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Tesla : la marque la plus puissante pour sauver le climat ?

L’entreprise de Musk est-elle vraiment eco-friendly ? Pour le savoir, nous avons passé à la loupe leur dernier rapport.

Chaque année, Tesla publie son Impact Report, un document devenu incontournable pour mesurer la réalité et les limites de la transition mondiale vers la voiture électrique. En 2024, la nouvelle édition de celui-ci est plus parlante que jamais. L’électrique à la sauce Musk continue à tracer sa route (malgré les gros revers qu’elle a dû encaisser ces derniers mois) et prétend s’imposer comme l’arme ultime pour atténuer le dérèglement climatique.

Le constructeur américain revendique des millions de tonnes de CO₂ évitées grâce à ses voitures, promeut des solutions de stockage d’énergie capables d’accompagner la fermeture de centrales à charbon, et promet une chaîne d’approvisionnement plus « responsable ». Ne nous laissons cependant pas leurrer sur certaines questions, qui restent plus épineuses que jamais. Quid de l’empreinte carbone de ses gigantesques usines, les fameuses Gigafactories ? Comment compte-t-elle dompter sa dépendance aux métaux rares et aux terres rares pour la confection de ses batteries ? À quel prix se paye l’extraction de ces ressources, tant sur le plan écologique que social ? Place aux faits, désormais, laissons le storytelling et le marketing de côté.

Tesla : un vrai poids lourd de l’écologie ?

La marque de Musk n’a pas volé sa réputation d’adepte des records : d’après le rapport, ses véhicules électriques et ses systèmes de stockage d’énergie auraient permis d’éviter près de 32 millions de tonnes d’équivalent CO₂ depuis leur mise en route. Par rapport à 2023, cela représente une hausse de 60 % ! Sur ce point, aucun constructeur concurrent ne peut se targuer de brandir ce succès, Tesla ne l’a pas volé.

Les véhicules de la marque, tous électriques (d’où le score de 100/100 attribué par l’ICCT), profitent aussi d’un réseau de recharge de plus en plus irréprochable. D’après le rapport, l’ensemble du réseau des Superchargeurs de Tesla est couvert à 100 % par des contrats d’énergie renouvelable depuis maintenant quatre ans. Dans les faits, cela signifie que la marque compense l’intégralité de la consommation de ses bornes, même si, sur le réseau électrique, une partie de l’électricité peut encore provenir de sources fossiles.

Autre argument qu’elle peut asséner comme une massue : son excellence logicielle et sa capacité à faire évoluer ses véhicules sans passer par la case garage. Tesla a déjà diffusé plus de 250 mises à jour logicielles à distance, couvrant 99 % de sa flotte. Ces mises à jour « over-the-air » permettent d’améliorer continuellement la performance, la sécurité ou l’autonomie de sa flotte.

Moins de pièces de rechange à produire et à remplacer, c’est une empreinte logistique réduite ; ce qui tend à alléger le poids environnemental de la maintenance. Et ce, tout au long de la durée de vie des véhicules.

Outre ces derniers, le constructeur développe aussi des Megapacks, de colossaux systèmes de stockage d’énergie destinés à stabiliser les réseaux électriques et à accompagner en douceur la fermeture des centrales à charbon tout en limitant les coupures.

Sur l’île d’Oahu, à Hawaï, ces batteries ont permis de mettre hors service la dernière centrale à charbon tout en prenant le relais lors des pics de demande. Le rapport souligne également que ces Megapacks réduisent le gaspillage d’électricité renouvelable (surnommé « curtailment ») en stockant le surplus d’énergie solaire pour le restituer quand le réseau en a besoin.

Même logique en Australie, où ces infrastructures ont permis d’éviter des blackouts lors d’incidents imprévus (pannes, pics de consommation inhabituels) en assurant la continuité d’alimentation pendant des pannes ou des pointes de consommation.

L’envers du décor

Pour autant, il reste plusieurs aspects sur lesquels il reste une marge d’amélioration, et Tesla l’admet dans son rapport, en quatrième page. « Nous ne pouvons accomplir notre mission seuls […]. Nous avons besoin de l’engagement de tous – des consommateurs aux entreprises, des industriels jusqu’aux décideurs publics – pour adopter la décarbonation et l’automatisation, afin que les bénéfices puissent profiter à l’ensemble de la société ».

Ce constat d’interdépendance vaut aussi pour ses propres activités : la marque vise la neutralité carbone sur l’ensemble du cycle de vie de ses produits (extraction des matériaux ou recyclage, par exemple), mais le chemin reste encore bien long. Sur le volet industriel, la Gigafactory de Berlin-Brandenburg est déjà alimentée à 100 % par de l’électricité renouvelable depuis deux ans, et Tesla a divisé par deux sa consommation de gaz naturel en un an.

En revanche, le rapport ne détaille pas la situation des autres sites de production, que ce soit au Texas, au Nevada ou à Shanghai. Il est donc impossible de connaître la proportion réelle d’énergies fossiles consommés par ces derniers. Il n’est pas non plus précisé si ces sites ont engagé des actions comparables en matière d’électricité verte ou de réduction des énergies fossiles.

Certes, l’exemple de Berlin-Branderburg montre qu’il est possible de produire proprement des véhicules, mais Tesla ne parvient pas encore à prouver que son appareil industriel peut adopter le(s) même(s) standard(s) à l’échelle mondiale. Et plus la marque étendra ses lignes de production, plus il sera difficile de garantir un approvisionnement réellement décarboné sur l’ensemble de ses sites.

Côté matières premières, Tesla met en avant 5,3 GWh de batteries recyclées depuis le lancement de son programme de recyclage, dont 1,7 GWh pour la seule année 2024, ainsi que 590 tonnes de matériaux (nickel, cuivre, lithium) réinjectés dans son approvisionnement. Le constructeur a donc mis un gros coup d’accélérateur pour réduire la pression sur l’extraction des ressources, un fardeau pour la planète.

Tesla reconnaît néanmoins que cela reste insuffisant : malgré ces progrès, l’explosion de la production et la demande mondiale de batteries continueront malheureusement d’alimenter l’activité minière à grande échelle. Même en développant des filières de recyclage plus vertueuses, l’impact environnemental de l’extraction restera difficile à contenir à court terme, compte tenu de la croissance continue des volumes.

En fin de compte, Tesla n’est pas parfaite, loin de là, mais aucun constructeur ne l’est vraiment ; d’un point de vue strictement écologique (on ne parle pas des errements de cette année), lui jeter la pierre serait par conséquent une erreur. Son modèle a ses forces et ses faiblesses, mais elle reste, à ce jour, l’un des rares fabricants automobiles à alléger aussi fortement les émissions mondiales automobiles. Ses résultats, même imparfaits, tranchent avec l’immobilisme de nombre de ses concurrents, parfois prisonniers d’une vision assez conservatrice de la mobilité.

  • Tesla affiche des résultats écologiques concrets, notamment grâce à ses véhicules électriques, ses batteries stationnaires et son réseau de recharge soutenu par des énergies renouvelables.
  • Malgré ces avancées, la production mondiale de Tesla reste encore partiellement dépendante d’énergies fossiles et d’une extraction minière difficile à rendre totalement durable.
  • La marque devance cependant largement ses rivaux, qui peinent à mettre en œuvre une stratégie de transition environnementale crédible.

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