Si 70 % de notre planète est recouverte par l’eau, une immense majorité des fonds marins demeure inexplorée. Et la France vient justement de faire un pas en avant considérable pour y remédier. L’Ifremer vient en effet de lever le voile sur le succès des premières plongées autonomes de ses deux prototypes de flotteurs Argo Deep-6000, capables d’atteindre 6 000 mètres de profondeur.
La France devient ainsi le troisième pays au monde, après les États-Unis et la Chine, à concevoir des appareils qui peuvent mesurer les paramètres des zones abyssales. C’est un véritable exploit technologique car à ces profondeurs, la pression est environ 600 fois supérieure par rapport à la surface. « Le principal défi était de concevoir un système capable de résister aux pressions de la haute mer, d’être autonome en énergie pour rester opérationnel pendant sept ans, et de garder les coûts sous contrôle », explique Xavier André, responsable des développements technologiques à l’Ifremer.
L’institut s’est allié au fabricant breton nke Instrumentation pour élaborer un corps en matériau composite. Ainsi, le dispositif pèse 40 kilogrammes, soit le double d’un flotteur classique.

Des drones autonomes au fonctionnement bien rodé
Le but des Argo Deep-6000 est de collecter de précieuses informations : température, salinité, oxygène et pression de l’eau. Et pour cela, ils fonctionnent de manière autonome selon des cycles de dix jours. Déployés depuis un navire au-dessus des fosses océaniques, les appareils descendent seuls jusqu’à une profondeur dérivante, à environ 1 000 mètres. Ils y restent environ neuf jours avant de plonger à 6 000 mètres afin de réaliser leurs mesures pendant environ trois heures.
Une fois à la surface, ils transmettent toutes leurs données par satellite, avant d’entamer un nouveau cycle. Intégrées au programme mondial d’oversation des océans Argo, créé en 2000, elles sont partagées en accès libre et gratuit pour tous les chercheurs de la planète.
Comprendre le réchauffement des océans
Aujourd’hui, environ 10 % du réchauffement global de l’océan se produit au-delà de 2 000 mètres de profondeur, des zones abyssales qui demeurent encore très peu échantillonnées. Les rares données disponibles montrent pourtant un signal de réchauffement très net sous la barre des 4 000 mètres dans l’océan Austral, une chaleur qui commence à se diffuser vers le reste des océans de la planète.
« Grâce au réseau de profileurs profonds que nous développons […], nous allons pouvoir suivre le réchauffement climatique jusqu’au fond des océans. Nous pourrons également obtenir des informations sur la circulation océanique profonde, qui contribue au stockage de chaleur et de carbone dans les abysses, et affiner les modèles de prévision de l’océan », se félicite Virginie Thierry, chercheuse en océanographie physique à l’Ifremer.
D’ici à 2028, 30 Argo Deep-6000 viendront renforcer la flotte internationale Argo pour couvrir plus de 98 % du volume océanique mondial. Une couverture inédite qui doit permettre d’affiner notre compréhension de la hausse du niveau des mers, en plus d’améliorer les prévisions scientifiques face au changement climatique.
- L’Ifremer a conçu des flotteurs autonomes capables de plonger jusqu’à 6 000 mètres de profondeur pour explorer les abysses.
- Cette avancée place la France parmi les rares nations capables de collecter en temps réel des données scientifiques sur des zones jusqu’ici inatteignables.
- Intégrés au réseau international Argo, ces appareils permettront de mieux mesurer l’impact du réchauffement climatique et la hausse du niveau des mers.
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