la plateforme bioRxiv, signée par Jesse Bloom, virologue au Fred Hutchinson Cancer Center de Seattle, et ses collaborateurs, a confirmé l’étendue du problème à plus grande échelle. En testant les anticorps de 260 personnes contre 148 souches de grippe A circulant à la mi-2026, les chercheurs ont notamment observé que les souches porteuses de la mutation G155E étaient, dans certains cas, sensiblement moins bien reconnues par les défenses immunitaires.
Les adolescents et jeunes adultes sont les plus vulnérables face à ce variant, probablement parce que beaucoup d’entre eux n’ont jamais été exposés à des souches de H1N1 présentant des caractéristiques antigéniques similaires.
Inutile de chercher à prédire ce que la saison grippale 2026-2027 réserve à la France : les experts américains eux-mêmes ne s’y risquent pas pour leur propre pays, et ils disposent pourtant de données bien plus avancées que les nôtres à ce stade. Toutefois, on peut affirmer que tous les ingrédients pour qu’elle soit plus compliquée à gérer sont réunis. La mutation G155E, un démarrage précoce dans plusieurs pays de l’hémisphère Nord (le Japon et le Royaume-Uni sont également touchés), la couverture vaccinale toujours insuffisante dans l’Hexagone et les services publics hospitaliers qui encaissent de plein fouet les mesures d’austérité imposées par le gouvernement macroniste. Au moins, nous n’avons pas à nous coltiner un secrétaire à la Santé aussi stupide et incompétent que Robert F. Kennedy Jr., qui s’évertue à dissuader les Américains d’aller se faire vacciner. Rappelons que c’est notre premier rempart pour atténuer la circulation du virus, et que c’est d’abord la couverture vaccinale globale de la population qui déterminera la sévérité de la saison grippale, même si la mutation G155E risque d’influencer l’efficacité réelle de la protection.
- La saison de la grippe commence exceptionnellement tôt aux États-Unis, avec une augmentation des cas depuis septembre.
- Un variant du H1N1, portant la mutation G155E, est dominant et suscite des inquiétudes chez les virologues.
- Les experts recommandent la vaccination rapide malgré les incertitudes sur la sévérité de la saison grippale à venir.
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