Cinq mois après avoir révélé l’équipage qui prendra part à la mission Artemis III, la NASA a détaillé lors d’une présentation en date du 23 octobre, puis dans un communiqué publié le 4 novembre, comment se déroulera la suite des opérations jusqu’à 2028, l’année visée par l’agence pour ramener l’être humain sur la Lune lors d’Artemis IV. Il y a quelques jours à peine, elle nous informait, en outre, d’une heureuse nouvelle : l’assemblage du lanceur Space Launch System (SLS), qui sera utilisé à cette fin, suivait son cours avec succès.
Jared Isaacman, administrateur de la NASA, a saisi cette occasion pour rappeler que ses équipes travaillaient d’arrache-pied. « Nous nous concentrons pleinement sur notre mission pour obtenir des résultats qui changeront le monde, aussi rapidement, sûrement, de manière économique et avec autant de succès que possible », a-t-il déclaré. Il reconnaît en toute franchise que « cette campagne doit avancer dans l’urgence, alors que des concurrents stratégiques visent une présence permanente au-delà de la Terre. » Bien qu’il n’en épingle aucun en particulier, c’est évidemment la Chine qui est visée par ce propos, le pays prévoyant un alunissage habité avant 2030.
Les étapes indispensables avant de marcher dans les pas d’Apollo
Pour rappel, c’était bien Artemis III qui devait être la grande mission du retour vers la Lune, mais la NASA l’a rétrogradée au mois de février 2026 : celle-ci sera finalement un vol d’essai en orbite terrestre, mais son programme reste tout de même très chargé. En réalité, il s’agira de vérifier, à petite distance de la Terre, la solidité du maillon le plus fragile du programme.
Si le SLS et la capsule Orion ont déjà fait leurs preuves, d’abord lors d’Artemis I (2022) et d’Artemis II cette année, cette dernière n’a pas été conçue pour se poser sur la Lune. L’agence a confié cette mission aux deux grands rivaux du spatial privé américain, à qui elle a demandé de développer deux atterrisseurs. SpaceX, qui a décroché le premier contrat en 2021 pour adapter son vaisseau Starship, et Blue Origin, l’entreprise fondée par Jeff Bezos, qui a obtenu le second en 2023 avec Blue Moon Mark 2.
Lors d’Artemis IV, Orion transportera l’équipage et l’un des deux atterrisseurs le déposera sur la Lune avant de le ramener jusqu’à la capsule. Les deux industriels n’ont toutefois pas choisi le même point de rencontre : Blue Moon retrouvera Orion en orbite lunaire, alors que Starship s’y arrimera dès l’orbite terrestre et emmènera la capsule avec lui vers la Lune. Pour que ce passage de l’un à l’autre soit possible, les deux engins doivent d’abord se rejoindre puis s’arrimer. Qu’il s’agisse de Starship ou de Blue Moon Mark 2, aucun des deux n’a encore accompli cette manœuvre, raison pour laquelle la NASA veut les éprouver lors d’Artemis III en 2027.
Le premier lancement se fera sans équipage : ce sera d’abord une fusée New Glenn (qui avait d’ailleurs explosé en mai lors d’un essai) de Blue Origin qui lancera une version d’essai de Blue Moon depuis le pas de tir LC-36 situé à Cap Canaveral, et les équipes de l’entreprise la soumettront à une série de vérifications.
Une fois le feu vert obtenu, le SLS décollera du pas de tir 39B du Kennedy Space Center avec Orion et ses quatre astronautes, pour une mission prévue sur 14 jours. La capsule rattrapera le Blue Moon en ajustant son orbite par petites touches afin de se placer exactement sur sa trajectoire et s’y arrimer.
Pendant environ deux jours, les astronautes ouvriront l’écoutille et entreront dans l’atterrisseur pour inspecter eux-mêmes l’habitacle, les commandes et le système de survie, qui fournit l’air respirable et régule la température. Les équipes vérifieront également que la cabine conserve une atmosphère et une pression correctes.
Orion se détachera ensuite pour rejoindre le prototype de Starship Version 3, lancé plus tard par SpaceX depuis le pas de tir 39A du Kennedy Space Center et placé sur une orbite plus basse, choisie pour assurer une bonne couverture des communications. La manœuvre sera différente : cette fois, la capsule s’amarrera par l’avant au nez de Starship, , comme elle devra le faire avant de partir vers la Lune lors d’Artemis IV.
L’opération durera au maximum deux heures, mais aucun membre de l’équipage ne montera à bord de l’atterrisseur. Les ingénieurs de la NASA, au sol, vérifieront la maniabilité des deux vaisseaux, la fiabilité de leurs système de communication, le lien entre les deux logiciels de vol des véhicules et le déroulement de l’amarrage puis de la séparation.
Il restera encore aux membres de l’équipage jusqu’à cinq jours en orbite pour tester de nouveau les combinaisons qu’ils porteront à bord de la capsule, fabriquées par la David Clark Company et déjà utilisées lors d’Artemis II.
La NASA a d’ailleurs changé sa stratégie concernant celles que son partenaire, Axiom Space, prépare pour Artemis IV. Financée dans le cadre d’un contrat de 228 millions de dollars, la combinaison AxEMU s’était attiré de sérieuses critiques en début d’année à cause de son poids trop élevé, environ 136 kg sur Terre. Axiom développera donc une seconde combinaison, baptisée « Sortie », qui pèse environ moitié moins et servira aux premières sorties lunaires.

Pourquoi la date de la prochaine mission reste-t-elle encore incertaine ?
Dans son communiqué, l’agence américaine voit grand, trop grand, peut-être ? Elle annonce qu’elle confiera aux équipages des missions « de plus en plus difficiles au pôle Sud lunaire » et l’installation d’« une présence humaine durable » sur la Lune. Au vu du passé du programme Artemis, qui a connu de nombreux reports et retards depuis son lancement en 2017, mieux vaut ne pas parier trop gros sur l’horizon 2027 pour Artemis III.
Aucun atterrisseur (Blue Moon Mark 2 et Starship) n’est encore prêt et les deux lanceurs de ses partenaires n’ont pas encore démontré qu’ils pouvaient tenir le délai imposé. La NASA, elle, affirme que son propre matériel est dans les temps, les phases de préparation ayant été « réduites d’environ moitié ». Mais Artemis III dépend avant tout de ses deux fournisseurs, qui ont la fâcheuse habitude de survendre l’avancement de leurs projets.
- La NASA accélère son programme Artemis pour retourner sur la Lune, face à la concurrence de la Chine.
- Artemis III, initialement prévu pour 2025, sera un vol d’essai en 2026, avec des tests d’arrimage entre Orion et les atterrisseurs.
- Les délais demeurent incertains, les atterrisseurs ne sont pas encore prêts, ce qui soulève des doutes sur la mission de 2027.
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