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Sous pression, Temu doit revoir ses pratiques de vente douteuses

Pour se conformer aux nouvelles régulations européennes, la plateforme chinoise va devoir réviser ses méthodes commerciales. Elle

Mise à jour 18/06/2024 à 18h05 : suite à notre publication, Temu a fait valoir son droit de réponse. Nous avons donc ajouté les déclarations officielles de la marque sur les différentes problématiques évoquées dans ce papier.


Quelle plateforme de e-commerce peut prétendre être aussi louche que Temu, disponible depuis un an en France ? Une entreprise qui vend des produits cheap, extrêmement douteux, à perte, et qui revend en masse les données personnelles de ses clients. L’entreprise chinoise qui détient Temu, PDD Holdings, est enregistrée aux Iles Caïmans, un paradis fiscal. Le site est criard, vous bombarde de promotions, de codes d’affiliations, de promotions sur des promotions, etc. Rien n’inspire confiance lorsque l’on s’y promène. Bref, rien ne va.

Déjà dans le collimateur des autorités françaises depuis quelques mois, Temu a été visée en mai par une plainte du Bureau européen des unions de consommateurs (BEUC).

Le DSA : l’épée de Damoclès de Temu

La plainte en question a été déposée par l’association de défense des consommateurs UFC-Que Choisir, qui fait partie du BEUC. Elle l’accuse de ne pas se conformer aux exigences du Digital Services Act (DSA). Ce règlement, instauré par l’Union européenne, impose aux grandes plateformes numériques un ensemble de règles strictes, visant notamment à lutter contre la commercialisation de produits contrefaits et potentiellement dangereux.

Avec un nombre d’utilisateurs mensuels avoisinant les 45 millions, Temu dépasse le seuil critique et est désormais catégorisée en tant que grande plateforme. Elle se doit dorénavant de se mettre en conformité d’ici septembre. Le DSA cible spécifiquement les entreprises qui ont prospéré grâce à une régulation laxiste de l’internet, et Temu n’est pas la seule à être sous les projecteurs. AliExpress et Shein, deux autres géants chinois, sont également concernés.

Selon les allégations de l’UFC-Que Choisir, Temu enfreint plusieurs aspects du DSA, particulièrement en continuant à proposer des contrefaçons et des produits qui ne respectent pas les normes européennes. La Commission Européenne avait déjà placé Temu sous surveillance en avril, une démarche qui s’est intensifiée avec le dépôt de la récente plainte. Une surveillance qui a révélé les pratiques commerciales honteuses de Temu, qui n’hésite pas à exploiter les failles réglementaires en attirant les consommateurs par des prix extrêmement bas pour leur vendre de la camelote.

“Concernant la plainte du BEUC, nous la prenons très au sérieux et l’étudierons en profondeur, déclare Temu dans son droit de réponse. Nous espérons poursuivre notre dialogue avec les parties prenantes concernées pour améliorer le service de Temu aux consommateurs. Lorsque nous identifions des domaines à améliorer, nous sommes impatients de travailler ensemble pour améliorer notre service et remédier à toute lacune. Nous avons à cœur l’intérêt des consommateurs et nous efforçons de fournir un service sûr et fiable qui est apprécié par les consommateurs et ajoute une valeur significative. Nous nous engageons à faire preuve de transparence et à respecter pleinement toutes les lois et réglementations applicables.

Un modèle économique en péril

Temu, à l’instar d’autres plateformes similaires, a bâti son succès sur ce modèle économique : le low-cost conduit à l’extrême. Paires de baskets, parfums, montres, accessoires de cuisines et objets parfaitement inutiles à des prix parfois 10 fois moins cher que les normes du marché.

Les consommateurs se laissent donc séduire par ces tarifs alléchants, tout en demeurant conscients des risques accrus inhérents à ce type de site en comparaison avec des géants du secteur tels qu’Amazon ou Cdiscount. Néanmoins, les nouvelles obligations imposées par le Digital Services Act (DSA) remettent sérieusement en question la pérennité de ce modèle économique.

Un exemple de la toxicité économique et sociale que représente ce type d’entreprise : Alexis Toupet, PDG d’une entreprise française de tampons de loisirs créatifs, a dû clore son entreprise ouverte il y a dix ans. Ses produits ont été copiés et commercialisés à des prix défiant toute concurrence sur Temu, l’obligeant à mettre la clé sous la porte et à licencier sept salariés. Une honte, tout simplement et ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres.

Sur la question de la propriété intellectuelle, Temu dit avoir “prêté une attention particulière aux commentaires des marques et des titulaires de droits d’auteur, améliorant continuellement notre système de protection de la propriété intellectuelle”. Et d’ajouter : 

En septembre de l’année dernière, nous sommes passés du traitement des plaintes par courrier électronique au lancement d’un portail dédié à la protection de la propriété intellectuelle pour les titulaires de droits à l’adresse https://www.temu.com/intellectual-property-complaint.html, afin de leur permettre de soumettre plus facilement et suivre leurs dossiers. Récemment, nous avons testé et lancé une version bêta d’un centre de protection de marque amélioré pour faciliter une couverture plus complète de designs et d’images similaires.Nous avons considérablement élargi notre équipe de protection de la propriété intellectuelle à mesure que notre activité se développait, ce qui a permis d’améliorer rapidement l’efficacité du traitement des plaintes. Par rapport à nos pairs, nous avons considérablement amélioré la vitesse de notre processus de retrait, résolvant désormais plus de 98 % des avis de retrait en quelques jours seulement, ce qui est beaucoup plus rapide que la moyenne du secteur.
L’efficacité de nos efforts globaux visant à renforcer la protection de la propriété intellectuelle est clairement démontrée par la diminution continue du nombre absolu de plaintes et de leur proportion par rapport à notre volume total d’affaires.

Si Temu se voit contraint de cesser ces activités comme elle les pratique actuellement, sa capacité à attirer les consommateurs grâce à des offres ultra-compétitives pourrait être gravement compromise. La mise en conformité avec le DSA pourrait entraîner une refonte complète de ses opérations, rendant ainsi incertain son avenir sur le marché européen. Visiblement consciente de ce risque, l’entreprise explique que son “objectif n’est pas seulement de respecter les exigences légales minimales, mais également de les dépasser en adhérant aux normes les plus élevées en matière de meilleures pratiques”. Pour y parvenir, elle dit travailler “en étroite collaboration avec [ses] vendeurs tiers, les régulateurs, les groupes de consommateurs et d’autres parties prenantes”. Et de conclure :

Temu est un nouveau venu en Europe, ayant pénétré nos premiers marchés il y a un peu plus d’un an. Pendant cette période, nous avons écouté attentivement les commentaires des clients, des organismes de réglementation et des groupes de défense des consommateurs. Nous ajustons activement notre service pour l’aligner sur les pratiques et préférences locales, et nous nous engageons à respecter pleinement les lois et réglementations des marchés sur lesquels nous opérons (…) Nos intérêts en matière de protection des intérêts des consommateurs sont mutuels et alignés. Notre engagement en faveur de la conformité et notre volonté d’impliquer les parties prenantes à l’échelle mondiale se traduisent par nos actions proactives. La semaine dernière, Temu a signé une déclaration de cessation et d’abstention avec le VZBV allemand, s’engageant à répondre aux préoccupations soulevées concernant nos pratiques, dont beaucoup sont couvertes par la plainte du BEUC. De plus, au cours des trois mois précédents, Temu a signé un engagement en matière de sécurité des produits avec la Commission du commerce équitable de Corée du Sud, s’engageant à mettre en place un système complet pour détecter, prévenir et retirer de la circulation les produits dangereux.

Temu s’efforce de fournir des services innovants et pratiques aux consommateurs tout en donnant la priorité à leur sécurité. Nous opérons avec intégrité et sommes guidés par un ensemble de valeurs fondamentales qui donnent toujours la priorité aux consommateurs. Nous sommes prêts à coopérer rapidement et avec diligence avec les parties prenantes pour garantir la sécurité des consommateurs et la croissance durable de la plateforme.

  • Temu a fait l’objet d’un dépôt de plainte par le BEUC, avec UFC-Que Choisir dans ses rangs.
  • En tant que grande plateforme, elle devra se conformer aux règles du DSA d’ici septembre et stopper la vente de produits contrefaits et dangereux.
  • Un changement qui pourrait complètement rompre son modèle économique.

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2 commentaires
2 commentaires
  1. vous avez voulu le libre échange et la mondialisation, voilà le résultat…
    et maintenant que vous vous en êtes mit plein les poches mais que vous étés débordés pas la concurrence vous voulez faire machine arrière?
    merci messieurs les politique et patron, mais c’est trop tard, vous avez casser votre jouet…

  2. Temu c’est de la merde, comme Shein et Wish.
    Le seul site chinois potable c’est Aliexpress et encore il faut bien trier!
    Tout ces sites profitent de la livraison car la poste mondiale, considère encore la Chine comme pays émergeant donc c’est quasi gratos pour eux. C’est d’ailleurs a cause de ça que nos collissimo deviennent aussi chers.
    Il y a aussi les Ouïghours, que je considère comme des esclaves, main d’œuvre pas cher tu m’étonne et enfin, des matériaux bas de gamme, résultat des objets en dessous de l’euro…
    Bref, toujours pareil, quand c’est trop beau pour être vrai, c’est qu’il y a anguille sous roche, après si vous n’avez aucune éthique faites vous plez sur ces sites, mais vous étonnez pas quand l’objet casse après quelques utilisations ou jours.

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