Décidément, Nothing trace sa route à un rythme auquel peu de jeunes marques nous ont habitués. Deux mois seulement après le lancement d’un premier casque audio, le très réussi Headphone (1), la société londonienne dévoile une nouvelle paire d’écouteurs, les Ear (3).
Proposés à 179 € (en noir et blanc), le tarif le plus élevé proposé par la marque jusque-là pour des écouteurs, ils marquent une montée en gamme assumée. Et surtout, ils confirment la nouvelle ambition d’une entreprise qui ne compte plus simplement faire « différemment », mais faire désormais « mieux » que les autres.
Pour y parvenir, Nothing ne s’est pas précipité, loin de là. Depuis 2021, date de ses premiers écouteurs Ear (1), la marque a dévoilé pas moins de 5 nouveaux modèles. À notre connaissance, aucun autre bizuth de l’audio n’a jamais été si prolifique en si peu de temps.
Avec les Ear (3), la marque britannique veut franchir un nouveau palier. Cette fois, la révolution n’est essentiellement esthétique, elle est aussi dans l’usage. Au-delà de sa fonction principale, ce boîtier intègre désormais deux microphones qui lui permettent de se transformer en mini kit mains-libres. Nothing cherche ainsi à révolutionner la manière dont on passe les appels, en offrant plus de discrétion, une gestuelle simplifiée, et une meilleure captation.
Après plusieurs heures d’appels, de musiques et de trajets avec les Ear (3) dans nos oreilles, nous avons pu vérifier si cette innovation tient ses promesses. Et également, si le reste du produit est aussi à la hauteur.
Un qualité de fabrication en hausse, une allure toujours aussi geek
Les Nothing Ear (3) adoptent un format à tige éprouvé, mais retravaillé dans ses moindres détails pour souligner leur montée en gamme. Tout d’abord, l’extrémité se distingue par une forme plus ronde et affinée, abandonnant les angles abrupts de la génération précédente. La coque reste opaque, mais la tige transparente dévoile cette fois des éléments en aluminium sur leur face extérieure, apportant un contraste des plus modernes.

Faut-il pour autant dire que ces Ear (3) ont une allure plus haut de gamme ? Ce design restera sans doute très clivant, certains le trouvant encore trop « geek ». Toutefois, il serait malhonnête de nier qu’ils gagnent en qualité de fabrication. La combinaison des matériaux est plus harmonieuse et la sensation de densité rassurante, gage d’une meilleure résistance dans le temps.
Ces ajustements ont mécaniquement une répercussion sur le poids. Chaque écouteur pèse désormais 5,2 grammes, contre 4,6 grammes pour les Ear (2). Malgré ce léger surpoids, ils restent largement dans la norme. Pour comparaison, les récents AirPods Pro 3 affichent 5,5 grammes chacun.

Le confort des Ear (3) est donc à la hauteur de ses devanciers. Les embouts souples, montés sur des canules légèrement proéminentes, se glissent sans difficulté à l’entrée du conduit auditif. La tenue est parfaite, même lors de longues sessions ou pour une activité physique légère.

Enfin, globalement, le boîtier reste fidèle à la signature visuelle de Nothing, avec notamment ce format carré et un capot transparent que l’on ouvre facilement à une main. Cependant, il adopte désormais un châssis en aluminium, une architecture interne revisitée et des boutons de commande.

Soit des éléments indispensables pour intégrer le « Super Mic », la fameuse fonctionnalité de kit mains-libres dont nous parlerons plus loin. Ces nouveautés lui font prendre un peu d’embonpoint puisqu’il passe de 51 à 71 grammes, mais c’est, semble-t-il, pour la bonne cause.
Commandes et connectivité, des écouteurs à la hauteur
Rien de nouveau sous le soleil des commandes de Nothing. Les Ear (3) conservent une recette tactile mêlant pincements successifs et maintien prolongé. L’ensemble s’avère, à nouveau, réactif, précis, et moins sensible que chez de nombreux écouteurs concurrents. C’est appréciable, car cela évite les mauvaises manipulations au quotidien. Un vrai plus, renforcé par des retours sonores sous forme de cliquetis, qui rendent l’utilisation particulièrement intuitive.
Autre constante chez Nothing, la liberté des interactions. Si la gestuelle lecture/pause reste immuable, toutes les autres commandes sont personnalisables, à droite comme à gauche, via l’application dédiée. Pour la connectivité, les Ear (3) sont à la hauteur de leurs nouvelles ambitions. Toujours multipoint et dotés des appareillages rapides Google et Microsoft, la puce se modernise en passant du Bluetooth 5.3 au 5.4.

Elle offre une excellente stabilité et une latence réduite, idéale pour du gaming mobile. Au niveau des codecs, en plus des classiques SBC et AAC, Nothing intègre toujours le LDAC, mais fait l’impasse sur la norme LE Audio, pas suffisamment répandue selon la marque. Ce que nous acquiesçons.
Application, de plus en plus proche des ténors du secteur
Petit à petit, l’application dédiée de Nothing fait son nid. Toujours aussi ergonomique et facile dans sa navigation, cette dernière s’enrichit de quelques nouveautés bienvenues.
À commencer par l’ajout d’un mode audio spatial statique. Si la réverbération du son est notable, et éventuellement appréciable, sur des lives sur Twitch ou des courtes vidéos, nous ne conseillons pas d’utiliser cette fonctionnalité sur de la musique. Elle a au moins le mérite d’exister, et ainsi, Nothing se met à la hauteur d’Apple, de Bose et de Sony.

Autre ajout notable, le mode Transparence peut s’activer désormais automatiquement lors des appels, tandis que les microphones du boîtier sont personnalisables. Pour le reste, le constructeur ne fait l’impasse sur presque rien. Et surtout, il conserve son excellent égaliseur 8 voies. Précis à souhait, ce dernier rend possible le réglage de la largeur et de la fréquence de chaque bande. Les audiophiles pourront donc à nouveau parfaire à leurs goûts la signature sonore. Et ils en auront besoin…
Audio, un étonnant virage sonore
Étant au sommet du catalogue audio de Nothing, les Ear (3) se devaient d’avoir une architecture sonore ambitieuse. Sur le papier, la firme londonienne ne tarit pas d’éloges à propos de son nouveau transducteur dynamique de 12 mm. Conçus dans des membranes à dôme, ces derniers sont censés apporter un réel gain de puissance dans les basses et dans les aigus.
Un aspect rapidement confirmé par nos premières écoutes. Les basses offrent un rendu puissant, qui plaira aux amateurs de rap et de musiques électroniques. Toutefois, cette emphase ne se fait pas avec la meilleure précision du monde. Si bien que ce que l’écoute gagne en présence, elle le perd un peu au niveau des détails et de la projection vers l’avant.

Pour les plus hautes fréquences, le constat est identique. Plus démonstratifs, les aigus apportent de la clarté à l’ensemble. La définition des cymbales ou des instruments à cordes est appréciable, mais à la longue, une certaine agressivité prend le pas avec pour incidence une légère fatigue auditive sur de longues sessions.
Certainement par peur d’avoir des médiums trop pris en étaux, Nothing a eu la main un peu lourde sur cette fréquence. Sauf que l’équilibre sonore est avant tout une affaire de cohérence et non de simples compensations.

Résultat, le rendu des voix est paradoxal. Elles sont bien présentes, mais font preuve de tonalités tantôt nasillardes, tantôt étouffées. Par rapport aux anciens modèles d’écouteurs, ou encore face à son récent Headphone (1), la différence est marquée. Nothing passe d’une maîtrise fine à une signature plus audacieuse, mais moins homogène.
Une réduction de bruit en léger progrès
Malgré son expérience encore récente dans l’audio, Nothing a rapidement su proposer une réduction de bruit active des plus honorables sur ses précédents produits. Dans la même veine, les Ear (3) réitèrent cette partition tout en améliorant très légèrement certains points.

C’est particulièrement notable sur les fréquences graves. Les écouteurs parviennent mieux à étouffer la majorité des nuisances urbaines continues, comme les bruits de moteur au feu rouge, le ronronnement du métro ou encore le souffle d’un avion en cabine. Bien que quelques décibels de sérénité soient gagnés, Nothing n’atteint pas encore l’excellence de Sony et Bose sur ce type de bruit.
D’autant que sur les sons plus aigus et proches (conversations fixes, bruits de clavier ou de vaisselle), le traitement manque un peu d’aplomb. Certains bruits, comme une sirène d’ambulance, perdent une grande partie de leur agressivité, sans toutefois disparaître totalement.

De son côté, le mode Transparence, lui aussi, revendique quelques progrès. Il se montre moins sifflant en fin de phrase et plus naturel sur les entames. L’échange à la volée avec un interlocuteur reste fluide, sans pour autant offrir un confort suffisant pour une longue conversation.
Une autonomie correcte avec la réduction de bruit active
Sur ce point, Nothing reste prudent et annonce une autonomie de 5h30 avec la réduction de bruit active et de 10 heures en écoute classique. Durant notre mois d’utilisation, ces chiffres sont avérés. En effet, avec le codec AAC et un volume n’excédant jamais les 70%, nous avons pu utiliser en moyenne entre 5h30 et 6 heures, les Ear (3) avec la réduction de bruit active. Et près de 11 heures sans cette dernière.
Sans être les écouteurs les plus endurants du marché, les derniers rejetons de Nothing se situent dans une bonne moyenne. Notons tout de même deux réserves. La première étant qu’en utilisant durant une semaine la fonction Super Mic, l’autonomie a pris un petit coup. Comptez en moyenne un bon trois quarts d’heure en moins.
De même, il est dommage que l’écart entre une écoute classique et avec réduction de bruit soit si large. Surtout lorsque l’on sait que la majorité des utilisateurs laisse cette fonction souvent active. Enfin, là aussi sans atteindre des sommets, le boîtier permet environ 2,5 cycles de charge.
Le kit mains-libres du futur ?
Il n’y a qu’à jeter un œil à la bataille féroce qui oppose les casques Sony WH-1000XM6 et Bose QuietComfort Ultra (2e génération) pour comprendre où en est la course technologique. Après avoir atteint un certain plafond de verre en matière de réduction de bruit, le nouveau champ de bataille des constructeurs se déplace désormais vers la qualité du kit mains-libres.
Conscients des attentes fortes des utilisateurs, qui veulent pouvoir passer des appels clairs sans contrainte, les marques redoublent d’ingéniosité pour améliorer la captation vocale. C’est en ce sens que Nothing introduit son Super Mic avec les Ear (3). Une tentative ambitieuse qui souhaite créer un nouvel usage. Approcher le boîtier près de sa bouche pour parler.

Pour y parvenir, l’étui intègre deux microphones MEMS à formation de faisceaux. Placés sous et sur un flanc du boîtier, ces derniers ont pour objectif de capter et retranscrire la voix avec bien plus de clarté pour l’interlocuteur, même en environnement bruyant.
L’activation se fait via un bouton physique « TALK » qui permet de basculer instantanément la captation des écouteurs vers ceux du boîtier. Une LED indique clairement si le micro du boîtier est activé pour éviter toute confusion.
Bien évidemment, le kit mains-libre des Ear (3) ne résume pas à cette fonctionnalité. Chaque écouteur embarque aussi trois microphones directionnels ainsi qu’un capteur de conduction osseuse. Reste à savoir dans quelles situations privilégier l’utilisation des écouteurs seuls ou celle du Super Mic.
En milieu calme ou très peu bruyant, les écouteurs seuls suffisent largement. La captation n’est pas la meilleure du marché, mais aucun sifflement ni artefact ne vient perturber la conversation. Dès que le bruit ambiant augmente, le Super Mic prend tout son sens. Même dans des environnements très bruyants, l’intelligibilité de la conversation reste possible grâce à cette captation déportée.

Certes, le geste de rapprocher le boîtier de sa bouche peut surprendre, voire amuser les passants. Toutefois, même si cette chorégraphie fait penser à un usage de talkie-walkie, l’ensemble reste plutôt naturel.
Dans certaines situations où la discrétion et la politesse sont de mise, cette fonction se révèle précieuse. Ce fut souvent le cas dans des métros bondés ou en open-space. Nous avons pu tenir nos conversations sans que celles-ci ne deviennent celles des autres.
Tout n’est pas parfait pour autant. La qualité de l’échange dépendra logiquement de la bonne distance à respecter entre la bouche et le boîtier. Plusieurs essais sont nécessaires pour trouver ce juste équilibre. Et il est difficile de ne pas faire bouger son bras lors d’un appel un peu long. Et même lorsque c’est le cas, le rendu de notre voix tendait parfois un peu trop vers le métallique. Une excellente idée donc, mais à peaufiner.
Notre avis sur les écouteurs Nothing Ear (3)
Avec ses nouveaux écouteurs, Nothing s’attaque à une nouvelle tranche tarifaire et affirme ses ambitions avec une innovation majeure. Une fonctionnalité kit mains libres, intégrée au boîtier, aussi ingénieuse qu’utile en environnement bruyant. Bien qu’encore perfectible, et dépendante d’une gestuelle à apprivoiser, espérons que cette idée ouvre la voie à de nouveaux usages et inspire la concurrence.
Cependant, si cette montée en gamme est perceptible via ce Super Mic, mais aussi au vu d’une qualité de fabrication en hausse, la copie de Nothing peine à convaincre partout. La réduction de bruit se montre honorable, mais stagne un peu, tout comme l’autonomie. C’est surtout du côté de l’audio que Nothing change son fusil d’épaule. Là où la signature sonore des précédents modèles était plutôt neutre et détaillée, proche d’un Sony, les Ear (3) optent pour un rendu plus démonstratif, rappelant davantage Bose, mais en moins maîtrisé.
Au final, notre impression globale peut sembler un peu sévère, surtout pour les connaisseurs de la marque. Les Ear (3) restent des écouteurs innovants avec un bon rapport qualité-prix. Cependant, si Nothing nous laisse un peu sur notre faim, c’est aussi le signe d’une marque en pleine ascension. Nos attentes sont plus élevées, tout comme notre sévérité dans le jugement.
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Nothing Ear (3)
179 eurosOn aime
- Design unique, qualité de fabrication en hausse
- Excellente ergonomie, bon confort
- Qualité audio démonstrative et puissante
- Une fonction Super Mic ingénieuse et utile pour les appels
- Une appli complète et une bonne réduction de bruit sur les graves
On aime moins
- Signature sonore déséquilibré, parfois fatigante et artificielle
- Réduction de bruit perfectible sur les médiums
- Mode Transparent qui stagne
- Réglage du volume peu intuitif
- Autonomie en RBA un poil juste